Environ douze mille personnes vivent du grand camp de réfugiés kurdes de Makhmour (Maxmur), qui est situé au sud-ouest d’Erbil, dans une zone disputée entre le gouvernement régional du Kurdistan du Sud et le gouvernement irakien de Bagdad. Une grande partie des habitants a été expulsée par l’État turc dans les années 1990  suite à la politique turque de la « terre brûlée »: dans le cadre de la lutte contre le PKK, environ 3 000 villages avaient alors été dépeuplés ou incendiés. Après une odyssée de plusieurs années et des séjours dans différents camps, ces personnes ont fondé en 1998 le camp de Makhmour , à la lisière du désert. La population du camp forme ainsi la plus grande communauté de réfugiés kurdes au monde, gérée par une Assemblée démocratique du peuple politiquement proche du PKK. Il y a 16 jours, les forces irakiennes se sont déployées autour du camp avec l’intention d’établir une clôture autour du camp (voir notre article). Cette attaque a pour origine la pression de l’État turc et de la famille Barzani. Les habitants du camp se sont opposé au projet de transformation du camp en prison à ciel ouvert, par des manifestations et des campements permanent sur les terrains bordant le camp (photo). Les forces irakiennes se sont finalement retirées après 16 jours de blocus et de résistance.

 

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Leyla Sorxwîn, une commandante des Unités des femmes libres (YJA Star), les unités militaires féminines du PKK, a été tuée dans combat contre l’armée turque au Kurdistan iranien, dans la région frontalière de Besta. Les affrontements ont duré deux jours suite à une vaste opération militaire dans la province de Şırnak. Sept autres combattantes des YJA Star ont été tuées dans ces combats.

Leyla Sorxwîn est le nom de guerre d’Hamiyet Yalçınkaya, elle était née à Amed (Dyarbakir). Elle a rejoint le PKK en 1993 et a participé activement à la mobilisation des femmes kurdes et à la mise en place dune force de guérilla féminine autonome dans presque toutes les régions du Kurdistan. Elle a appartenu au comité central du PKK et était membre du quartier général central des YJA Star et du commandement des Forces de défense du peuple (HPG), les forces armées du PKK. Fin 2017, Leyla Sorxwîn est retournée à Besta pour restructurer la guérilla régionale. Le décès est survenu les 22 et 23 janvier (le retard dans cette annonce est usuel pour empêcher que les informations servent la contre-guérilla).

24 personnes ont été arrêtées par la police turque lors de perquisitions domiciliaires dans de nombreuses villes le 23 mai. Des membres et des dirigeants de partis politiques et d’organisations non gouvernementales au sein du Congrès démocratique du peuple (HDK) ont été conduits à la direction de la sécurité de Tekirdağ. Les 24 ont été placés en garde à vue pour « appartenance à une organisation terroriste ». Les personnes placées en détention provisoire étaient Servet Taşkın, Rahmi Diren, Cezmi Yaman, Turgut Haskan, Turgut Gökçe, Çetin Kale, Adnan Kurt, Ceylan Deniz Adıyaman, Senem Özbey, Zübeyde Karaoğlan, Mehmet Akyürek, Ayla Eroğlu, Ömer Faruk Kırnıç, Ay tekin Bu lut, Ayse Yolkesen, Hilmi Karaoğlan, Seza Büyükkılıç, Sinan Göksel et 2 personnes dont les noms n’ont pas été connus.

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Samedi20 mai au matin, les forces irakiennes ont manifesté avec l’intention d’établir une clôture autour du camp de réfugiés de Makhmour. Des forces importantes, dont des forces spéciales et des unités de police, ont entouré le camp avec une importante flotte de véhicules blindés. Cependant, les efforts visant à ériger la clôture, à déployer des unités de police et militaires irakiennes, à fermer toutes les voies d’accès sauf l’entrée principale, et à installer des barrières militaires en béton sur la route d’accès, ainsi que des tours d’observation, se sont heurtés à une forte résistance des résidents. En réponse à ces manifestations, les membres de l’armée et de la police irakiennes ont fait feu en l’air pour disperser les manifestants, blessant un des résidents. Les habitants de Makhmour ont fui le Kurdistan du Nord (Turquie) il y a 29 ans en raison de persécutions. Ils subissent aujourd’hui des pressions constantes de la part des gouvernements de la région du Kurdistan et de l’Irak, malgré leur statut de réfugiés. Au cours des pourparlers récents, les responsables irakiens ont révélé que la Turquie aurait menacé de lancer une guerre de l’eau contre l’Irak si le camp de Makhmour n’était pas démantelé. L’État turc semble ainsi déterminé à isoler le camp, voire à le démanteler progressivement avec la coopération du Parti Démocratique du Kurdistan (KDP), des gouvernements régionaux et de l’Irak.

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L’ancien prisonnier politique Abdulhalim Kırtay est décédé hier vendredi à Amed (Diyarbakir). Abdulhalim Kirtay avait été arrêté en 1993 à Silvan, accusé d’ « activité séparatiste ». Il avait été condamné, comme membre du PKK, par la cour de sûreté de État, à une peine de prison à perpétuité aggravée. Au cours de ses 30 années d’emprisonnement, il avait contracté diverses maladies et avait dû subir de multiples opérations. En novembre dernier, il avait été soigné dans un hôpital d’İzmir, où il avait été menotté à son lit pendant quatre jours. Kırtay n’a été libéré en mars alors qu’il était en phase terminale (voir notre article). Le PKK a rendu hommage à Abdulhalim Kırtay qui a résisté dans les cachots de l’État colonial turc pendant trois décennies. Nous nous associons à cet hommage.

Les autorités turques ont déclaré “zones de sécurité spéciales temporaires” 14 zones dans la province de Sirnak. Ces zones kurdes se situent notamment à Cizre, Silopi, Uludere et Beytüşşebap. Depuis des années, l’État turc déclare systématiquement et arbitrairement des “interdictions” et des “zones de sécurité spéciales” dans les provinces kurdes, en particulier à Sirnak et Hakkari. Ces méthodes ont pour conséquence de limiter les mouvements des habitants de ces régions. La décision prise par le gouvernement prévoit que ces 14 zones seront considérées comme “zones de sécurité spéciales temporaires” du 1er au 15 mai. Durant cette période, l’entrée et la sortie seront strictement contrôlées, voire interdites, selon les cas. Des mouvements de troupes et des vols de l’aviation militaire turque y ont été remarqués. Ces mêmes régions avaient déjà été déclarées “zones de sécurité spéciales” pour une durée de 15 jours, du 16 au 30 avril. De plus, le 8 avril, l’entrée dans les hautes terres de quatre villages du district de Yuksekova à Hakkari avait été interdite.

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Ce sont au total 128 personnes qui ont été arrêtées à la suite des opérations policières du 25 mai touchant 21 villes (voir notre article). Des mandats d’arrêt ont été émis contre un total de 216 personnes, dont des journalistes, des politiciens, des avocats et des artistes. 28 personnes ont été mises en garde à vue jeudi. Abdurrahman Gök, rédacteur en chef de l’Agence Mésopotamie, Beritan Canözer, correspondant de JINNEWS, et les journalistes Mehmet Şah Oruç et Remzi Akkaya, qui ont été transférés au juge pénal de paix le jeudi 27, ont été placés en détention provisoire pour « appartenance à une organisation terroriste ». Trois avocats faisaient partie des personnes incarcérées pour « appartenance à une organisation terroriste ». Trois autres ont été libérés sous contrôle judiciaire, et trois autres encore ont été libérés sous contrôle judiciaire et interdits de séjour à l’étranger.

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Militantes, avocats, journalistes, artistes, dirigeants d’ONG… au moins 110 personnes ont été arrêtées en Turquie dans le cadre d’une opération « anti-terroriste » visant officiellement le PKK, à trois semaines des élections présidentielle et législatives. L’opération, survenue aujourd’hui mardi, survient à trois semaines d’élections cruciales pour la Turquie et elle a touché 21 provinces du pays, dont celle de Diyarbakir, au sud-est, à majorité kurde. Le nombre total d’interpellations pourrait atteindre 150. Les avocats sont interdits de tout contact avec leurs clients pendant 24 heures. Les élections présidentielle et législatives se tiennent dimanche 14 mai en Turquie et seront décisives pour le maintien, ou non, du président Recep Tayyip Erdogan et de son parti AKP, au pouvoir depuis deux décennies. L’opposition présente un front uni de six partis qui a désigné Kemal Kiliçdaroglu comme candidat de l’alliance de l’opposition pour la présidentielle turque, soutenu par le parti HDP.

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La police turque a de nouveau empêché la veillée hebdomadaire des mères du samedi à Istanbul et arrêté dix-sept personnes, principalement des parents de militants disparus mais aussi la coprésidente de l’Association des droits de l’homme (IHD), Eren Keskin, et le porte-parole de la Commission pénitentiaire de l’IHD, Nuray Çevirmen. La place Galatasaray, où devait avoir lieu le sit-in des Mères du samedi, avait été bouclée par des barrières policières depuis le petit matin. La police anti-émeute déployée avec un important contingent a empêché le groupe de s’approcher de la place. La place Galatasaray est considérée comme un lieu symbolique de la lutte pour les droits de l’homme en Turquie. Les parents des disparus avaient annoncé qu’ils iraient déposer des œillets rouges à cet endroit symbolique et nous souvenir de nos proches qui ont disparu en détention. On estime que plus de 17 000 personnes « disparues » ont été enlevées, torturées et assassinées par des escadrons de la mort dans les années ’80 et ’90. En 1995, des femmes d’Istanbul sont descendues dans la rue pour la première fois pour attirer l’attention sur des proches arrêtés puis portés disparus. Depuis une attaque contre les mères du samedi ordonnée par le ministère de l’Intérieur il y a cinq ans, la place Galatasaray est une zone interdite aux mères du samedi.

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La militante kurde Ayşe Gökkan est née dans le district de Suruç à Urfa en 1965 et a étudié le journalisme. Elle a été arrêtée plus de 80 fois. En 2009, Gökkan a été élue maire du district de Nusaybin à Mardin avec 83 % des voix. La plupart des enquêtes à son encontre ont eu lieu pendant son mandat. En décembre 2020, elle a été condamnée à dix-huit mois de prison à Mardin. Lors du procès, elle a été accusée de se trouver dans une zone militaire restreinte et d’avoir causé des dommages matériels. L’accusation découle d’une action de désobéissance civile en octobre 2013. À l’époque, Gökkan était maire de Nusaybin et avait protesté par une grève de la faim  contre la construction d’un mur à la frontière avec la Syrie. Gökkan avait été condamné à 22 ans et 6 mois de prison pour des accusations de « terrorisme » et d’appartenance au PKK par la 9e chambre criminelle de Diyarbakır en octobre 2021. Une cour d’appel régionale d’Amed (tr. Diyarbakır) a confirmé mercredi le verdict en première instance.

 

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