Le 10 octobre 2015, un kamikaze de l’Etat Islamique faisait exploser sa ceinture dans un rassemblement pour la paix appelé par le HDP à Ankara. 103 manifestants furent tués. Le procès du présumé chauffeur du kamikaze s’est ouvert ce 7 novembre. Dans son témoignage, le suspect nie être lié à Daesh ou au massacre tout en reconnaissant avoir fait le voyage entre Gaziantep et Ankara ce jour là. Il rend compte de la sympathie avec laquelle il aurait été traité par les policiers qui l’ont arrêté. Plutôt que de l’emmener au commissariat, il l’auraient emmené dans un jardin de thé, l’auraient félicité en riant: « quelques gosses sont morts mais ça ne compte pas » et auraient pris des selfies avec lui, tout en lui assurant qu’il ne ferait que trois mois de prison. Il prétend ensuite avoir été piégé par des policiers gülenistes. La voiture du kamikaze a été louée en son nom, il possédait une carte d’identité de l’Etat Islamique et avait reçu de l’argent de Daesh.

Le massacre du 10 octobre 2015 à Ankara faisait suite à d’autres massacres contre la gauche turque et kurde, à Amed/Diyarbakir et à Suruç. Il avait déclenché un cessez-le-feu unilatéral de la part du PKK et deux jours de grève général en Turquie.

Les drapeaux du HDP jonchent le sol lorsqu’ils ne servent pas à recouvrir des cadavres.

Les drapeaux du HDP jonchent le sol lorsqu'ils ne servent pas à recouvrir des cadavres.

Ebru Firat, une femme originaire de Toulouse et qui a combattu aux côtés des YPG lors de la Bataille de Kobané, avait été arrêtée à Istanbul le 8 septembre dernier. Elle vient d’être condamnée ce 8 novembre à 5 ans de prison pour « appartenance à une organisation terroriste ». L’enquête l’accusait au départ de préparer un attentat suicide et la menaçait d’une peine de 10 à 20 ans de prison. L’avocate, Agnès Casero a demandé un droit de visite et compte faire appel.

Ebru Firat

Ebru Firat

Intervention de « Heval » (Camarade) Nestor à la Journée Mondiale de Kobané, à Kobané. Un anarchiste grec membre du Bataillon International de Libération qui combat Daesh au Rojava aux côtés des YPG et des YPJ.

Rojava: Intervention d’un anarchiste grec du Bataillon International de Libération

Les Forces Démocratiques Syriennes (QSD) qui avaient déjà lancé une opération pour libérer Raqqah en début d’été ont annoncé reprendre les opérations. Lors des dernières opérations, c’était le nord de la province qui était visé, l’objectif principal était de sécuriser les grandes villes du Rojava régulièrement frappées par les kamikazes islamistes, les opérations avaient été interrompues par l’entrée en Syrie de la Turquie. Ici, selon le communiqué des QSD, c’est la ville même de Raqqah qui est visée lors de l’opération « Colère de l’Euphrate », les QSD se trouvent à une grosse quarantaine de kilomètres de Raqqah pour l’instant. Les principaux fronts se trouvent à Aïn Issah et à Suluq. Lors de cette première journée d’opérations, les QSD ont annoncé avoir progressé de 10km à Aïn Issah et de 11km à Suluq.

L’organisation de la libération de Raqqah a longtemps été considérée comme un casse-tête politique, puisque le ville est très majoritairement habitée par des populations arabes et que les QSD sont majoritairement kurdes. La solution qui a été trouvée est de former (comme cela a été le cas dans d’autres villes arabes) un « Conseil Militaire » de Raqqah. A la différence de celui de Manbij, le Conseil Militaire de Raqqah sera rendu très largement autonome des QSD après la libération. En attendant, ce sont les QSD (y compris ses composantes kurdes) qui participent aux opérations: 30.000 combattants sont sur le front.

Situation dans la province de Raqqah au 6 novembre 2016

Situation dans la province de Raqqah au 6 novembre 2016

Le consulat de Turquie à Nantes a été visé dans la nuit du samedi 5 au dimanche 6 novembre par des jets de cocktails Molotov. Les bouteilles incendiaires ont été lancées sur une façade latérale, sans ouverture, du bâtiment un peu avant minuit. Des investigations étaient en cours dimanche après-midi et aucune interpellation n’avait encore eu lieu. Plusieurs manifestations prokurdes se sont déroulées à Nantes ces dernières semaines, de même qu’à Rennes, à Paris ou à Marseille, où plusieurs centaines de personnes ont encore défilé samedi.

Le consulat de Turquie à Nantes

Le consulat de Turquie à Nantes

Des militants de l’Initiative de la Jeunesse Apoïste a mené une attaque contre les bureau de l’UETD (Union des Démocrates Européens et Turcs), à Grevenbroich (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), la semaine passée, en représailles à l’assassinat de deux combattantes des YJA-Star. Celles-ci ont été abattues par des militaires turcs (avec des armes vendues par l’Allemagne) après leur reddition.

Les bureaux visés après l’attaque

Les bureaux visés après l'attaque

Suivant un récent changement de la constitution pour lever l’immunité parlementaire par l’AKP (le parti Islamiste d’Erdogan) et par le CHP (le parti kémaliste social-démocrate) de nombreuses arrestations ont eu lieu cette nuit contre les élus du HDP, le grand parti d’union de la gauche turque et kurde. Au moins 14 députés nationaux ont été arrêtés, dont les deux co-présidents Demirtas et Yüksekdag, le parti compte 59 députés (représentant 6 millions d’électeurs). D’autres arrestations ont eu lieu récemment, parmi les nombreux maires HDP élus au Bakuré. La quasi-totalité des réseaux sociaux ont été fermés pour l’occasion. Notamment Facebook, Twitter, WhatsApp, YouTube,… Pour se connecter, les internautes peuvent utiliser TOR et Tails en les téléchargeant depuis un miroir (ici).

À Amed/Diyarbakir (plus grande ville kurde au Kurdistan turc), les maires ont été arrêtés il y a quelques jours. Un attentat a visé la police hier soir, tuant 8 personnes (edit: l’attentat à en fait été revendiqué par Daesh), des manifestations ont immédiatement suivies, aussitôt attaquées par la police. Dans le même temps, l’armée turque intensifie ses frappes contre le canton d’Afrin au Rojava.

De nombreux rassemblements ont lieu aujourd’hui: à Bruxelles il a lieu depuis 11h, Place du Luxembourg.

Les 11 premiers députés HDP arrêtés

Les 11 premiers députés HDP arrêtés

La chambre du conseil de Bruxelles a rendu un non-lieu jeudi matin dans le dossier PKK, face à la demande du parquet fédéral de renvoyer 33 personnes et des institutions kurdes en Belgique devant le tribunal correctionnel pour « participation à des activités terroristes ». Il a été considéré que la charge de terrorisme n’était pas recevable dans le cadre d’un conflit armé. Le parquet fédéral peut encore faire appel de la décision.

La perquisition de 2010 à Denderleeuw

Depuis plusieurs semaines, la guerre s’est cristallisée dans le nord de la province d’Alep. Trois belligérants s’y opposent: les Forces Démocratiques Syriennes (QSD), Fateh Halab (Conquête d’Alep, des groupes islamistes de l’Armée Syrienne Libre soutenus par la Turquie sous l’appellation « Bouclier de l’Euphrate ») et Daesh. L’armée du régime n’est pour l’instant pas impliquée là puisqu’elle est déjà empêtrée dans la ville même d’Alep. L’enjeu de la bataille est très fort: pour les QSD il s’agit d’unifier le Rojava (le petit canton d’Afrin à l’ouest est séparé du reste du Rojava (les cantons de Kobané et de Ciziré), et de fermer la route du djihad que la Turquie maintient à cet endroit de la frontière. Pour Fateh Halab et son sponsor turc, l’enjeu est d’empêcher la création d’un état kurde progressiste à la frontière entre la Turquie et la Syrie et de maintenir un corridor islamiste pour servir les intérêts turcs en Syrie. La perte d’Al-Bab sera un nouveau coup dur pour Daesh qui serait ainsi pratiquement évincé de la province syrienne d’Alep et dont la prise de la capitale syrienne, Raqqah, deviendrait le premier objectif. Pour ajouter à la complexité de la situation: Al Bab est à portée des couvertures aériennes russes et américaines et l’armée du régime est située a quelques kilomètres à peine.

Fateh Halab et les QSD progressent vers Al-Bab à l’ouest, ils sont tous deux à 15km. Le front QSD situé à l’est est pour l’instant en attente. Un affrontement entre Fateh Halab (et entre les troupes turques) et les QSD semble inévitable à court terme. Hier, le Conseil Militaire d’Al-Bab (affilié aux QSD) a créé une brigade non-mixte de femmes prête à combattre.

Fateh Halab en bleu, QSD en jaune, Daesh en noir, le régime en rouge

Fateh Halab en bleu, QSD en jaune, Daesh en noir, le régime en rouge

Au moins trois soldats ont été tués et cinq autres blessés samedi dans une attaque au mortier des combattants du PKK contre une base de l’armée dans le district de Cukurca de la province de Hakkari. Un des soldats blessé est toujours dans un état critique. Dimanche soir, un commando a grenadé et mitraillé les policiers qui étaient de garde devant le siège de l’AKP de la localité de Kiziltepe (province de Mardin). Trois policiers ont été blessés.

L’attaque du siège de l’AKP à Kiziltepe

L'attaque du siège de l'AKP à Kiziltepe