Actualité de la répression et
de la résistance à la répression

On situe la naissance de Pieter Breughel l’Ancien entre 1525 et 1530, il serait né dans un des deux villages ayant porté le nom de Brueghel (ou Brogel), l’un situé dans le Brabant hollandais, l’autre dans le Limbourg belge. En 1552, il fait un voyage en Italie, poussant jusqu’à Rome et Naples; entre 1555 et 1563, il est établi à Anvers. Il fréquente un cercle d’artistes et d’érudits humanistes mais aussi les milieux populaires ruraux de la Campine proche. Il s’invite aux noces paysannes en se faisant passer pour un parent, apportant des cadeaux et participant à la fête. Dans ses tableaux dominés par la vie populaire, le peintre montre des paysans tels qu’ils sont dans leurs activités et divertissements. Pour la première fois dans l’histoire de la peinture, la classe rurale est humanisée.

La danse de la mariée

C’est en 1562, qu’il s’installe à Bruxelles dans le quartier des Marolles. En 1564 naît le premier de ses fils, Pieter Breughel le Jeune, dit Breughel d’Enfer. La situation politique et religieuse se dégrade. La naissance de Charles-Quint a mis sous la tutelle espagnole les riches 17 provinces formant alors les Pays-bas (soit les Pays-Bas actuels et la Belgique, moins la principauté de Liège, plus le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie). Le carcan de la monarchie espagnole, ultra-réactionnaire, féodale, était pesante pour des Pays-Bas qui avaient une des activités industrielles et marchandes les plus développées au monde. L’imbrication du trône, des grands féodaux et de l’église catholique fit que la bourgeoisie et les milieux populaires trouvèrent dans le protestantisme une expression idéologique adéquate à leur position antagonique. Les empiétements des Espagnols sur les vieilles libertés conquises du temps des Bourguignons provoquèrent des mécontentements, puis des troubles.

Autoportrait de Breughel

Si Charles-Quint, né à Gand, parlant flamand, connaissait et aimait les Pays-Bas, son fils Philippe II, n’y voyait que terre d’hérésie et de rébellion. Philippe II nomme le duc d’Albe vice-roi des Pays-Bas, l’investi d’un pouvoir absolu pour supprimer les libertés, faire tomber les têtes, remplacer les fonctionnaires locaux, annuler les droits des États. En 1567, année de la naissance du deuxième fils de Breughel, Jan Brueghel l’Ancien, dit Breughel de Velours, Albe son entrée dans Bruxelles à la tête de 17.000 soldats espagnols. Il établit et préside, sous le titre de Conseil des troubles, un tribunal tellement sévère qu’on ne le désigne plus que sous le nom de Conseil de sang.

L’année suivante Philippe II ordonne l’exécution des comtes d’Egmont et de Hornes. Ils avaient pris la tête de centaines de nobles qui, à Bruxelles, avaient signé une protestation contre les empiétements du pouvoir espagnol sur des chartes et libertés. Ils s’étaient décerné le titre de « gueux », par défi à l’égard du conseiller de la régente, qui les avait ainsi qualifiés avec mépris. Ils seront décapités sur la Grand-Place le 5 juin 1568. C’est le point de départ de la guerre de Quatre-Vingts Ans. Les soldats et mercenaires espagnols vivent sur le pays, multipliant les exactions tandis que, bataille après bataille, les armées dévastent villes et campagnes.

Breughel, né dans un pays prospère et pacifique, meurt en 1569 dans un pays dévasté par la guerre, pillé par les mercenaires espagnols, terrorisé par l’Inquisition. Et s’il semble s’être bien gardé de se positionner ouvertement contre l’autorité espagnole (en fait, le gouverneur de Bruxelles était son mécène et son protecteur), sa peinture fustige, pour qui sait la lire, l’oppression espagnole. C’était l’usage de peindre les scènes bibliques et antiques avec les costumes contemporains. Mais Breughel va plus loin : Le Dénombrement de Bethléem (1566) est une critique à peine voilée des contraintes administratives imposées par le pouvoir espagnol (on y voit même un Espagnol, représenté avec un grand chapeau, voler des légumes). Dans le Portement de croix (1565) Marie pleure au pied de la roue où l’on mettait à mort les condamnés en leur rompant les os et la Prédication de Saint Jean-Baptiste (1566) évoque les prêcheurs itinérants protestants, réunissant les paysans dans la forêt.

Le Dénombrement de Bethléem

L’œuvre gravée de Breughel l’Ancien est importante. Il dessine des planches satiriques comme Les gros poissons mangent les petits. En 1557 sort la série des Sept Péchés capitaux suivie en 1558 des Sept Vertus – dont la Justice. La liste des sept péchés capitaux, influencée par Thomas d’Aquin, est assez connue : l’orgueil, l’avarice, l’envie, la colère, la luxure, la gourmandise et la paresse. Les péchés capitaux sont des péchés de « tête » (capita), ils ne sont pas plus graves que d’autres, mais susceptibles d’en entraîner d’autres. Pour équilibrer, il existe sept vertus catholiques (chasteté, tempérance, prodigalité, charité, modestie, courage et humilité) et aussi les vertus théologales (d’origine divine), que sont la foi, l’espérance et la charité, sont complétées par les vertus cardinales (d’origine humaine), que sont la justice, la prudence, la tempérance et la force d’âme.

Comme à son habitude, Breughel illustre péchés capitaux et vertus cardinales par des scènes de la vie réelle : la Foi est l’accomplissement des cérémonies de l’Église, l’Espérance soutient le naufragé et console le prisonnier, la Charité habille les nus et nourrit les affamés, etc. Mais lorsqu’il en vient à la justice, il change de registre et s’il représente au milieu de l’image l’allégorie habituelle de la justice : une femme aux yeux bandés (impartialité) tenant la balance du jugement et le glaive de la sanction, il la place au centre de tout l’appareil barbare de l’organisation judiciaire son temps : la torture par l’eau et le feu, l’estrapade, la roue, le gibet, le bûcher, la hart (corde d’étranglement) et le glaive. Sous prétexte d’illustrer une vertu, Breughel grave un terrible réquisitoire contre un appareil qui broie et martyrise les hommes.

Quelques détails:



La danse de la mariée
Autoportrait de Breughel
Le Dénombrement de Bethléem
« La Justice » de Breughel l’Ancien
« La Justice » de Breughel l’Ancien
« La Justice » de Breughel l’Ancien
« La Justice » de Breughel l’Ancien
« La Justice » de Breughel l’Ancien

Billy Wright avait adhéré en 1975 à l’Ulster Volunteer Force. L’UVF était une organisation paramilitaire loyaliste d’Irlande du Nord créée en 1912 pour lutter contre le mouvement indépendantiste. Refondée en 1966, officiellement interdite mais bénéficiant de profondes complicités dans les forces de sécurité, elle tuera 426 personnes, des militants républicains mais aussi, dans une volonté de terreur, des Irlandais qui étaient simplement catholiques. Dirigeant de l’UVF à Portadown, Wright avait dénoncé en 1986 les négociations de paix et avait profité des grandes marches protestantes, qui célèbrent l’écrasement des catholiques et la soumission de l’Irlande à la couronne britannique, pour organiser une violence de rue dirigée contre les catholiques.

Après une éclipse de cinq ans en politique, il affirme au début des années 90 avoir « rencontré Dieu » et consacré sa vie « à la défense du peuple protestant ». Il réintègre alors l’UVF et reprend son activité dans les escadrons de la mort, mais peu après, en 1994, l’UVF accepte le cessez-le-feu proposé (et entamé) par l’IRA. Billy Wright entre en dissidence et avec une centaine de clandestins de l’UVF de Portadown, il fonde la LVF (Loyalist Volunteer Force). La LVF va poursuivre une politique d’assassinats, essentiellement des prolétaires catholiques sans activité politique.

Billy Wright

Surnommé le « Rat roi », Wright était un anticommuniste déclaré, lié à des groupes d’extrême droite chrétiens des États du sud des États-Unis, et entretenant des relations étroites avec l’organisation néo-nazie « Combat 18″, basé à Bolton. Véritable psychopathe, Billy Wright prolongeait l’exécution en »discutant » avec ses victimes avant de les abattre. Billy Wright avait été condamné à mort par l’IRA (qui a tenté à six reprises de l’exécuter, parvenant une fois à le blesser). Son ancienne hiérarchie paramilitaire protestante, adhérant au processus de paix, lui avait ordonné de quitter l’Irlande du nord le 1er septembre 1997 avant minuit, sous peine de mort. Arrêté pour un motif mineur mais convaincu par la suite de trois meurtres (il en aurait personnellement commis une dizaine et ordonné des dizaines), Wright avait été enfermé au bloc 6 de la prison de Maze.

Dans la matinée du samedi 27 décembre 1997, trois prisonniers de l’INLA – Christopher « Crip » McWilliams, John « Sonny » Glennon et John Kennaway, armés de deux pistolets, ont quitté l’aile des prisonniers de l’INLA, ont traversé le terrain de sport voisin, sont passés par un trou préparé à l’avance dans le grillage, sont montés sur le toit de leur aile pour accéder à la cour où Wright montait dans le van amenant les prisonniers au bloc des visites. Après avoir tiré sept balles sur Wright, les trois volontaires de l’INLA se sont rendu en présentant un communiqué de l’INLA. L’opération, ordonné par le commandement de l’INLA (qui n’avait pas encore acceptée le cessez-le-feu) avait été soigneusement planifiée et parfaitement exécutée.

Le plan de l’opération


Le plan général de la prison de Maze

Les paramilitaires de la LVF ont répliqué à leur manière: en s’en prenant à des civils de l’autre communauté. La nuit même, un de leur commando mitrailla des jeunes gens qui sortaient d’une discothèque d’un quartier catholique. Plusieurs meurtres suivirent. Le 20 octobre 1998, les trois membres de l’INLA qui avaient exécuté Billy Writht ont été condamnés à la prison à vie. Dans l’intervalle, l’INLA avait rallié le cessez-le-feu et ses prisonniers allaient progressivement être libéré dans le cadre du programme de libérations anticipées liée aux accords de paix.

symbole de l’INLA

Le plan de l'opération
Billy Wright
Le plan général de la prison de Maze
symbole de l'INLA

Après Les Conquérants (1928) et La Voie royale (1930), La Condition humaine (prix Goncourt 1933) est le dernier volet d’un cycle romanesque inspiré à Malraux par ses séjours en Indochine dans les années 1920. Malraux n’a jamais été communiste – et il deviendra un politicien anticommuniste – mais lors de ce séjour en Asie, il collaborera comme journaliste avec les communistes qui sont à la pointe de la lutte anti-coloniale et anti-impérialiste, tout comme il collaborera avec eux contre le nazisme et l’intervention fasciste en Espagne.

André Malraux


L’édition originale de La Condition humaine

L’action du roman, concentrée en à peine quelques jours, se situe à Shanghai en 1927, dans une Chine politiquement décomposée, dominée économiquement par les nations étrangères. Les troupes nationalistes du Kuomintang, dirigé par Tchiang Kaï-chek, avancent sur Shanghai contrôlé par un seigneur de la guerre lié aux impérialistes. Le Parti communiste chinois, qui a fait alliance avec le Kuomintang, organise et réussi une insurrection ouvrière.

Shanghai en 1928


Insurgés communistes de Shanghai

Mais un changement d’alliance s’opère et Tchiang Kaï-chek, exige que les communistes lui rendent leurs armes. Ils s’y refusent, puis cèdent sur ordre de l’Internationale qui tente de préserver l’alliance avec le Kuomintang (en essayant de dresser sa gauche contre Tchiang Kaï-chek). La répression des insurgés tourne au massacre.

Décapitation d’un communiste lors du massacre de Shanghai en 1927

Les scènes de la répression de la Commune de Shanghaï sont saisissante et ont beaucoup fait pour le succès du roman. Une des personnage qui a refusé de collaborer et rejoint sous le préau, ses camarades qui attendent d’être brûlés vifs dans les chaudières des locomotives.

André Malraux
L'édition originale de La Condition humaine
Shanghai en 1928
Insurgés communistes de Shanghai
Décapitation d'un communiste lors du massacre de Shanghai en 1927

Le 14 janvier 1918, des grèves contre le rationnement et la guerre commencèrent à Vienne et s’étendirent rapidement à toute l’Autriche et à d’autres parties de l’empire austro-hongrois. Le gouvernement impérial semblait impuissant mais la très puissante social-démocratie autrichienne empêcha que ce mouvement prenne un caractère révolutionnaire. A l’automne 1918, la monarchie austro-hongroise se disloqua. Plutôt que de revendiquer le pouvoir pour les conseils d’ouvriers et de soldats qui se développaient, les socialistes acceptèrent de diriger un gouvernement de coalition issu de l’Assemblée nationale provisoire. Les communistes ne réussirent à se rallier aucun dirigeant important de la social-démocratie et restèrent relativement marginaux en Autriche. Quand la révolution éclata en Hongrie (le 
21 mars 1919) et en Bavière (7 avril), les socialistes autrichiens les abandonnèrent à leur sort.

Cependant, ils établirent des réformes sociales importantes (congés payés, réduction du temps de travail, assurance-maladie, droit de vote des femmes, interdiction du travail des enfants, abolition de la peine de mort, etc.). A Vienne, ils firent construire des cités ouvrières grandioses dotées d’appartements confortables (comme le Karl-Marx-Hof: 1382 appartements) , des crèches, des centres de santé et des colonies de 
vacances. Le parti social-démocrate comptait quelque 700.000 membres (dans un pays de moins de 7 millions d’habitants) et obtenait autour de 40% des voix aux élections nationales, recueillait près de 60% des suffrages à Vienne-la-rouge.
A la fin de la guerre s’était formée une force paramilitaire nationaliste ultra-réactionnaire, la Heimwehr. Pour la contrer, le parti-social-démocrate créa la Republikanischer Schutzbund (la Ligue de Défense Républicaine), une milice qui comptait 80.000 membres en 1928 à Vienne et dans les zones industrielles. Les membres de le Schutzbund étaient organisés en formations militaires avec des uniformes, bien entraînés, rapidement mobilisables et disposant de stocks d’armes. Le Schutzbund devait garantir contre tout coup de force réactionnaire l’accès au pouvoir des socialistes par les voies légales.

Les 1000 mètres de façade du Karl-Marx-Hof

Défilé de membres du Schutzbund

Le 15 juillet 1927 constitua le tournant. Le 30 janvier, les paramilitaires de la Heimwehr tuèrent deux manifestants socialistes dans une petite ville de province. Les meurtriers passèrent en jugement et furent acquittés le 14 juillet, ceci déclencha le lendemain une révolte populaire à Vienne qui prit la forme d’une grève générale et d’une manifestation violente de masse (mise à sac d’un commissariat, du siège d’un journal, et du palais de justice qui fut totalement incendié). La police ouvrit le feu et tua 84 manifestants et en blessa 600.

Le 15 juillet, les dirigeants socialistes temporisèrent et le Schutzbund reçu comme seule mission de tenter de calmer la foule. La crédibilité d’une action déterminée du Schutzbund était atteinte. Le bloc des partis bourgeois, appuyé par la Heinwehr, qui évoluait en austro-fascisme, employa la « tactique du salami » : chacune de ses actions, y compris en violation de la Constitution, ne paraissait pas assez grave pour justifier l’insurrection armée, mais marquait un recul des positions de force des travailleurs et les démoralisait.

15 juillet 1927: L’incendie du palais de justice de Vienne

A partir de 1931, la crise économique provoqua une hausse du chômage et mit en difficulté le « modèle social » viennois. Les syndicats sociaux-démocrates cautionnèrent d’incessants reculs sur le terrain de la défense des salaires et des conditions de travail. Sous l’impact du chômage (en 1933, un tiers de la population active n’avait pas de travail) mais aussi de la démoralisation, les effectifs syndicaux reculèrent tandis que les provocations gouvernementales se multipliaient. La Heimwehr fut intégrée au gouvernement du chancelier Dollfuss. En février 1932 le gouvernement utilisa l’armée contre une grève des cheminots et emprisonna les grévistes. Le 4 mars 1932, Dollfuss commença à gouverner par décret. Le 15 mars, il fit intervenir la police pour empêcher la réunion de l’Assemblée. La voie vers l’austro-fascisme (proche du fascisme italien et opposé aux nazis qui voulaient annexer l’Autriche) était ouverte.

Le 31 mars, le Schutzbund fut dissous, puis ce fut la censure de la presse, l’interdiction du Parti Communiste, le rétablissement de la peine de mort, la création de camps pour les opposants politiques, la destitution des directions syndicales élues. La social-démocratie à chaque fois se contentait de protestations surtout verbales.

En janvier 1934, Dollfuss était désormais décidé à liquider le mouvement ouvrier organisé. Le 21, le grand quotidien socialiste Arbeiter Zeitung fut interdit et des perquisitions commencèrent pour saisir les armes du Schutzbund. Le Schutzbund de la ville de Linz décida de résister à toute tentative de désarmement. La direction socialiste essaya de les dissuader mais le message en ce sens ne parvint pas à Linz et, le 12 février, les policiers qui venaient perquisitionner essuyèrent des coups de feu.

A ces nouvelles, des grèves éclatèrent spontanément à Vienne et des membres du Schutzbund allèrent chercher leurs armes. La direction sociale-démocrate était surprise et ne se rallia que tard et avec beaucoup d’hésitations et de confusion, au principe de la résistance armée. Cela explique qu’une partie seulement du Schutzbund viennois se mobilisa effectivement et resta cantonnés dans les quartiers ouvriers, il laissa le temps à l’adversaire de prendre les points stratégiques de la ville. L’attaque des quartiers ouvriers suivi : Simmering, Favoriten, Meidling, Margareten, Floridsdorf, les ensembles d’immeubles du Karl-Marx-Hof, du Schlingerhof, du Goethehof.

L’armée qui fera la différence en faisant donner l’artillerie. Mortiers, canons et obusiers mettront deux jours à réduire le Karl-Marx-Hof. Le Parti Socialiste interdit et ses dirigeants fuient à l’étranger. Des combats se déroulèrent à Graz, à Steyr et dans de nombreuses villes industrielles. Les forces de répression mirent quatre jours à venir à bout de l’insurrection. La répression et la terreur s’abattaient dans l’ensemble de l’Autriche.

Les principaux combats à Vienne: tous dans les quartiers ouvriers périphériques

L’armée canonne les insurgés par delà le Danube

Reddition d’insurgés: les exécutions vont commencer

L’écrasement de Vienne-la-rouge a fortement marqué les esprits et ainsi la culture prolétarienne. Elle ainsi est le sujet d’un grand roman d’Anna Seghers paru en 1935, Le Chemin de février (Der Weg durch den Februar), dont le point d’orgue est l’attaque contre le Karl-Marx-Hof. Quant au chant des combattants de ’34, Nous sommes les travailleurs de Vienne, il deviendra un classique du répertoire prolétarien

Cette chanson a pour origine un chant de l’Armée rouge Armées blanches, baron noir composé durant la guerre civile. En 1927, dans la foulée des événements du 15 juillet, Fritz Brügel écrit la plus célèbre adaptation de cette chanson : Nous sommes les travailleurs de Vienne (Wir sind die Arbeiter von Wien). Elle ne fut présentée pour la première fois qu’en 1929 à l’occasion de la IIe Journée Internationale de la Jeunesse Ouvrière. Adoptée comme chant de lutte par les combattants de Vienne en février 1934, elle se répandit dans tout le mouvement ouvrier, et particulièrement en Scandinavie.

Nous sommes les bâtisseurs du monde à venir,
Nous sommes le semeur, la semence et la terre.
Nous sommes les faucheurs de la prochaine moisson,
Nous sommes le futur et nous sommes l’action.

Alors vole, flamboyant, drapeau rouge,
Ouvre le chemin que nous suivons.
Nous sommes les fidèles combattants de l’avenir,
Nous sommes les travailleurs de Vienne.

Maîtres des usines, maîtres du monde,
Votre pouvoir sera finalement liquidé.
Nous, l’armée qui crée le futur,
Briserons les chaînes des prisonniers.

Alors vole, flamboyant, drapeau rouge,
Ouvre le chemin que nous suivons.
Nous sommes les fidèles combattants de l’avenir,
Nous sommes les travailleurs de Vienne.

Bien que l’odieux mensonge nous entoure,
L’esprit s’élèvera et triomphera.
Sa force brisera les prisons et les fers ,
Nous nous préparons à la dernière bataille.

Alors vole, flamboyant, drapeau rouge,
Ouvre le chemin que nous suivons.
Nous sommes les fidèles combattants de l’avenir,
Nous sommes les travailleurs de Vienne.

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Lire « Des potences en Autriche », une brochure de 1934 du Secours rouge sur la fin de Vienne-la-rouge

Les 1000 mètres de façade du Karl-Marx-Hof
Défilé de membres du Schutzbund
15 juillet 1927: L'incendie du palais de justice de Vienne
Les principaux combats à Vienne: tous dans les quartiers ouvriers périphériques
L'armée canonne les insurgés par delà le Danube
Reddition d'insurgés: les exécutions vont commencer

L’affaire du gazage au pepper spray de l’Université de Californie Davis a eu lieu le 18 novembre 2011. Au cours d’un mouvement d’occupation à l’UC Davis. La protestation faisait suite à la hausse des frais de scolarité à l’université, et s’inscrivait plus généralement dans le mouvement « occupy ».

Le 9 novembre déjà, la police avait brutalement dispersé les teach-ins et sit-ins sur le campus, matraquant plusieurs étudiants et arrêtant 39 d’entre eux pour avoir refusé d’obtempérer à l’ordre de dispersion. Le 15 novembre, une nouvelle manifestation a lieu, de nouvelles tentes sont plantées, et le 16, la police fait une nouvelle fois usage de matraques et de gaz. Le 17 novembre, des tentes sont encore une fois installée sur le campus et dans la matinée du 18, la doyenne ordonne leur évacuation pour 15h. A 15h30, les membres de la police universitaire, en tenue anti-émeutes, ordonnent aux manifestants de partir. Ceux-ci refusent. A 16h, deux agents ont commencé la pulvérisation d’un spray au poivre à usage militaire, quasiment à bout touchant (alors qu’une distance de sécurité est prescrite), sur les visages des étudiants assis sur le sol. Onze manifestants ont du recevoir des soins, deux ont été hospitalisés. La photo et la vidéo du lieutenant de police John Pike gazant les manifestants deviennent aussitôt virales.

La célèbre photo du lieutenant John Pike à l’oeuvre

Après l’incident, de grandes manifestations contre l’utilisation de spray au poivre sur le campus ont eu lieu. La doyenne de l’UC Davis a présenté ses excuses aux étudiants, affirmant que la police avait agi contre ses ordres (aucune arrestation et aucun usage de la force). Un débat public sur la militarisation de la police et de l’utilisation du spray au poivre sur des manifestants pacifiques a lieu dans les médias. Le chef de la police du campus a déclaré que l’usage des gaz se justifiait parce que les manifestants empêchaient les agents de se déplacer librement – ce que les vidéos démentaient. Le chef de la police universitaire et deux agents gazeurs, dont John Pike, furent mis en congé administratif. Un groupe de travail composé d’étudiants, de professeurs, d’employés de l’UC et dirigé par un professeur de l’UC qui avait été juge de la Cour suprême de Californie, a conclu à l’abus d’usage de la force.
Le lieutenant Pike a été licencié, mais en octobre 2013, un juge lui a maintenu ses droits à la retraite et attribué une indemnité de 38.000 $ pour « compenser sa douleur psychologique ». Suite à un appel des Anonymous, Pike avait reçu 17.000 mails, 10.000 sms et des centaines de lettres hostiles. Trois douzaines d’étudiants ont quant à eux obtenu collectivement 1 million $ de l’UC suite à un procès fédéral. Chaque élève gazé ayant reçu 30.000 $ individuellement.
La doyenne allait finalement démissionner après que l’on eu notamment appris qu’elle avait fait payer par l’université 175.000 $ à des sociétés de relations publiques pour enlever de Google les références à l’affaire du pepper spray cop.

L’image de Pike gazant des manifestants pacifiques et assis a fait le tour du monde. Elle est devenue un symbole de l’abus de violence par la police, puis un meme internet avant d’être déclinée de mille manières.








La célèbre photo du lieutenant John Pike à l'oeuvre
Le « Pepper spray cop »
Le « Pepper spray cop »
Le « Pepper spray cop »
Le « Pepper spray cop »
Le « Pepper spray cop »
Le « Pepper spray cop »
Le « Pepper spray cop »

A la fin des années vingt, les charbonnages en Belgique représentaient le deuxième secteur industriel du pays, juste après la métallurgie. Avant la grande crise, le prix du charbon chuta et les stocks s’accumulèrent. Entre juillet 1930 et mars 1932, les revenus des mineurs diminuent de 29 %, alors que les loyers restent inchangés, et que le pain augmente. Aux réductions de salaire s’ajoutaient le chômage partiel et les licenciements. Le nombre de sans-emploi passe de 181.000 en décembre 1930 à 326.000 en 1932, sans compter 200.000 chômeurs non indemnisés!

Le 17 mai 1932, les patrons charbonniers borains annoncèrent une diminution de salaire de 5%. Le 30 mai, la grève démarra spontanément au charbonnage du Grand Trait et les autres fosses firent de même les jours suivants. Achille Delattre, secrétaire national (socialiste) de la Centrale des Mineurs, tempérait en demandant aux mineurs « de ne pas se laisser entraîner par des agitateurs ». Mais quand la baisse des salaires devint effective le 19 juin, 10.000 mineurs de Wasmes et de Hornu partent en grève. Dès le 1er juillet, tout le Borinage était à l’arrêt et on assista aux premières manifestations de femmes. Le 5 juillet, 35.000 manifestants défilent à Mons. Le 6 juillet, des grévistes partent à vélo vers le bassin du Centre pour y faire débrayer les charbonnages et les usines. Les métallurgistes et les travailleurs des transports se joignent au mouvement: plus de 150.000 ouvriers étaient en grève.

Dans un coron borain pendant la grève

Au cours des années vingt, les militants révolutionnaires exclus des syndicats pour leurs opinions politiques avaient formé la Centrale révolutionnaire des Mineurs (CMR), liée au Parti Communiste. Ils avaient pris la tête du mouvement alors que les chefs socialistes prêchaient le calme. La gendarmerie charge les cortèges de grévistes, sabre au clair. Des manifestants sont blessés et des barricades érigées.

Des mineurs incendient le château d’un directeur à Dampremy. Le gouverneur du Hainaut interdit les rassemblements de plus de cinq personnes. Le ministre de l’Intérieur décréte l’état de siège dans les régions minières et envoie 2.500 gendarmes, des militaires et même des automitrailleuses quadriller les corons. Le dimanche 10 juillet la gendarmerie dispersa une manifestation à Roux et tua un ouvrier, Louis Tayenne. La sûreté générale arrêta Julien Lahaut, secrétaire de la CMR ainsi qu’une série d’autres dirigeants du PCB, accusés de complot. Le Secours Rouge et d’autres organisations sont interdites.

La gendarmerie charge des grévistes à Charleroi


Souscription du Secours Rouge pour le monument funéraire de Louis Tayenne

A partir du mardi 12 juillet les gendarmes reprirent possession de la rue. Les manifestations de Gilly et de Châtelineau, les dernières dans le Hainaut, furent réprimées et les gendarmes pénétrèrent à cheval dans les Maisons du Peuple. Du 11 au 13 juillet près de 300 arrestations furent opérées. Le 14, au Congrès de la Centrale des mineurs socialistes, la base refusa l’accord proposé par la direction. Cela n’empêcha par les dirigeants socialistes d’appeler à la reprise du travail dès le lundi matin, présentant comme une victoire de vagues promesses patronales. Le 18 les verriers et les métallos reprirent le travail.

Seuls les mineurs du Hainaut continuaient la grève. Le 7 septembre, ils gagnent une hausse de 1% des salaires, la révision des bas salaires, et le ré-embauchage. Les mineurs, isolés et trahis, mettent fin à la grève à la mi-septembre. De nombreux ouvriers, ulcérés par les trahisons successives des socialistes, rejoignent un PCB qui, jusque là groupusculaire, allait dès lors prendre un caractère ouvrier de masse.

L’histoire de cette grève est le sujet d’un film muet, Misère au Borinage (1934, voir ici sur youtube), réalisé par Henri Storck et Joris Ivens. Ce documentaire social, réalisé dans une semi-clandestinité, est devenu aujourd’hui une référence cinématographique et historique incontournable. Moins connu est le documentaire Manifestation pour Tayenne – l’ouvrier abattu par la gendarmerie lors de ces grèves. Tourné en 16mm, en 1933 par Van Ommeslaeghe et Jean Fonteyne, qui avaient participé à la réalisation de Misère au Borinage. Manifestation pour Tayenne est le premier documentaire social de l’histoire du cinéma. Il montre la manifestation organisée par le Secours Rouge pour le premier anniversaire de la mort de Louis Tayenne, d’abord sur les lieu du drame et puis au cimetière.

L’appel à la manifestation Tayenne 1933 dans le journal du Secours rouge

9 juillet: notre SR fleurit le monument Tayenne au cimetière de Marchienne

Dans un coron borain pendant la grève
La gendarmerie charge des grévistes à Charleroi
Souscription du Secours Rouge pour le monument funéraire de Louis Tayenne
L'appel à la manifestation Tayenne 1933 dans le journal du Secours rouge

Le 12 décembre 1969, à 16 h 37, une bombe éclate dans la Banque de l’Agriculture, piazza Fontana, dans le centre de Milan, faisant seize morts et une centaine de blessés. La responsabilité d’un réseau associant agents américaines, militants fascistes et services secrets italiens dans cet attentat-massacre ne fait plus guère de doute. Un membre de ce réseau a reconnu que l’attentat (qu’il fallait mettre sur le dos des anarchistes) visait à la proclamation de l’état d’urgence à l’image du coup d’état que l’OTAN avait organisé en Grèce deux ans avant. Plusieurs fascistes, un responsable des services secrets italiens et mêmes un officier américains ont été arrêtés, quinze ou vingt ans après les faits, mais ils ont tous échappé à la condamnation, soit en première instance, soit en appel, soit en fuyant en Amérique du sud.

L’attentat de la piazza fontana

En décembre 1969 donc, une campagne de presse assourdissante désigne les anarchistes comme responsables du massacre. 4.000 militants d’extrême-gauche sont arrêtés. Parmi eux, Giuseppe Pinelli. Né à Milan en 1928, dans le quartier populaire de la Porte du Tessin, il gagna sa vie comme garçon de cours puis comme magasinier. Autodidacte passionné il complétait les lacunes de son instruction par de nombreuses lectures et des travaux personnels.

Giuseppe Pinelli

Pendant les années de guerre, il est courrier de la « Brigade Bruzzi-Malatesta », qui comptait quelque 1.300 partisans anarchistes. Active à la fois à Milan et dans les vallées de Pavia et de Brescia, la Brigade a réalisés en 44-45 de nombreuses actions, dont certaines particulièrement audacieuses, ainsi la libération des antifascistes emprisonnés à la Villa Triste à Milan, un centre de torture de la Gestapo. C’est pendant cette période que Pinelli, âgé de 18 ans, devint anarchiste.
En 1954, il entre dans les chemins de fer italiens et se marie l’année suivante (deux enfants naîtront par la suite).
En 1963, tout en participant très activement aux travaux des Jeunes Libertaires, il assure les contacts avec les militants plus âgés. Étant un des rares représentants de la génération intermédiaire (35 ans) il assure ainsi avec succès la médiation entre les vieilles et les nouvelles générations du mouvement. En 1965, on le retrouve parmi les fondateurs du cercle « Sacco et Vanzetti », de la section milanaise du syndicat anarcho-syndicaliste U.S.I., et de la Croix-noire anarchiste.

Giuseppe Pinelli (à droite) au cercle anarchiste Ponte della Ghisolfa (Milan, 1968)

Le 15 décembre 1969, Pinelli est dans les mains de l’équipe du commissaire Calabresi. Chef de la section responsable de la surveillance et des enquêtes sur la gauche extra-parlementaire à Milan en 1967, Calabresi était devenu commissaire principal chargé de diriger les services de police pour le maintien de l’ordre public pendant les affrontements des manifestations milanaises en 1968. Après l’attentat du 25 avril 1969 au stand Fiat de la Foire de Milan et la découverte de bombes encore intactes à la gare centrale de Milan, Calabresi désigna sans preuve les anarchistes comme responsables. Il fit emprisonner pendant plusieurs mois une quinzaine de personnes de la gauche extra-parlementaire qui durent être libérées pour manque de preuves et qui portèrent plainte auprès du tribunal de La Haye pour les traitements reçus.

Calabresi (à droite) arrêtant un manifestant à Milan en 1968

Le 15 décembre 1969, alors qu’il était interrogé au siège de la police milanaise dans le bureau de Calabresi par un autre policier, Pinelli tombe de la fenêtre qui se trouvait au quatrième étage et meurt. Lors de la conférence de presse à laquelle assistait Calabresi, le policier déclara que Pinelli avait voulu se suicider, parce qu’il était impliqué dans les attentats, version déclarée fausse ultérieurement en raison de la solidité de l’alibi de Pinelli. Calabresi fut aussitôt désigné comme l’assassin de Pinelli, mais la justice italienne blanchira naturellement le commissaire.
Malgré le climat d’intimidation policière (la police et la presse le présentaient comme le coupable de l’attentat-massacre), un cortège de 3.000 personnes, précédé par les drapeaux noirs, suivit ses funérailles.

Les funérailles de Pinelli

Le 17 mai 1972, Calabresi fut abattu par deux hommes, de deux balles dans la tête et dans le dos, devant son domicile à Milan. Le 18 mai, le journal de Lotta Continua titra: « Calabresi tué, le principal responsable de l’assassinat de Pinelli » et, dans l’article qui suivit, le journal décrivit l’exécution comme « un acte dans lequel les exploités reconnaissent leur propre désir de justice ». L’enquête piétina jusqu’en 1988, lorsqu’un repenti de Lotta Continua, Leonardo Marino, avoua avoir été le chauffeur du commando et dénonça trois de ses anciens camarades: Adriano Sofri et Giorgio Pietrostefani, dirigeants de la Lotta Continua, et Ovidio Bompressi. Le délateur ne fut condamné à une peine réduite, alors que les trois autres furent condamnés à vingt-deux ans de prison.

La mort de Pinelli a eu un impact énorme sur la gauche révolutionnaire en Italie. Deux chansons consacrée à l’événement sont devenues populaire et Dario Fo, membre à l’époque du Secours rouge italien, lui consacra une pièce: Mort accidentelle d’un anarchiste.

L'attentat de la piazza fontana
Giuseppe Pinelli
Giuseppe Pinelli (à droite) au cercle anarchiste Ponte della Ghisolfa (Milan, 1968)
Calabresi (à droite) arrêtant un manifestant à Milan en 1968
Les funérailles de Pinelli
Le défenestration de Giuseppe Pinelli
Le défenestration de Giuseppe Pinelli

En 1938, Ho Chi Minh, futur président du Vietnam, est envoyé par l’Internationale Communiste en Chine en 1938 où il sert comme commissaire politique à la 8° armée communiste basée dans le Guanxi. En février 1941, après la défaite française face à l’Allemagne, il rejoint le Vietnam et fonde, en juin, la « Ligue pour l’Indépendance du Viêt Nam », le Viêt Minh qui combat à la fois les occupants japonais et les colonisateurs français.

Le 27 août 1942, lors d’un passage à Zurong (Tienpao, province chinoise du Guangxi), Hô Chi Minh est arrêté faute de papiers en règle. Il est emprisonné durant plus d’une année dans plus de 30 prisons de 13 districts du Guangxi, souffrant des mauvais traitements, des conditions de détention déplorables, et de maladies. Il est libéré en 1943.
Il en sort avec un petit calepin, avec une couverture bleue sur laquelle figurent 4 idéogrammes chinois signifiant Carnet de prison, agrémentés de 4 vers et d’un dessin montrant deux poignets enchaînés… Dedans, 133 poèmes en chinois composés entre le 29 août 1942 et le 10 septembre 1943, plus quelques notes : le témoignage de son emprisonnement.

La couverture du

Cette autobiographie en vers, Ho Chi Minh en est à la fois l’auteur et le principal protagoniste. En préface, il a écrit: «La poésie, ce n’est pas ma passion; mais que faire en prison? Je compose des vers pour passer les longues journées; en attendant le jour de la liberté».

Le Carnet de prison de Ho Chi Minh est un auto-portrait sincère, sensible et profonds. De poème en poème, Ho Chi Minh apparaît sous plusieurs facettes: le révolutionnaire, le prisonnier qui souffre, l’homme compatissant envers les plus vulnérables, le poète sensible à la nature :
Dans la prison, il n’y a ni alcool ni fleurs;
mais la beauté de la nuit ne peut laisser indifférent;
l’homme contemple la lune à la fenêtre;
la lune s’immisce à travers l’interstice pour admirer le poète

De l’humour aussi, caustique. Dans Gale ulcéreuse, il décrit ainsi l’épidémie dont souffre les prisonniers:
Nos corps sont pourpres comme s’ils étaient vêtus de brocart;
Nos mains grattent sans cesse comme sur une cithare;
Vêtus de brocart, tous les prisonniers sont des invités distingués;
Jouant de la cithare, tous sont des amis mélomanes.

En 1960, le Carnet de prison a été traduit en vietnamien. Aujourd’hui, il est accessible en plus de 25 langues. Une édition en français, partielle (72 poèmes et 3 illustrations), a été publiée en 1983 par les Éditions en langues étrangères à Hanoï.

Une édition disponible du

Je descends vers Yong Ming par la route des eaux
Les pieds pendus au toit, supplicié d’un autre âge
Sur les rives, partout, denses sont les villages
Et légers, les sampans des pêcheurs sur les flots

Jusqu’au fleuve jadis vous m’accompagniez
A bientôt, vous disais-je, à la moisson prochaine
De nouveau la charrue a passé sur la plaine
Et moi, loin du pays, je suis un prisonnier

Ho Chi Minh en 1932, au moment de son emprisonnement par les Anglais à Hong Kong)

Vaste est la région, mais ingrate la terre
L’homme aime le labeur comme l’économie.
Ce printemps, parait-il, n’a pas reçu de pluie ;
Deux, trois gerbes rentrées sur les dix qu’on espère.

La rose s’ouvre et la rose se fâne
Sans savoir ce que la rose fait.
Il suffit qu’un parfum de rose
S’égare dans une maison d’arrêt
Pour que hurlent au coeur de l’enfermé
Toutes les injustices du monde.

Sous le choc du pilon souffre le grain de riz
Mais l’épreuve passée, admirez sa blancheur
Pareils sont les humains dans le siècle où l’on vit
Pour être homme, il faut subir le pilon du malheur.

Une veille…
une veille…
une troisième veille…
Pas moyen de dormir…
Je me tourne, angoissé…
Quatre, cinquième veille…
Est-ce un rêve ?
Est-ce une veille ?
Cinq branches d’une étoile enroulent mes pensées.

Livres neufs, bouquins anciens, grossièrement assemblés…
Couverture de papier vaut mieux que sans couverture,
Dormeurs des beaux lits princiers, à l’abri de la froidure,
Beaucoup d’hommes en prison passent la nuit éveillés !

L’équilibre au départ rend l’issue incertaine ;
La victoire finit par pencher d’un côté.
Bien préparer tes coups, garde ton plan secret
Et tu mériteras d’être un grand capitaine.

Je suis un homme honnête et mon âme est tranquille.
On me soupçonne d’être un chinois ténébreux !
Le chemin de la vie est toujours dangereux,
Mais vivre sa vie est moins que jamais facile.


Dix heures. La Grande Ourse effleure les sommets.
C’est l’automne. Un grillon chante son allégresse.
Qu’importe au prisonnier l’automne et ses ivresses ?
Le seul chant de son coeur : Revoir sa liberté.

Une édition disponible du
Ho Chi Minh en 1932, au moment de son emprisonnement par les Anglais à Hong Kong)