Neuf ans après l’assassinat des trois femmes kurdes – Sakine Cansiz, co-fondatrice du PKK, Fidan Dogan, représentante en France du Congrès national du Kurdistan (KNK), et Leyla Saylemez, membre du mouvement de jeunesse kurde – la justice française refuse d’investiguer l’implication des services secrets turcs dans ce triple féminicide. Des manifestations auront lieux dans plusieurs pays. Voici les dates pour la France et la Belgique.

Mercredi 5, Paris, 11H, Marche blanche du Centre démocratique du Kurdistan (16 rue d’Enghien) jusque devant les locaux du centre d’information du Kurdistan (CIK, 147 rue La Fayette) où le massacre a eu lieu. Vous pourrez à cette occasion déposer des fleurs pour rendre hommage aux trois femmes.
Mercredi 5, Bruxelles, 13H, devant la résidence de l’ambassadeur de France, 42 boulevard du Régent
Samedi 8, Paris, 12H, Gare du Nord, grande manifestation..
Samedi 8, Strasbourg, 13H, Place de la Gare, manifestation.
Samedi 8, Marseille, 13H, Canebière, manifestation.
Samedi 8, Bordeaux, 13H, Place Stalingrad, manifestation.
Samedi 8, Bruxelles, 15H, rassemblement place de la Monnaie.
Dimanche 9, Paris, 12H30, Cérémonie d’hommage devant le 147 rue La Fayette.
Dimanche 9, Toulouse, 14h30, Métro Jean Jaurès, manifestation.

Dans le cadre de ses tentatives répétées d’anéantir les forces du PKK au Kurdistan Sud, dans le Nord de l’Irak, les forces armées turques ont installé une vingtaine de base et une centaine de postes dans la région. Ces dernières semaines, ces forces d’occupation turques ont reçu des coups violents de la part de la guérilla. Plusieurs opérations de différents types (tir de sniper, bombardement au mortier, tir de missile, mais aussi attaques directes à la grenade et à l’arme automatique) ont ainsi été menées contre les postes turcs. Les 8 et 9 décembre, deux postes ont été détruits et un troisième est tombé dans les mains de la guérilla qui a récupéré plusieurs armes des soldats turcs tués. Cette semaine, l’armée turque a évacué plusieurs postes dans la région de Zap et, dans le même moment, comme pour compenser l’aveu de sa défaite, elle a multiplié les bombardements aériens: le 27 décembre dans la région de Metîna, le 28 dans la région de Kandil (Qendil), le 29 dans la région de Hakurk (Xakurke) et dans la région de Zap.

 

La milice du Mouvement révolutionnaire uni des femmes (KBDH) a mené une attaque au moyen à l’explosif contre la police à Saraykapı, dans le district de Sur à Diyarbakır, en mémoire des prisonniers révolutionnaires qui ont perdu la vie dans le massacre des prisons du 19 décembre (2000) et de Garibe Gezer, qui a perdu la vie dans la prison de Kandıra la semaine passée (voir notre article). Un autre prisonnier politique, Verdat Erkmen est mort dimanche 19 décembre, alors qu’il était détenu à l’isolement dans la prison de Tekirdağ. Il avait été condamné à 374 années de prison. Les autorité affirment qu’il s’agit d’un suicide mais l’autopsie a été faite sans témoin. Les forces policières ont aussi entravé les funérailles.

Le décès d’Erkmen est le cinquième décès de prisonnier politique dans les prisons turques en moins de 10 jours. Outre Garibe Gezer, Abdulrezzak Suyur est mort le 14 décembre dans la prison de Sakran, suivi le lendemain par Halil Güneş, décédé dans la prison de haute sécurité n°2 de Diyarbakır, puis par Ilyas Demir, décédé dans la prison de type T de Bolu le 18 décembre. Halil Günes un prisonniers politique kurde qui figurait sur la liste des prisonniers gravement malades établie par l’Association des droits de l’homme (IHD), et maintenu en prison malgré des demandes répétées de libération et son état de santé. Le SKB appelle à un rassemblement devant le consulat de Turquie de Bruxelles demain 23 décembre à 16h00.

Haydar Qorbani a été arrêté à son domicile le 16 octobre 2016 avec son beau-frère. Il avait été contraint de faire des aveux télévisés après avoir subi des tortures extrêmes pendant des mois. Sa condamnation avait été prononcée par le « tribunal révolutionnaire » de Sine (Sanandaj) en janvier 2021 pour appartenance au Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDK-I). Qorbani n’a pas été autorisé à communiquer avec sa famille pendant 20 mois. Quelques mois seulement après les aveux télévisés, il a pu passer un appel téléphonique avec sa famille.

La peine de mort de Haydar Qorbani a été secrètement appliquée la prison centrale de Sine à 4 heures du matin ce dimanche 19 décembre. Sa famille a été informée à 5 heures du matin que Haydar Qorbani était transféré à Téhéran, et qu’elle pourrait lui rendre visite avant son départ. Mais quand elle est arrivée à Sanandaj, elle a été emmenée au cimetière où on lui a montré sa tombe. Hossein Qorbani, un frère de Haydar, a été arrêté par les forces de sécurité iraniennes après avoir protesté contre les violations commises dans les procédures.

Détenue depuis 2016, Garibe Gezer, 28 ans, a fait l’objet d’un transfert disciplinaire de la prison de Kayseri à celle de Kandıra le 15 mars dernier. A son arrivée, elle a été isolée en cellule pendant 22 jours. Elle a ensuite été transférée, à sa demande, dans une cellule de trois personnes. Lorsque le 21 mai, on lui a dit qu’elle devait retourner à l’isolement, elle s’y est opposée. Les gardiennes l’ont traînée à terre par les cheveux et les bras, elles lui ont enlevé son pantalon et l’ont promenée à moitié nue devant des gardiens hommes. Jetée en cellule, Garibe a protesté en frappant à la porte de la cellule, les gardiens sont entré et l’ont battue. Le 24 mai, huit gardiens sont revenus dans sa cellule pour la battre. Elle a ensuite été emmenée dans une cellule capitonnée après avoir été dénudée fouillée et agressée sexuellement. Elle est ensuite retournée en cellule d’isolement. Le 7 juin, elle a tenté de mettre le feu à sa cellule et a de nouveau été jetée dans la cellule capitonnée pendant 24 heures. Le 9 décembre, après l’avoir ainsi maltraitée et persécutée, la prison annonçait son suicide. Pour en savoir plus

Le journaliste britannique Matt Broomfield a été emprisonné en Grèce et interdit d’entrée dans les pays membres de Schengen au motif qu’il soutenait le Rojava. La demande venait d’Allemagne que ses intérêts économiques avec la Turquie poussent à criminaliser le mouvement de libération kurdes et ceux qui le soutiennent. Broomfield, qui est resté au Rojava pendant trois ans, écrivait pour les médias britanniques « Vice », « Independent » et « New Statesman ». Mais il était surtout le co-fondateur de la principale source d’information indépendante de la région, le Rojava Information Center (RIC). Broomfield voulait se rendre en Italie en ferry depuis la Grèce le 27 avril 2021, mais a été arrêté par la police italienne et remis aux autorités grecques. Après avoir été détenu dans des centres de déportation pendant deux mois (photo), il a été expulsé vers l’Angleterre. Broomfield ne peut entrer, pendant dix ans, dans aucun pays de l’espace Schengen, c’est-à-dire les 26 pays couverts par l’Accord sur la zone de libre circulation. La seule explication qu’il a reçu était son soutien à l’Administration démocratique autonome du nord et de l’est de la Syrie.

Après que des prisonniers politiques dans la prison de type F de Van aient été traînés hors de leurs cellules en octobre et interrogés dans un lieu tenu secret, leurs libérations et leurs audiences sur d’éventuelles libérations ont de nouveau été retardées. Izzet Kına, Faik Taştan, Şahin Öncü, Hakan Bilekçi et Kemal Kahraman ont été placés en cellule d’isolement. Désormais, leur libération sous contrôle judiciaire leur est refusée car il n’y a aucun signe de « bonne conduite ». La détention de Faik Tastan et Izzet Henna a été prolongée une deuxième fois de six mois au motif qu’ils avaient été condamnés à des mesures disciplinaires.

Des manifestants kurdes avaient été arrêtés vendredi pour avoir occupé l’Organisation internationale pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OPCW) à La Haye. Ils protestaient contre le silence de l’OPCW face à l’usage d’armes chimiques par l’armée turque au Kurdistan. Une manifestation avait eu lieu pour les mêmes raison le 3 novembre devant le même bâtiment, qui avait été aussi ciblé le 16 novembre lorsque des militant.e.s avaient accroché une banderole dénonçant la guerre chimique turque au Kurdistan et lancé des fumigènes.

40 ont été inculpés pour « rupture de la paix locale, destruction et violence contre les biens d’une organisation internationalement protégée ». Une grande partie du ce groupe a été transférée à la Police des étrangers (AVIM) pour vérifier leur statut de séjour et éventuellement être sommés de retourner… en Turquie. La détention provisoire de quatre autres participants à l’occupation a été prolongée de quatorze jours par le juge d’instruction du tribunal de La Haye. Les quatre sont accusés de « violences ouvertes en association contre des personnes, de violences contre les biens d’une organisation internationalement protégée et de vandalisme ». Plusieurs actions solidaires ont eu lieu, dont un rassemblement surprise à Bruxelles, rond-point Schuman, devant l’ambassade des Pays-Bas.

Il y a une semaine, les forces armées turque ont lancé une nouvelle opération anti-guérilla baptisée « Eren Hiver-6 » dans la région du Dersim (province de Tunceli). Plus de 1000 militaires ont ainsi été déployés dans les environs du Mont Mercan, dans le district d’Ovacık. Des combats ont eu lieu lors de la découverte de bases souterraines de la guérilla. Les autorités turques ont reconnu au moins une perte en la mort d’un sous officier des commandos de la gendarmerie. Les autorité turques reconnaissent l’activité de la guérilla dans le Dersim (barrage sur mes routes, incendie de véhicules et de bâtiments appartenant au pouvoir, attaques contre les forces de sécurité). Elles affirment avoir tué plusieurs combattants kurdes, dont un responsable, Cihan Söylemez, pour lequel elles offraient une prime d’un million de livres turques.