Près de trois mois après le placement en détention provisoire des Ulm 5, cinq personnes poursuivies pour une action visant une usine d’armement d’Elbit Systems, plusieurs rassemblements de solidarité ont eu lieu les 30 et 31 décembre devant les différents établissements pénitentiaires où elles sont incarcérées (voir notre article). Portées depuis Berlin avec le soutien de collectifs locaux, ces mobilisations se sont déployées sur deux jours devant cinq prisons, dans le but de dénoncer le rôle d’Elbit Systems dans l’industrie de l’armement et de rompre l’isolement carcéral. Elles s’inscrivent dans un mouvement plus large de soutien aux prisonniers politiques et de dénonciation de la répression des luttes internationalistes, avec également des expressions de solidarité envers Daniela Klette, des antifascistes poursuivis et plusieurs militants kurdes emprisonnés.

Depuis octobre 2023, les autorités allemandes poursuivent massivement les militants solidaires de la Palestine (voir notre article), ciblant notamment l’expression « From the river to the sea ». Selon les avocats berlinois Jessica Grimm et Benjamin Düsberg, cette criminalisation résulte d’une volonté politique d’interdire cette opinion, assimilée à tort à un symbole du Hamas après une décision du ministère de l’Intérieur en novembre 2023. Bien que des expertises démontrent que le slogan existe depuis les années 1960 et n’est pas exclusivement utilisé par la Hamas, la justice berlinoise a initié des milliers de procédures, parfois transférées à la chambre de sûreté de l’État du Landgericht Berlin.

Un nouvel expert nommé par cette chambre, Dr Guido Steinberg, spécialiste en islamisme et terrorisme au sein de la fondation Science et Politique, a présenté une analyse biaisée, affirmant que le slogan « From the river to the sea » serait presque exclusivement utilisé par des personnes favorables à la « violence », sans fournir de preuves concrètes ni s’appuyer sur des sources primaires récentes. La défense conteste cette partialité dans le cadre d’un procès visant un militant poursuivi pour avoir crié ce slogan lors d’une manifestation de solidarité avec la Palestine après le 7 octobre 2023. Pour démontrer que le slogan est largement utilisé dans des contextes politiques divers et ne constitue pas un emblème d’organisation, la défense a fourni au tribunal un dossier de 2 500 textes, totalisant plus de 7 000 pages.

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Depuis octobre 2023, plus de 9 000 procédures judiciaires ont été ouvertes à Berlin contre des personnes exprimant leur solidarité avec la Palestine, selon plusieurs groupes de soutien et observateurs. Les arrestations portent sur des slogans, drapeaux, autocollants et autres, souvent qualifiés d’« antisémites » par les autorités. Par ailleurs, de nombreuses violences et brutalités policières sont régulièrement signalées lors des interpellations. En dépit de cette situation, de nombreux procès se soldent par des relaxes ou l’abandon des charges, notamment pour les slogans et symboles, grâce à des preuves vidéo démontrant la brutalité policière. Les observateurs dénoncent une persistance des arrestations arbitraires et une application discriminatoire de la loi, reflétant le racisme et l’impunité dont jouit la police, même devant les tribunaux.

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À Brême en décembre 2025, la syndicaliste Ariane Müller s’est vu interdire l’accès au Klinikum Bremen-Mitte après avoir participé à une campagne électorale en faveur d’une liste syndicale de gauche lors des élections du comité d’entreprise. Ancienne salariée et élue du personnel, elle avait déjà été licenciée en 2024 par le groupe hospitalier public Gesundheit Nord pour avoir organisé, à titre privé, un rassemblement de soutien à Daniela Klette, une décision qui n’a jamais été examinée par la justice (voir notre article). Fin 2025, alors qu’elle accompagnait des collègues dans une distribution de tracts liée au scrutin interne, la direction a justifié cette décision par des motifs de sécurité et de bon fonctionnement de l’établissement.

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En Allemagne, l’Anarchist Black Cross de Dresde organise le 31 décembre 2025, pour le réveillon du Nouvel An, des rassemblements devant des prisons pour exprimer leur solidarité avec les prisonniers politiques et migrants détenus, dénonçant en particulier la répression croissante des militants antifascistes et du mouvement kurde. L’action vise notamment à soutenir les détenus Aziz et Johann, poursuivis pour leurs activités politiques, ainsi que d’autres prisonniers.

En parallèle, leur travail de collecte de dons a été interrompu par GLS Bank et d’autres établissements, qui ont fermé des comptes bancaires sans explication. Ceux-ci visaient à soutenir des prisonniers politiques en Allemagne mais aussi en Europe de l’Est. Récemment, des procédures similaires ont également touché le DKP et le Rote Hilfe (voir notre article).

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Rexhino Abazaj, dit « Gino », militant antifasciste albanais de 33 ans, a été remis en liberté sous contrôle judiciaire à Paris le 24 décembre, dans l’attente de l’examen d’un éventuel transfert vers l’Allemagne le 28 janvier. Visé par un mandat d’arrêt européen émis par la Hongrie suite à sa participation à une mobilisation antifasciste en janvier 2023 à Budapest, il n’avait pas été extradé par la France en raison de risques de traitements inhumains et d’un procès inéquitable. Un nouveau mandat, émis par l’Allemagne pour les mêmes faits, a conduit à son arrestation mi-décembre (voir notre article). Alors qu’il encourt jusqu’à dix ans de prison en Allemagne, son cas s’inscrit dans un contexte de criminalisation de l’antifascisme en Europe. La prochaine audience de Gino se tiendra le 28 janvier.

Les banques GLS et Sparkasse Göttingen ont résilié les comptes du Rote Hilfe, une organisation de soutien juridique de gauche en Allemagne, en lien avec l’inscription du groupe « Antifa Ost » sur la liste terroriste des États-Unis et sur la liste de sanctions du Trésor états-unien (voir notre article). Craignant des conséquences comme l’exclusion du système de paiement international SWIFT, les banques ont appliqué ces sanctions, après avoir interrogé le Rote Hilfe et sur la base d’une évaluation de risque jugée « élevée » par un prestataire privé, ce qui impose la fermeture des comptes sous deux mois. Cette situation rappelle celles similaires qui ont déjà eu lieu contre l’Anarchist Black Cross ou encore le DKP (voir notre article).

Thawra, un groupe internationaliste de gauche basé à Hambourg, fait face à une classification comme « organisation extrémiste avérée » par les services allemands de protection de la Constitution. Cette décision repose principalement sur des accusations d’antisémitisme liées à ses positions antisionistes et à son engagement public en solidarité avec la Palestine, notamment l’usage de termes tels que « génocide » ou « apartheid » pour qualifier la politique israélienne. Cette qualification ouvre la voie à d’éventuelles interdictions et expose les militants à la répression, y compris en matière de séjour. Thawra rejette fermement ces accusations et a engagé des recours judiciaires pour contester cette classification, estimant qu’elle s’inscrit dans une stratégie plus large de répression et de criminalisation de la solidarité pro-palestinienne en Allemagne, et que l’issue de cette affaire pourrait créer un précédent déterminant pour les libertés politiques et le débat public.

Les 30 et 31 décembre 2025, plusieurs rassemblements de solidarité sont organisés dans différentes villes d’Allemagne, où les personnes sont invitées à se rendre devant plusieurs prisons pour soutenir les cinq personnes détenues pour avoir attaqué une usine d’Elbit Systems à Ulm (voir notre article). Ils sont en détention préventive depuis trois mois, accusés d’avoir causé des dégâts matériels à ce principal fabricant d’armes israélien qui joue un rôle clef dans le génocide en Palestine.

Jeudi 18 décembre, la justice française a finalement décidé l’incarcération de Gino à la prison de Fresnes dans l’attente d’une décision sur l’exécution d’un nouveau mandat d’arrêt européen émis par l’Allemagne, qui l’accuse de violences présumées lors d’événements survenus en marge d’une manifestation néonazie à Budapest en 2023. Cette situation est d’autant plus contestée que la cour d’appel de Paris avait refusé en mars l’exécution d’un mandat similaire émis par la Hongrie pour les mêmes faits (voir notre article). Les soutiens de Gino craignent qu’une remise à l’Allemagne n’ouvre la voie à un transfert vers la Hongrie et dénoncent la collaboration entre États et la répression ciblant les militants antifascistes.