Le gouvernement russe renforce le contrôle d’Internet et vise à supprimer complètement l’anonymat des utilisateurs. Roskomnadsor, le service fédéral russe de surveillance des communications, des technologies de l’information et des médias, ralentit actuellement le messenger Telegram, accusé de ne pas avoir bloqué suffisamment rapidement les « chaînes anonymes », tandis que WhatsApp s’est conformé aux exigences des autorités. Des mesures de surveillance plus larges sont prévues, incluant des systèmes d’IA pour bloquer les VPN et identifier les contenus interdits à partir de mots et d’expressions, pour un coût d’environ 25 millions d’euros. Selon plusieurs observateurs, la Russie veut devenir le premier pays au monde à abolir totalement l’anonymat en ligne.

En Tchita, le tribunal régional a interdit le « Zabaïkalskoïe levoie obïedinenie » (Union de gauche de Transbaïkalie) en le qualifiant d’organisation terroriste, à l’issue d’une procédure fondée principalement sur un petit canal Telegram aujourd’hui inactif et comptant moins de 100 abonnés. Les autorités présentent deux jeunes anarchistes emprisonnés, Alexandre Snezhkov et Lioubov Lizounova, comme « dirigeants » du mouvement, bien qu’ils affirment qu’il ne s’agissait que de pages personnelles sans structure, statuts ni organisation réelle. La décision s’appuie sur des éléments tels que des graffitis, un avatar de réseau social assimilé à un « drapeau » et des témoignages, et intervient alors que les deux prévenus ont déjà été lourdement condamnés pour vandalisme et « apologie du terrorisme » (voir notre article).

Un rassemblement antifasciste est organisé le 19 janvier à 19h, place Igor Stravinsky à Paris, en mémoire de Stanislav Markelov et Anastasia Babourova, assassinés à Moscou le 19 janvier 2009 par un militant néonazi. A cette occasion, les organisateurs dénoncent le rôle des autorités russes dans la répression du mouvement antifasciste, comme en témoigne la détention de nombreux prisonniers antifascistes (voir notre article). Dans ce contexte, l’appel souligne la nécessité d’une solidarité internationale antifasciste.

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Harry Azaryan, étudiant en sciences politiques à l’Université d’État de Saint-Pétersbourg et membre du grupe trotskyste « Pouvoir ouvrier », a été libéré de détention provisoire sous interdiction de certaines activités. En mai dernier, il avait été accusé d’« incitation au terrorisme via Internet » après qu’un agent infiltré dans son groupe ait transmis aux autorités des informations sur les membres, les réunions et une vidéo de son discours en ligne (voir notre article). Dans cette allocution, Azaryan théorisait la destruction du capitalisme par la révolution et évoquait la possibilité d’éliminer les « exploiteurs », qu’il désignait comme ennemis des masses populaires.

Le 31 décembre 2025, Pavel Krisevich a pu quitter la Russie après avoir été libéré d’une nouvelle arrestation administrative, la énième depuis sa sortie de prison le 24 janvier 2025 (voir notre article). Inscrit en novembre 2025 au registre des « agents étrangers », il avait été menacé par le FSB de nouvelles détentions s’il ne partait pas immédiatement. Depuis sa détention, Krisevich poursuivait son travail artistique en prison, créant dessins, livres et projets solidaires pour d’autres détenus. Il décrit son départ comme un moment d’euphorie en quittant « la dictature et l’absence de liberté ».

En Russie, le parquet du kraï de Transbaïkalie aurait saisi la justice afin de faire reconnaître le « Collectif de gauche de Transbaïkalie » comme organisation terroriste et d’en interdire toute activité. Selon l’accusation, ce groupe correspondrait essentiellement à un canal Telegram diffusant par le passé des informations sur des mobilisations antimilitaristes et des actions militantes locales, aujourd’hui inactif. Deux anarchistes déjà condamnés pour des publications et des graffitis seraient présentés comme des « dirigeants » présumés du collectif, Alexander Snezhkov et Liubov Lizunova, tandis qu’un jugement attendu en janvier pourrait entraîner de lourdes peines pour toute activité jugée liée à cette structure.

Le militant de gauche et critique du Kremlin Sergei Oudaltsov a été condamné à six ans de colonie pénitentiaire pour « apologie du terrorisme », en lien avec un article soutenant des activistes russes récemment condamnés (voir notre article). Figure de l’opposition au retour de Vladimir Poutine entre 2011 et 2013, déjà emprisonné de 2014 à 2017, il a dénoncé une décision « honteuse » après le verdict.

Un groupe de soutien a lancé une collecte de solidarité afin de récolter 280 000 roubles durant six mois pour aider deux prisonniers politiques anarchistes, Alexandre Snejkov et Lioubov Lizounova, condamnés dans le cadre du « dossier de Tchita ». Arrêtés à l’automne 2022 alors qu’ils étaient mineurs, ils ont d’abord été poursuivis pour des graffitis anti-régime, puis pour « appels à l’extrémisme » et « apologie du terrorisme » en raison de publications sur Telegram. En 2024, Lioubov a été condamnée à trois ans et demi de détention en colonie pénitentiaire, tandis qu’Alexandre a reçu une peine de six ans, partiellement réduite, avant d’être à nouveau poursuivi en 2025 et condamné à cinq ans, dont trois en prison aux conditions les plus dures. Alexandre subit toujours des pressions disciplinaires en détention, et les familles des deux prisonniers, en grande difficulté financière, appellent à la solidarité (voir ici).

Cinq militants marxistes d’Oufa ont été condamnés à des peines de 16 à 22 ans de prison pour « terrorisme » et « préparation du renversement violent du pouvoir », après avoir animé pendant six ans un cercle de discussion sur Marx et l’histoire révolutionnaire. Alexeï Dmitriev, fondateur du cercle en 2016, a été condamné à 20 ans de réclusion. Pavel Matisov et Rinat Burkeev a respectivement 22 et 16 ans de prison, tandis que Yuri Efimov à 18 ans Dmitri Chouviline à 20 ans. La plupart passeront les premières années en prison avant d’être transférés en colonie pénitentiaire. À l’énoncé du verdict, ils ont scandé : « Fascistes ! ».

La justice russe a désigné ce lundi 15 décembre le groupe punk Pussy Riot comme étant une « organisation extrémiste ». Ses activités sont dès lors interdites dans le pays, a indiqué un tribunal de Moscou. Le collectif féministe s’oppose depuis des années à Vladimir Poutine à travers des initiatives artistiques. Il s’est notamment fait connaître en 2012 avec une « prière punk » demandant à la vierge Marie de chasser le président russe, chantée dans la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou. Le collectif a réagit à la décision du tribunal. « Ces idiots y travaillent depuis des années, au moins depuis 2012 », a écrit Nadya Tolokonnikova dans un message publié dimanche sur le compte X du groupe, accompagné d’un extrait d’une interview donnée en 2012 depuis une colonie pénitentiaire où elle avait été envoyée après avoir participé à la « prière punk ». « Cela fait des années que nous sommes radioactives, mais être désignées comme une organisation extrémiste donne à l’État davantage de moyens juridiques pour punir les gens pour n’importe quelle connexion avec nous ». Les membres du collectif, dont beaucoup ont été condamnés à de la prison pour leur activisme et vivent aujourd’hui en exil, s’opposent également à l’offensive russe contre l’Ukraine.

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