Déclenchées le 28 décembre contre l’hyperinflation et la crise économique, les manifestations qui se sont étendues à l’ensemble de l’Iran font face à une répression importante des autorités, marquée par une coupure nationale d’Internet, l’usage de gaz lacrymogènes et des tirs à balles réelles. À Téhéran comme dans plusieurs grandes villes, des vidéos diffusées avant le black-out montrent des coups de feu, des véhicules incendiés et des affrontements violents, tandis que le pouvoir accuse des « éléments terroristes » soutenus par l’étranger. Selon plusieurs ONG, au moins 45 personnes, dont huit mineurs, ont été tuées depuis le début du mouvement, un bilan bien plus lourd que celui reconnu par les autorités mais dont la fiabilité n’est pas garantie en raison des difficulités liées à la communication vers l’extérieur. Malgré les appels officiels au « dialogue », le guide suprême Ali Khamenei a qualifié les manifestants d’« émeutiers ». La mobilisation est particulièrement forte dans les régions à majorité kurde de l’ouest du pays, où les manifestations sont récurrentes et la répression historiquement plus brutale, avec de nombreux morts et blessés signalés. Les organisations kurdes dénoncent un ciblage spécifique de ces provinces, régulièrement traitées par le pouvoir comme des zones sécuritaires et soumises à une militarisation accrue.

Jeudi 8 janvier, les autorités israliénnes ont libéré le prisonnier Amr Kayed après 16 mois de détention administrative (voir notre article). Etudiant à l’Université de Birzeit en Cisjordanie, il est un partisan du Pôle démocratique progressiste affilié au FPLP et le frère de la prisonnière Layan Kayed.

Disparus le 25 décembre 2005 à Bojador, quinze jeunes Sahraouis âgés de 17 à 30 ans ont disparu après leur participation à l’Intifada de l’Indépendance, un mouvement de mobilisation populaire sahraoui lancé en 2005 dans les territoires occupés pour revendiquer le droit à l’autodétermination, le respect des droits humains et la fin de l’occupation marocaine, et violemment réprimé par les autorités. Vingt ans plus tard, leurs familles accusent l’État marocain d’enlèvement et affirment qu’ils seraient détenus dans des prisons secrètes, rejetant la version officielle évoquant leur mort lors d’une tentative de migration vers les Canaries, jamais étayée par des preuves scientifiques indépendantes. Malgré la mobilisation du Comité des mères des quinze, la saisine d’instances internationales dont le Comité de l’ONU contre les disparitions forcées et de nombreuses actions de protestation marquées par la répression, le harcèlement et les menaces, aucune enquête crédible n’a été menée. Les familles dénoncent une politique persistante de déni et d’impunité et appellent la communauté internationale à ouvrir une enquête indépendante, rappelant que cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de violations graves des droits humains au Sahara Occidental occupé, où des centaines de Sahraouis restent portés disparus depuis 1975.

Depuis mardi 6 janvier, les quartiers de Şêxmeqsûd (Cheikh Maqsoud) et Eşrefiyê (Achrafieh) subissent les attaques de groupes affiliés au gouvernement de transition syrien (voir notre article). Ce jeudi 8 janvier, ces forces ont intensifié les bombardements sur la zone avec des drones et de l’artillerie lourde. En deux jours, 11 personnes ont été tuées et plus de 60 ont été blessées.

Des manifestations se sont organisées et continuent à s’organiser dans différentes villes d’Europe depuis le début de l’attaque. Un rassemblement se tiendra à Bruxelles le vendredi 9 janvier à 15h devant la gare centrale. Le samedi 10 janvier, la grande manifestation « Justice & Vérité » se tiendra à Paris pour les militant·es kurdes assassiné·es à Paris en 2013 et 2022 (voir notre article).

À Alep, les quartiers de Şêxmeqsûd (Cheikh Maqsoud) et Eşrefiyê (Achrafieh), administrés par l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie et défendus par les forces locales Asayish, ont été frappés par de violents bombardements et combats le 6 janvier 2026, opposant ces forces à des groupes affiliés au gouvernement de transition syrien. Ces attaques sur des zones résidentielles densément peuplées (environ 600 000 habitants) ont fait au moins neuf morts, dont des civils, et de nombreux blessés, provoquant des évacuations. Cela intervient dans un contexte où les kurdes cherchent à maintenir une autonomie dans ces quartiers d’Alep tandis que le gouvernement syrien et ses alliés cherchent à reprendre un contrôle total sur la ville.

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Le 6 janvier 2026, l’armée israélienne a fait irruption sur le campus de l’université de Birzeit, au nord de Ramallah, pour disperser un rassemblement étudiant organisé en solidarité avec les prisonniers palestiniens. Les forces israéliennes ont utilisé des balles réelles, des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes, brisant la porte principale de l’université et pénétrant dans différents bâtiments. Plusieurs étudiants ont été blessés, dont trois touchés par des tirs à la jambe, pris en charge par le Croissant-Rouge et transportés à l’hôpital. Des responsables universitaires et journalistes ont également été arrêtés, notamment le vice-président académique Asim Khalil et les journalistes Moatasem Saqf Al-Hait et Karim Khmaisah. Environ 8 000 étudiants se trouvaient sur le campus au moment de l’assaut, qui a également conduit à la saisie de matériel appartenant au mouvement étudiant.

En Tunisie, plusieurs travailleurs humanitaires de l’ONG française Terre d’asile, détenus depuis plus de 20 mois pour avoir prétendument « facilité l’entrée illégale et le séjour » de migrants, ont été libérés dans la nuit de lundi 5 à mardi 6 janvier. Parmi eux figure Sherifa Riahi, ancienne directrice de l’ONG, condamnée à deux ans de prison avec sursis, tout comme ses collègues incarcérés. La décision judiciaire, saluée par leurs soutiens, intervient dans un contexte de durcissement des politiques migratoires et de tensions politiques accrues sous la présidence de Kaïs Saïed, tandis que le tribunal doit encore statuer sur le sort des autres accusés laissés en liberté.

En Iran, le mouvement de contestation déclenché par des revendications économiques est entré dans sa deuxième semaine et a déjà fait au moins 29 morts, dont deux membres des forces de sécurité, selon l’ONG HRANA, tandis qu’environ 1 200 personnes ont été arrêtées. Des centaines de manifestants auraient également été blessés, et des armes lourdes auraient été utilisées par les autorités dans certaines régions pour réprimer les protestations. Les manifestations ont touché près de 88 villes dans 27 des 31 provinces du pays, illustrant l’ampleur du mouvement. Le gouvernement iranien ne communiquant aucune donnée officielle, ces chiffres reposent principalement sur des informations relayées par des ONG et des activistes à l’étranger, dont la vérification de manière indépendante reste difficile.

En Iran, la nouvelle vague de manifestations déclenchée par l’inflation et la crise économique s’accompagne d’une répression croissante du régime, malgré la reconnaissance par le guide suprême Ali Khamenei du caractère « juste » de certaines revendications. Les autorités ont annoncé l’arrestation d’organisateurs de rassemblements, tandis que la télévision d’État confirme le début d’une vaste opération sécuritaire. Selon plus ONG, au moins 15 manifestants ont été tués et plus de 580 arrêtés depuis le 28 décembre, dans un mouvement de protestation qui s’est étendu à au moins 60 villes.

Le 1er janvier, les autorités israéliennes ont de nouveau arrêté Raghad Nassar Salah Al-Fani, ancienne prisonnière palestinienne de 27 ans, lors d’une perquisition menée au domicile familial situé dans le quartier sud de Tulkarem, dans le nord de la Cisjordanie. Libérée en novembre 2023 dans le cadre de la première phase de l’accord d’échange de prisonniers, elle avait auparavant passé une année en détention administrative.