La police antiémeutes marocaine a pourchassé dimanche à Rabat et Casablanca des centaines de manifestants qui avaient enfreint une interdiction de manifester. “Manifester est un droit, de quoi le Makhzen (terme désignant l’oligarchie) a-t-il peur ?”, criait la foule à Casablanca. “Dehors le Makhzen. Non au despotisme.” À Rabat, les manifestants avaient l’intention de camper devant le parlement mais les autorités sont soucieuses d’éviter la création d’une nouvelle place Tahrir. Les policiers, armés de matraques et de boucliers, ont dispersé la manifestation avant même qu’elle ne commence, les contestataires se divisant en petits groupes pourchassés dans les rues de Rabat, comme à Casablanca. Au moins six personnes ont été blessées à Rabat. Des dizaines de personnes ont été matraquées à Casablanca.

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Diverses manifestations se sont déroulées ce vendredi à travers toute la Syrie à l’appel de l’opposition. Les forces de sécurité ont à nouveau tiré à balles réelles sur la foule afin de disperser les rassemblements. A Homs, dans le centre du pays, dix personnes ont été tuées. A Sanamein, à proximité de Deraa, une onzième personne est décédée. Sept autres civils ont également été tuées dans différentes localités de la région. Plusieurs villes jusqu’ici non touchées par le mouvement ont été le cadre de manifestations cette après-midi. Selon des témoins, les autorités auraient également tiré sur la foule à Alep et à Damas. Aucun bilan officiel n’a été transmis, mais on parle de plus de trente morts. Depuis le 15 mars, la répression à fait 850 victimes en Syrie, et a entraîné plus de 8000 arrestations.

Selon un communiqué du ministère de l’Intérieur, les campagnes sécuritaires entreprises par les unités de la sécurité publique, de la Garde nationale et de l’armée, sur différentes zones du territoire Tunisien depuis l’annonce du couvre-feu du 7 au 16 mai 2011, ont débouché sur l’arrestation de 1.400 personnes accusées de différents crimes et délits, mais la grande majorité pour pour incitation à l’anarchie, à la violence et à la provocation d’incendie dans diverses institutions et biens privés et publics.

Le couvre-feu, qui a été levé hier mercredi, avait été instauré après plusieurs journées de troubles précédées par des manifestations anti-gouvernementales durement réprimées par les forces de l’ordre. Des jeunes, parfois armés de couteaux, de chaînes, de sabres et de cocktails Molotov avaient notamment incendié des commissariats et des postes de la garde nationale dans les cités de Mnihla, d’Intilaka, d’Ibn Khaldoun, d’El-Mourouj V, dans la banlieue de Tunis et à Kasserine (centre-ouest de la Tunisie).

Des incidents ont suivis les funérailles de masse organisées par le FPLP Milad Saïd Ayyash (17 ans), tués par les forces d’occupation lors des manifestations de la Nakba. Milad est d’une famille qui a payé un lourd tribu pour la Résistance: son père, Said Ayyash, a passé onze ans dans les prisons de l’occupation et son oncle, Jihad al-Obeidi purge actuellement une peine à perpétuité derrière les barreaux de l’occupation. Les funérailles massives ont eu lieu à Jérusalem, comportant une cérémonie funèbre à la mosquée Al-Aqsa et l’ouverture d’une maison de deuil pendant trois jours dans le Centre communautaire de Silwan, alors que les affrontements et les manifestations de soulèvement populaire continuaient à travers Jérusalem occupée et la Cisjordanie à la veille des grandes marches du retour prévues pour dimanche 15 mai, au 63ème anniversaire d’ Al-Nakba, jusqu’aux frontières de la Palestine.


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La commémoration de la “Nakba” a été ensanglantée dimanche par des violences sans précédent qui ont fait au moins 12 morts et des centaines de blessés, la plupart à la périphérie des territoires palestiniens, au Liban et dans le Golan syrien occupé.

Dans le plateau syrien du Golan, l’armée israélienne a ouvert le feu sur des manifestants palestiniens venus de Syrie qui avaient pénétré dans la partie occupée. Deux protestataires ont été tués et quatre grièvement blessés. Dix personnes ont été tuées par des tirs israéliens à la frontière libanaise, où des milliers de réfugiés palestiniens s’étaient rassemblés dans la localité de Maroun ar-Ras, à un kilomètre de la frontière. Les tirs ont éclaté après que des dizaines de jeunes manifestants ont franchi le cordon de l’armée libanaise pour s’approcher des barbelés, et ont commencé à lancer des pierres en direction des soldats israéliens de l’autre côté. Enfin, au moins 24 personnes ont été blessées au Caire près de l’ambassade d’Israël dans des affrontements entre policiers et manifestants.

Dans les territoires palestiniens, une centaine de Palestiniens ont été blessés dans le nord de la bande de Gaza par des tirs de l’armée lors d’une marche en direction du terminal frontalier israélien d’Erez. Un millier de manifestants se sont dirigés vers la frontière israélienne en dépit de tirs de semonce israéliens. Un jeune Palestinien a par ailleurs été tué par des tirs israéliens à l’est de la ville de Gaza. L’armée israélienne a affirmé avoir tiré sur un individu qui “posait un engin explosif” à la frontière. D’autre part, au moins 17 Palestiniens ont été blessés lors de heurts violents au poste de contrôle de Kalandia (Cisjordanie), à l’entrée de Jérusalem, et neuf autres à Hébron (sud de la Cisjordanie).

Voir la vidéo des incidents sur le Golan

Dimanche, à Temarra (banlieue sud de Rabat), la répression contre des manifestants pacifiques devant le siège de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) se serait soldée par de nombreux blessés et de nombreuses arrestations. Les policiers ont également molesté deux journalistes et en ont malmené deux autres avant de confisquer du matériel. Le siège de la DGST de Temarra abrite un centre de détention secret où l’on pratique la torture contre les opposants, l’une des techniques étant d’enfoncer une bouteille dans l’anus du prisonnier. Ce centre a fait de la sous-traitance de la torture pour les européens et les américains. D’autres manifestations ont eu lieu à Tanger et à Fez. Entre 15.000 et 50.000 personnes se sont rassemblées dans la soirée à Casablanca. A Bruxelles, 300 manifestants s’étaient rassemblés à la Bourse en soutien aux manifestants de Temarra.

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Vendredi, des milliers de personnes ont manifesté à Tall Kalakh, petite localité à 160 kilomètres au nord de Damas. Une nouvelle fois, les forces de l’ordre n’ont pas hésité à tirer à balles réelles pour disperser la foule. Trois personnes ont été tuées et des dizaines d’autres blessées. Certaines d’entre elles ont du être hospitalisées d’urgence après avoir fui la ville. Au cours de la journée, cinq autres personnes ont été tuées par les forces de sécurité, trois à Homs et deux à Damas. Une neuvième personne, blessée il y a quelques jours, a par ailleurs succombé à ses blessures à Hara, à 100 kilomètres au sud de Damas. Selon des observateurs sur place, la répression aurait déjà fait plus de 700 morts. D’autre part, les arrestations se poursuivent également. Plusieurs milliers de personnes auraient déjà été arrêtées depuis le début du mouvement à la mi-mars.

Depuis hier, la répression fait rage de plus belle au Yemen. Au moins seize personnes sont décédées au cours des dernières 24 heures, et des centaines d’autres blessées. Hier, plusieurs manifestations ont eu lieu dans diverses villes du pays pour réclamer un changement de régime. Partout, les forces de sécurité, souvent accompagnées d’hommes armés en civil, ont ouvert le feu sur la foule. A Sanaa, un médecin a déclaré que 226 manifestants avaient été blessés par balle, 141 autres par des objets tranchants et des bâtons et que 735 souffrent de troubles suite à l’inhalation de gaz lacrymogènes. Les villes de Taez et de Dhamar ont également été le théâtre de la violence policière. Là aussi, il y a eu plusieurs morts et des dizaines de blessés. A Sanaa, en plus des coups de feu et des gaz lacrymogènes, les forces de sécurité ont aussi projeté de l’eau bouillante contre les manifestants.

Tunis a de nouveau été dimanche le théâtre d’une confrontation entre manifestants anti-gouvernementaux et policers au lendemain de l’imposition d’un couvre-feu. A Ettadhamen, une banlieue défavorisée, des bandes de jeunes se sont livrés à des pillages et saccages dans la nuit de samedi à dimanche malgré le couvre-feu. Des islamistes se sont mobilisés pour tenter de rétablir l’ordre en l’absence d’intervention des forces de l’ordre.

Dimanche, dans le centre de Tunis, la police a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants qui s’étaient réunis pour la quatrième journée consécutive. Au nombre d’environ 200, ils ont entonné à plusieurs reprises l’hymne national avant de scander des slogans hostiles à la police qui leur a demandé de se disperser. Mais les manifestants qui réclament plus de réformes malgré la chute du régime autoritaire du président Zine El Abidine Ben Ali, le 14 janvier dernier, ont de nouveau scandé “gouvernement dégage”, “flics, bande de lâches”. Les forces de l’ordre ont tiré des gaz lacrymogènes, dispersant les manifestants. De petits groupes sont revenus mais un important dispositif policier restait déployé sur l’avenue. Deux motards, dont l’un portait un couteau, ont été arrêtés. Un couvre-feu nocturne avait été décrété samedi soir à Tunis et dans sa banlieue, de 21H00 à 05H00 (22H00 à 06H00 GMT) pour une durée indéterminée.

Cinq postes de police et de la garde nationale ont été incendiés dans les troubles qui ont secoué Tunis et sa banlieue samedi avant l’entrée en vigueur du couvre-feu nocturne, a-t-on appris dimanche auprès du ministère de l’Intérieur. Des jeunes armés de couteaux, de chaînes, de sabres et de cocktails Molotov ont incendié des commissariats et des postes de la garde nationale dans les cités de Mnihla, d’Intilaka, d’Ibn Khaldoun, d’El-Mourouj V et dans la ville de Kasserine.Le couvre-feu n’a pas empêché des scènes de violences et de chaos dans la grande banlieue, notamment la cité d’Etthadamen. Le principal mouvement islamiste Ennahda (Renaissance) a déployé un nombre de volontaires pour protéger les gens des pillages. Un hélicoptère de l’armée équipé d’un projecteur a survolé la zone en prenant des [fond rouge]photos[/fond rouge]

Dimanche soir, pour dénoncer les violences policières ayant entraîné la mort de deux élèves, des centaines de personnes se sont réunies en sit-in sur la principale avenue de Taëz (deuxième plus grande ville du pays, au sud de Sanaa). Ce matin, les forces de l’ordre sont intervenues pour les déloger. Elles ont lancé des bombes lacrymogènes avant de tirer à balles réelles dans la foule. Le bilan s’élèverait à cinq morts et des dizaines de blessés.