Le squat emblématique de la Rigaer Strasse, situé dans le quartier est de Friedrichshain, occupé depuis des années, est l’un des derniers symboles restant entre les mains de la scène squat de la capitale allemande (voir notre article). Une inspection incendie est prévue par des représentants des propriétaires de l’immeuble, mais les occupants avaient fait savoir qu’ils résisteraient. La police avait préparé une opération de grande envergure et bloqué la zone mercredi après-midi. Ils ont été attaqués par quelque 200 manifestants au visage dissimulé. Des barricades avaient également été érigées et incendiées à trois endroits de la rue. Les services de police et les pompiers ont été bombardés de pierres, y compris depuis les toits. Les incendies ont finalement été éteints avec le canon à eau et les barricades ont été déblayées avec des véhicules blindés. Dans l’après-midi, les toits ont été inspectés. La police annonce soixante blessés dans ses rangs. Une manifestation de soutien au squat a eu lieu cet après-midi.
Le révolutionnaire internationaliste Bernhard « Bernd » Heidbreder est décédé d’un cancer en exil au Venezuela. Il avait longtemps fait partie des personnes les plus recherchées de l’Office fédéral de la police criminelle allemande en tant que membre du groupe K.O.M.I.T.E.E. Le K.O.M.I.T.E.E. était une organisation clandestine de la gauche révolutionnaire qui avait incendié un bâtiment de l’Armée allemande à Bad Freienwalde en raison de la complicité de l’Allemagne dans le génocide au Kurdistan. En 1995, une patrouille de police avait surpris plusieurs militants du groupe en train de placer une charge de 120kg d’explosif dans un centre de détention pour sans-papier en construction à Berlin-Grünau. Les militants parviennent à s’échapper mais laissent des traces permettant d’identifier trois d’entre eux. Après une longue chasse à l’homme, ils sont apparus au Venezuela où ils ont continué des activités politiques, sociales et artistiques.
Dans la nuit du 6 juin, trois mois après le meurtre, par la police, de Qosay Sadam Khalaf, quatre véhicules de police ont été incendiés sur le parking de la police anti-émeute, à Brême. Qosay Sadam Khalaf, un réfugié irakien de 19 ans, est mort après son passage au commissariat de Delmenhorst. Le communiqué revendiquant l’incendie fait référence à ce meurtre et à celui de Mohamed Idrissi, tué par la police de Brême en juin 2020.
Samedi 8 mai, des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Londres pour protester contre la colonisation israélienne et les bombardements contre Gaza. Les manifestant·es se sont dirigé·es vers l’ambassade d’Israël en scandant des slogans pro-palestiniens et en brandissant des drapeaux et des banderoles. Des policiers ont alors tenté de dégager la foule de l’extérieur de l’ambassade, ce qui a provoqué des affrontements. La police a chargé les manifestant·es et arrêté neuf personnes parce qu’elles étaient soupçonnées de « troubles violents » et quatre personnes parce qu’elles étaient soupçonnées d’avoir enfreint les lois sur les coronavirus.
Le même jour, une manifestation pro-palestinienne se tenait également à Berlin. Les policiers ont également essayé de disperser une foule provoquant des affrontements. La police utilisé du gaz lacrymogène et a tenté de procéder à des arrestations tandis que les manifestant·es répondaient avec des jets de bouteilles, de pierres et de pétards. Une journaliste travaillant pour la télévision d’État israélienne a été chahutée et a ensuite dû quitter la manifestation après que quelqu’un eut jeté un pétard près d’elle.
Dimanche 9 mai, une manifestation populaire s’est déroulée dans les rues de Berlin en soutien aux révoltes à Jérusalem contre le nettoyage ethnique israélien du quartier de Sheikh Jarrah (voir notre article). Lorsque la manifestation est arrivée sur Hermannplatz, la police allemande a attaqué le cortège et a interpellé au moins quatre jeunes palestiniens. Une nouvelle manifestation sera organisée à Berlin, comme partout dans le monde, à l’occasion du 15 mai, jour de commémoration de la Nakba, en soutien aux révoltes de Jérusalem.
Les rues parisiennes ont connu de violents affrontements entre la police et les manifestants qui se sont rassemblés le 1er Mai malgré les restrictions. Les étudiants se sont joints à ces manifestations ouvrières qui ont parcouru les rues de Paris, au milieu de grands renforts de sécurité. La police a chargé à plusieurs reprises le cortège de tête. Elle a fait usage de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants, qui ont lancé des cocktails Molotov. Une agence bancaire a été attaquée place Saint-Ambroise. Des incidents ont aussi opposés des manifestants à des membres de la CGT. Il y a eu 34 arrestations. D’autres affrontements entre manifestants et policiers ont eu lieu à Lyon.
À Berlin, la traditionnelle « manifestation révolutionnaire du 1er mai » voulait aller de Neukölln à Kreuzberg, mais fut bloqué Sonnenallee. Une pluie de pierres et des bouteilles s’est abattue sur les policiers bloquant Sonnenallee. Les manifestants ont traîné des bennes à ordures et des palettes dans la rue et y ont mis le feu. Des policiers ont été attaqués alors qu’ils tentaient d’extraire des manifestants pour les arrêter. Il y a eu cependant des arrestations. À Hambourg, la police a attaqué un rassemblement devant le célèbre squat Rote Flora avec des canons à eau. Dans la soirée, la police a bloqué une manifestation révolutionnaire non autorisée et a arrêté environ 150 manifestants. Il y a aussi eu des incidents à Francfort et Leipzig.
Toutes les régions du pays en Turquie sont confinées depuis jeudi jusqu’au 17 mai, les personnes ne sont autorisées à quitter leur domicile que pour des raisons de force majeure. La police avait seulement autorisé des représentants des syndicats et des politiciens de l’opposition à se réunir sur la place Taksim. Mais la police est violemment, arrêtant finalement 212 manifestants. 20 manifestants avaient également été arrêtés dans la ville d’Izmir, dans l’ouest du pays. Les médias locaux ont rapporté les efforts déployés par la police à Istanbul et à Ankara pour empêcher les journalistes de filmer les manifestations et les détentions du 1er mai, les policiers citant une nouvelle circulaire de la police.
La police de Seattle a arrêté d’au moins 14 personnes après que des manifestations non autorisées marquant le 1er mai se soient transformées en affrontements violents dans le centre-ville. Les manifestants ont lancé des bouteilles, des fusées éclairantes, des pierres, des œufs remplis de peinture sur des policiers. A Turin, des manifestants des centres sociaux et du mouvement No Tav se sont réunis sur la Piazza Vittorio Emanuele et ont marché jusqu’à la être confronté à un fort déploiement des forces de police, qui les a bloqué lorsqu’ils ont tenté de marcher sur la mairie. Des affrontements ont alors eu lieu.
Après des années de débat sur le plafond des loyers de Berlin, (où 90% des loyers sont restés bloqués à leur niveau de juin 2019 pendant cinq ans), le Land a menacé en novembre les propriétaires d’amendes s’ils ne réduisaient pas les loyers excessifs. Cette décision visait à lutter contre la flambée des loyers de Berlin, qui ont augmentés de 27% de 2013 à 2019. Cependant, jeudi, le gel des loyers a été déclaré nul et non avenu par des juges constitutionnels qui ont déclaré que la loi du Land empiétait sur le domaine fédéral.
Pas moins de 10 000 personnes sont descendues dans les rues de la ville jeudi pour protester. Les affrontements ont commencé alors que la foule arrivait à la hauteur de la station de métro Hermannplatz. Les manifestants ont ensuite marché dans la Kottbusserstrasse, où de nouveaux affrontements ont éclaté avec des agents en tenue anti-émeute qui ont utilisé du gaz au poivre. Plusieurs arrestations ont été effectuées.
La manifestation annuelle commémorative Luxemburg-Liebknecht a rassemblé 3.000 personnes à Berlin. La police a utilisé du gaz au poivre pour attaquer la manifestation et a arrêté au moins 15 personnes. La raison de l’intervention policière est la présence de drapeaux de la FDJ dans la manifestation. La Jeunesse allemande libre (Freie Deutsche Jugend, FDJ) était le mouvement de jeunesse officiel de la République démocratique allemande (RDA). Sa branche autonome en Allemagne de l’ouest a été interdite en 1951, pendant la guerre froide. Cette interdiction est toujours en cours! Le résultat de l’intervention policière est plusieurs manifestants blessés et l’impossibilité totale de respecter les distances de sécurité car la police a embouchonné la manifestation.
Alors que l’hiver arrive, et que la neige recouvre la forêt, les forces de police sont intervenues samedi contre les occupants de la forêt de Dannenröder. Sur 1.000 hectares occupés par la forêt de Dannenröder, vieille de trois siècle, 27 étaient réservés à l’extension de l’autoroute A49 devrait relier les villes de Kassel et Giessen. Et la plupart d’entre eux ont déjà été défrichés malgré la résistance des manifestants, qui occupent le bois depuis plus d’un an. Une autopompe a propulsé du liquide glacé sur les opposants. Face aux blindés, les résistances sont multiples : pyrotechnie, occupation, jets de projectiles, résistance passive etc. Plusieurs personnes ont été blessées et d’autres arrêtées. Des sabotages contre des machines de l’entreprise Deges ont eu lieu récemment à Francfort entre autres initiatives solidaires.
Le 2 mars 2017, le ministère allemand de l’Intérieur a envoyé un avis aux Lands exigeant l’interdiction de divers drapeaux des institutions et des partis kurdes, y compris le PYD, YPG, YPJ, PJAK, YXK et NAV-DEM. Le ministère justifiait cela comme “mise à jour” de l’interdiction du PKK en vigueur depuis 1993 (voir notre article). Cela a été à l’origine de nombreux incidents (la police intervenant dans les manifestations) et de nombreuses poursuites. Lors d’une manifestation contre l’agression turque contre Afrin, un homme avait été arrêté pour avoir porté un drapeau des YPG/YPJ. Il avait été condamné à une amende de 2.400 euros. L’intéressé n’a pas accepté la peine. Une audience a eu lieu le 13 juin 2019 et il a été acquitté. Le tribunal a déclaré que le drapeau des YPG/YPJ n’est généralement pas interdit et que le fait de le porter ne peut être sanctionné. Le ministère public a alors procédé à une révision en raison de prétendues erreurs juridiques et l’affaire est passée à l’instance suivante.
Mardi 1er décembre, la Cour suprême régionale de Bavière a rejeté l’appel du procureur contre l’acquittement. Cela signifie que les drapeaux YPJ / YPG peuvent être montrés lors de manifestations et sur internet en Bavière. Ce jugement devrait relancer le débat sur l’interdiction de ces drapeaux en Allemagne.