Vendredi 12 juin, un policier d’Atlanta a abattu un homme noir au cours d’une arrestation pour conduite sous l’influence de l’alcool, déclenchant une nouvelle vague d’émeutes dans le pays. Le lendemain la population est descendue dans les rues bloquant l’Interstate 75/85. D’autres manifestant·es sont retourné sur les lieu du meurtre où des affrontements ont eu lieu avec la police.

À Seattle, les manifestant·es ont mis en place une “zone autonome” autour d’un commissariat de police fermé temporairement. La Zone Autonome de Capitol Hill s’étend sur 7 pâtés de maison et constitue une forme de commune expérimentant une forme nouvelle de société. La médecine et la nourriture y sont gratuites et la police y est interdite. Des potagers collectifs, des équipes médicales et de maintien de la paix ont été mises en place. Des personnes armées du mouvement sont présents à certains points de contrôle de la zone. Le président Trump est furieux et menace d’intervenir par la force pour reprendre le contrôle de la zone.

La commune de Seattle

Delbert Africa, ancien prisonnier politique des Move9, est mort mardi 16 juin. Il avait passé 42 ans en prison et n’avait été libéré qu’en janvier 2020 (voir notre article). Il faisait partie des neuf personnes qui ont été arrêtées et condamnées à une peine allant de 30 ans à perpétuité, à la suite du siège d’une maison communautaire de Move, le 8 août 1978 à Philadelphie, par une centaine de policiers. Dans la fusillade, un policier avait été tué, probablement d’un tir ami. Plus tard, lors d’un autre raid de la police contre une maison communautaire de Move, 11 habitants donc 5 enfants ont été tué par l’action de la police (un hélicoptère ayant lâché une bombe sur le bâtiment).

Delbert Orr Africa à sa libération

La présence de drones israéliens de la firme Elbit a été signalées lors des manifestations contre les crimes policiers aux États-Unis. Elbit fournit une technologie de surveillance pour le mur de l’apartheid israélien qui serpente à travers la Cisjordanie. Le géant des armes a été impliqué dans les principales attaques israéliennes contre la bande de Gaza depuis plus d’une décennie. Elbit commercialise son équipement auprès des gouvernements du monde entier comme “testé au combat” (sur les civils palestiniens). Aux États-Unis, Elbit Systems America conclut un contrat avec le département américain de la Sécurité intérieure pour un mur de surveillance virtuel à la frontière américano-mexicaine. Plus d’infos ici.

Drone Elbit en Palestine occupée

Drone Elbit en Palestine occupée

De nombreux personnes, participant aux rassemblements contre les crimes policiers, craignent des représailles si elles venaient à être identifiées notamment en raison de la surveillance dont elles font l’objet. Les autorités états-uniennes utilisent, en effet tous les moyens à sa disposition pour ficher les manifestant·es, opération de surveillance de la DEA (l’agence anti-drogue), reconnaissance faciale et même un drone Predator (voir notre article).

Plusieurs sites spécialisés ou non ont donc publié des guides et listes de conseils, notamment sur l’usage des smartphones lors des manifestations. Si ces conseils sont assez classiques et sont généralement les mêmes à chaque manifestation, on remarque également, désormais, des indications pour les photos, notamment celles qui ont vocation à être publiées sur les réseaux sociaux.

The Verge donne ainsi quelques techniques assez basiques et accessibles aux possesseurs de smartphones iOS ou Android pour cacher des visages et empêcher qu’ils soient ensuite reconnus. Le site américain précise, par ailleurs, que pour se débarrasser des métadonnées (la localisation, la date de la prise de vue…), le plus simple est de prendre des captures d’écran de ses propres photos et, ensuite, de supprimer les photos originales.

Mais des outils ont également été développés à ces fins. Wired promeut ainsi Image Scrubber, un site (disponible sur ordinateur et mobile) qui promet de supprimer les métadonnées associées à la photo prise, mais également de flouter certaines parties de l’image ou de recouvrir des images. Plus simple encore d’utilisation, un raccourci permet aux utilisateurs d’iPhone de choisir une photo, d’en flouter automatiquement les visages et d’enregistrer une nouvelle version de la photo sans les métadonnées qui y étaient associées jusque-là. Cependant plusieurs réserves sur la sécurité sur cet outil ont été émises. Censr, une application de réalité virtuelle (en bêta) qui fonctionne avec les iPhone XR et suivants, permet quant-à-elle de masquer et pixéliser un visage en temps réel et qui « nettoie » les métadonnées. Signal a également développé un outil permettant de flouter les images (voir notre article).

Le Secours Rouge mène, depuis plusieurs années, une campagne visant à promouvoir une utilisation sécurisée des photos dans les manifestations. Plus d’infos sur cette campagne ici.

Chargé de la déontologie des contenus, le nouveau conseil de surveillance du réseau social compte parmi ses vingt membres l’ancienne directrice générale du ministère de la justice israélien. Sous les ordres de la ministre Ayelet Shaked, figure de l’extrême droite, Emi Palmor avait mis en place une cyber-unité chargée de contrôler et censurer les posts de Palestiniens. Le conseil de surveillance du réseau social aura pour mandat de “prendre des décisions définitives” sur la suppression de contenus sur les pages Facebook et les comptes Instagram. Indépendant de Facebook, mais financé à 100 % par un fonds mis en place par la multinationale et doté de 130 millions de dollars (115 millions d’euros), ce conseil pourra être saisi par un internaute qui souhaiterait voir un contenu disparaître, comme par un autre dont le post aurait été supprimé par les modérateurs de Facebook, et qui en ferait en quelque sorte appel. Cette instance sera également susceptible de faire des “recommandations” sur la suppression de tel ou tel type de publication. Plus d’infos ici.

Emi Palmor

Emi Palmor

Les révoltes contre les crimes policiers, initiées suite au meurtre de George Floyd continuent. Voici un compte-rendu non-exhaustif des événements. Les manifestations massives continuent d’avoir lieu notamment hier à Los Angeles ou encore à Seattle qui était noyée sous les gaz lacrymogènes. Ces gaz ont provoqué la mort d’au moins une personne dans le pays. Il s’agit de d’une militante écologiste et des droits civiques, du nom de Sarah Grossman. Elle est morte le 30 mai dernier suite aux manifestations Black Lives Matter à Columbus. Elle aurait reçu des gaz lacrymogènes, ce qui lui aurait provoqué une insuffisance respiratoire, menant à sa mort. À Minneapolis, le conseil municipal a annoncé la dissolution de la police. Les fonds alloués à la police seront reversé à un futur organisme public qui sera chargé de la sécurité. Ils ont aussi annoncé vouloir travailler avec les représentants des communautés. Une possible opposition du maire, récemment hué lors d’un rassemblement pour avoir exprimé son hostilité à une dissolution de la police, ne serait pas suffisante pour empêcher ce processus.

La police de Minneapolis dissoute

La police de Minneapolis dissoute

Vendredi 29 mai, un drone lourd General Atomics “Predator B”, appartenant à l’US Department of Homeland Security, a été utilisé afin de suivre les manifestations consécutives à la mort de George Floyd. Cet appareil, basé à Grand Forks, dans le Dakota du Nord, et utilisé d’ordinaire pour la surveillance des frontières, a orbité au-dessus de Minneapolis pour donner des images nettes aux forces de l’ordre.  Ce survol n’est pas simplement l’expression d’une escalade technologique dans la répression, il marque aussi une escalade du point vue de sa légalité (ou de son illégalité…). Ce drone appartient à une organisation fédérale et son intervention pour une mission de maintien de l’ordre a eu lieu plus de 24 heures avant que Donald Trump n’ait décidé de la mobilisation de moyens fédéraux.

Un drone "Predator" (celui ayant survolé Minneapolis n'était pas armé)

Mercredi 3 juin, deux manifestations se sont déroulées à à Athènes et à Londres pour protester contre le meurtre de George Floyd et les crimes policiers. À Londres, des milliers de personnes se sont rassemblées pour marcher vers le parlement. Des affrontements se sont déclenchés lorsque des policiers ont tenté d’isoler un homme de la foule. Les manifestant·es ont répliqué, lançant notamment plusieurs objets sur les policiers et leurs voitures. Au moins une personne a été arrêtée. À Athènes, 4000 personnes étaient rassemblées devant l’ambassade des États-Unis. Des affrontements ont éclaté entre les manifestant·es et les policiers qui protégeaient l’ambassade. Les policiers ont notamment utilisé des gaz lacrymogènes alors que les manifestant·es jetaient des pierres. Par ailleurs, l’ambassade des États-Unis a été attaquée au cocktail molotov.

L'ambassade des États-Unis à Athènes attaquée au cocktail molotov

L’ambassade des États-Unis à Athènes attaquée au cocktail molotov

Les manifestations de masse aux États-Unis ont propulsé l’application de messagerie sécurisée Signal parmi les applications les plus téléchargées du pays. Elle est à présent 8è au classement des apps les plus téléchargées dans la catégorie réseaux sociaux. Hier soir, Signal a déployé une mise à jour bien utile puisqu’il est désormais possible de flouter des visages dans une photo que l’on envoie : “Nous avons travaillé sur de nouvelles façons d’aider tous ceux et celles qui sont dans la rue pour le moment. Une chose est sûr, 2020 est une bonne année pour se couvrir le visage. La dernière version de Signal pour Android et iOS introduit une fonctionnalité de floutage dans son éditeur d’image.” En plus de cela, Signal distribuera de vrais masques gratuitement aux manifestant·e·s.

Les émeutes, suite à l’assassinat de George Flyod par un policier, se sont poursuivies dans la nuit du 31 mai au 1er juin. Voici un compte-rendu non-exhaustif des événements. Des émeutes ont notamment été signalée à Aurora, Boston, Chicago, Madison, Miami, New-York, Philadelphie, Phoenix , Santa Monica et Washington. Dans la capitale, un couvre-feu a été décrété dès 23h, ce qui n’a pas découragé les nombreuses personnes venues manifester. Alors que de nombreuses personnes étaient massées devant la Maison Blanche, le président Donald Trump s’est réfugié dans un bunker souterrain. Il y serait resté pendant près d’une heure, escorté par des agents des services secrets. La Maison Blanche a éteint ses lumières, ce qui n’est jamais arrivé depuis 1889. Le capitole était quant-à-lui noyé dans les fumées des feux et des lacrymogènes et “l’Église des présidents” en face de la Maison Blanche a été incendiée. Une banque a été saccagée à quelques centaines de mètres du palais présidentiel. À Minneapolis, un camion a foncé sur une foule de manifestant·es assemblé·es sur l’autoroute I-35. À Philadelphie, des dizaines de voitures de police ont été détruites, brûlées ou utilisées comme voitures béliers contre d’autre voitures de police. Le président Trump accuse des groupes de gauche d’être responsable des manifestations et a annoncé son intention de déclarer le mouvement antifa comme organisation terroriste.

La nuit de mardi à mercredi aurait cependant été globalement plus calme, après une journée de grandes manifestations. Toutefois quelques éléments sont à signaler, tels que l’utilisation de parapluies en première ligne comme à Hong Kong, des manifestations à cheval ou encore l’utilisation de plots et de bouteilles pour contrer les gaz lacrymogènes. Des manifestations massives ont également éclaté un peu partout de nuit malgré les couvre feu. Enfin si l’armée n’est pas encore intervenue, un bataillon de police militaire en service actif, composé de 200 à 250 militaires s’est déployé lundi à Washington, DC. À New York, les soignant·es sont sorti·es pour applaudir les manifestant·es de Black Lives Matter. À Dallas, la police a demandé aux habitant·es de dénoncer tout comportement répréhensible sur l’application “iWatch Dallas”. Mais au lieu de recevoir des vidéos de manifestants en action, elle a été inondée de vidéos de K-pop, au point que l’application est devenue temporairement indisponible. Il s’agit d’une attaque par déni de service (ou DDoS) orchestrée manuellement depuis les réseaux sociaux.

Manifestant·es à cheval aux États-Unis

Manifestant·es à cheval aux États-Unis