Cela fait maintenant 25 jours que des milliers de travailleurs de Tekel (monopole public de l’alcool et du tabac) protestent contre la privatisation de leur entreprise. Celle-ci les obligerait à quitter leur emploi, ou à accepter de travailler dans d’autres entreprises publiques avec un salaire revu à la baisse. Leur protestation a commencé le mois dernier quand cent bus les ont emmené à Ankara pour une grande manifestation devant le siège du parti au pouvoir. Mais la police les a empêché et conduit dans un parc voisin. Les forces de l’ordre ont installé des barricades tout autour du parc et ont fait usage de pompes à eau et de gaz lacrymogènes contre les travailleurs. Ils ont également été battus avec des bâtons et nombre d’entre eux ont du être hospitalisés.

Depuis, ils manifestent quotidiennement devant le siège de la Turkish Union Confederation, malgré le grand froid et la répression. Aujourd’hui, ils se sont rendus devant le bâtiment du Parti du Développement et de la Justice (AKP) et certains ont tenté de s’enchaîner aux grilles de l’immeuble. La police a procédé à 42 arrestations, dont celles de huit femmes. Suite au refus du gouvernement d’entendre leurs revendications, les travailleurs avaient décidé mercredi, par référendum, de poursuivre leur mouvement.

Une enquête a été lancée après les récents affrontements dans le nord-ouest de la Turquie. Les tensions ont atteint un niveau élevé dimanche dernier quand un groupe de membres du DHKP-C ont organisé une manifestation pour protester contre l’arrestation de cinq de leurs camarades. Plusieurs centaines d’habitants se sont rassemblés dans le centre-ville après que certains d’entre eux aient assimilé cette manifestation à un rassemblement en soutien au PKK. Lorsque la foule a été informée que trois bus, transportant des militants du DHKP-C en provenance d’Istanbul étaient en train d’entrer dans la ville, elle s’est déplacée jusqu’au péage à l’entrée de la ville et y a bloqué la circulation. Là, des affrontements ont éclaté et plusieurs personnes ont été blessées. La police est intervenue.

Le bureau du ministère public d’Edirne, qui a ordonné qu’une enquête soit menée à propos de ces incidents, a découvert que la population avait été poussée à l’action. Il apparait que plusieurs évènements ont posé les bases d’une telle grande confrontation. Le 10 décembre, un groupe a organisé une manifestation à Edirne afin de protester contre les assassinats de militants du PKK à Diyarbakir le 6 décembre. Des groupes ultranationalistes et des sympathisants du CHP ont tenté d’attaquer les manifestants, mais l’affrontement a été empêché par la police. Le bureau d’enquête a également découvert que les habitants d’Edirne ont été provoqués peu avant dimanche par des groupes inconnus qui leur ont dit: ‘Des sympathisants du PKK vont bientôt arriver à Edirne. Ils vont nous attaquer. Nous devons nous préparer. Rassemblons des gens et trouvons des bâtons.‘ Le groupe a essayé de rassembler les gens dans le centre-ville pour empêcher les manifestants venant d’Istanbul d’entrer à Edirne. Il apparaîtrait que le groupe, au péage, ait scandé des slogans tels que ‘Pas de traîtres à Edirne‘, ‘Edirne est turque et le restera‘. Sachant que les manifestants ont chanté des slogans anti PKK alors que les militants qui arrivaient à Edirne étaient des membres du DHKP-C, le bureau d’enquête suspecte que les heurts qui ont éclaté sont l’oeuvre d’agents provocateurs.

La campagne ‘America go home, this country belongs to us’ qui dure depuis des mois et vise particulièrement la fermeture de la base US de Incirlik fait face à une répression policière constante. Cette base est utilisée depuis des décennies pour héberger les troupes déployées au Moyen-Orient par les Etats-Unis, notamment en Afghanistan. De nombreuses associations luttent pour sa fermeture grâce à des affiches, des distributions de tracts et des pétitions. Des douzaine de personnes ont déjà été arrêtées et torturées par les forces de l’ordre pour avoir protesté. De nombreux procès sont en cours contre ces militants.

Le 19 décembre, trois militants ont été arrêtés à Edirne. Le 27 décembre, les familles et amis des trois militants se sont rassemblés à Edirne dans un grand mouvement de solidarité avec les prisonniers. Ils ont également fait circuler la pétition contre la base américaine. Durant la manifestation, ils ont été assaillis par des groupes fascistes, manifestement incité par la police. En effet, au lieu d’intervenir pour protéger les manifestants, les forces de l’ordre ont arrêtés huit personnes qui subissaient ces attaques, dont six ont été relâchées le lendemain. Les jours suivants, les manifestations se sont poursuivies dans différentes villes turques, les lynchages aussi. Partout, des militants ont été arrêtés, la police arrivant toujours après les fascistes, utilisant le scénario ‘les civils attaquent, la police vient à leur secours’.

Le 3 janvier, 150 personnes, dont de nombreux membres du Front Populaire qui se rendaient en bus à Edirne pour y manifester ont été stoppé à l’entrée de la ville par la police. Ils y ont subi une violente attaque par les fascistes et les forces de l’ordre. Sept personnes ont été blessées. A l’heure actuelle, ces 150 personnes se trouvent toujours aux portes d’Edirne, dans l’attente de pouvoir organiser leur manifestation.

Fin 2009, la cour d’appel de Bruxelles (photo) avait écarté les préventions de terrorisme à l’encontre des militants et sympathisants du DHKP-C. Trois d’entre eux avaient toutefois été condamnés pour association de malfaiteurs, écopant de peines avec sursis. L’Etat turc a décidé de se pourvoir en Cassation contre cette décision. Le parquet fédéral devra décider jeudi s’il saisit lui aussi la Cour de Cassation pour cette affaire où l’Etat turc s’est constitué partie civile.

Au procès DHKP-C à Bruxelles

Au procès DHKP-C à Bruxelles

Après les arrestations de plus de trente personnes pour leurs prétendus liens avec le PKK le mois derniers, la police a remis ça ce matin du 5 janvier. Dans une opération conjointe à travers quatre provinces, les forces de l’ordre ont arrêté vingt personnes. Toutes ont été emmenées à Gaziantep pour interrogatoire. L’opération visait un groupe kurde clandestin, accusé d’être une ‘branche armée urbaine du PKK’ et accusé d’avoir organisé les manifestations violentes au Kurdistan.

Ce mardi, la police d’Ankara a fait une descente dans les locaux du BDP (Peace and Democratic Party, créé suite à la mise hors la loi du DTP début décembre). Elle était à la recherche de quatre membres fondateurs du DTP, qui avaient été convoqués par la Cour Criminelle d’Ankara pour avoir, lors de discours publics, ‘fait l’apologie du PKK’. Les quatre ne s’étant pas présentés à l’audience, la Cour a ordonné qu’ils y soient amenés de force, mais la police ne les a pas trouvé au bureau du parti. Deux d’entre eux ont également été interdits de toute participation à la vie politique turque pour les cinq prochaines années par la Cour Constitutionnelle. Mais il apparaît que cette décision n’a pas été publiée officiellement, ce qui entraîne que les deux députés jouissent toujours de leur immunité et ne peuvent dont pas être poursuivis ni interrogés.

A Diyarbakir, 23 personnes dont 13 bourgmestres ont été écroués à la suite des rafles policières visant les anciens et nouveaux bourgmestres des villes kurdes. Le mouvements de protestation des élus du Parti pour la Paix et la Démocratie et de la population continuent à l’heure actuelle. Cette opération menée sous l’égide d’Ankara, ayant donné son aval et centrée sur Diyarbakir, s’est déroulée conjointement dans plus de 11 villes kurdes, aboutissant à l’arrestation de plus de 80 personnes, dont 35 ont été déférées au parquer de Diyarbakir. Après l’annonce du réquisitoire du procureur demandant le placement en détention des prévenus, une foule de plusieurs milliers de personnes, comprenant notamment tous les bourgmestres et députés kurdes, s’est réunie devant le palais de justice de Diyarbakir. Encerclés par les blindés de la police, les manifestants parmi lesquels des députés, des bourgmestres, le Président et des dirigeants du BDP ont entamé un sit-in de protestation.

Le week-end a été particulièrement chaud et violent à Istanbul et dans le Kurdistan suite aux arrestations survenues vendredi. Une vaste opération policière dans onze villes avait abouti à l’interpellation de plus de 80 personnes, suspectées d’entretenir des liens avec le PKK. Dimanche, de nombreux militants kurdes s’étaient rassemblés pour un deuxième jour de protestations face à la répression policière. A Istanbul, la police a violemment dispersé les manifestants qui ont répliqué par des jets de pierre et de cocktails Molotov. D’autres affrontements ont éclaté entre les militants et la police anti-émeute dans le sud-est de la Turquie, la police faisant usage de canons à eau et de gaz lacrymogènes face aux manifestants. Il y aurait plus de dix blessés, dont deux policiers, et les forces de l’ordre auraient arrêtés une douzaine de personnes.

Affrontements à Istanbul

Affrontements à Istanbul

Moins de 24 heures après le passage des 94 bourgmestres du parti interdit, le DTP, au BDP, une opération de police a été menée visant ce parti dans plus de 11 villes. Plus de 80 personnes, dont le co-Président du Congrès de la Société Démocratique (DTK) ainsi que 9 bourgmestres, ont été interpelés. Des opérations conjointes ont été menées à Diyarbakır, Siirt, Hakkari, Dersim, Batman, Urfa, Şırnak et Van sur ordre du Procureur de la République de Diyarbakir. Parallèlement, d’autres descentes ont eu lieu à Ankara, Istanbul et Izmir. Les informations relatées parlent d’au moins 80 placements confirmés en garde à vue, touchant notamment certains maires.

Une descente a aussi eu lieu dans les locaux de l’Association des Droits de l’Homme. Alors que la police a interdit aux personnes présentes de quitter les lieux lors de la perquisition, tous les documents et le matériel informatique ont été saisis à fin d’expertise. Nous avons pu apprendre que la perquisition continuait.

Lors des descentes dans différents locaux d’habitations à Batman, Dersim et Ankara, 7 personnes ont été interpelées. Les policiers de la section antiterroriste de la direction de la sûreté de Batman ont perquisitionné plusieurs maisons tôt dans la matinée, dont celle d’Huseyin Kalkan, l’ancien bourgmestre de Batman. La perquisition ayant duré plus de trois heures. A la suite de ces perquisitions Huseyin KAlkan, ainsi que l’ancien dirigeant du DTP local, l’ancien dirigeant régional, un membre du Conseil Municipal de Batman et une membre de l’assemblée des femmes ont été placés en garde à vue.

A Dersim, ce sont les maisons des membres de l’Assemblé des femmes qui ont été perquisitionnées par les policiers de la direction de la sécurité publique. A Ankara, l’ancien dirigeante locale du DTP de Altindag a été interpelée. A Van, les policiers de la section anti-terroriste de la direction de la sécurité publique ont perquisitionné en même temps le Centre d’Affaire de la Mairie, le Centre Culturel de Mésopotamie et certaines habitations. Alors que tous ces lieux ont été fouillés de fond en comble, de nombreuses personnes ont été arrêtées, dont d’anciens dirigeants locaux du DTP dissout.

C’est dans le cadre d’une enquête concernant le PKK et ses bases dans les centres urbains que la police a organisé des descentes dans les maisons de personnes suspectées d’entretenir des liens avec ce parti. Ces raids constituent un des pans de la grande opération menée par les autorités. Ils se sont déroulés dans onze provinces ce jeudi matin et les forces de l’ordre ont interpellé 33 personnes, dont huit bourgmestres kurdes. Ces huit maires de villes à majorité kurde étaient membres de l’ex-DTP (parti interdit depuis quinze jours pour ses prétendus liens avec le PKK). C’est la troisième opération de ce genre depuis le début de l’année en Turquie, les autorités comptabilisant au total plus de cent interpellations.