Au 1er février 2026, les prisons françaises comptaient 86 645 personnes détenues pour 63 289 places opérationnelles, soit un taux de densité carcérale de 136,9 %, selon les données du ministère de la Justice. Ce niveau inédit confirme une hausse continue de la population carcérale malgré une capacité d’accueil stable, la barre des 86 000 détenus ayant déjà été franchie début janvier. 6 596 personnes sont contraintes de dormir sur un matelas au sol, contre 4 490 un an plus tôt.
Le Bureau fédéral des prisons a adopté, le 26 février 2026, une nouvelle politique interdisant presque totalement l’accès aux soins d’affirmation de genre pour les personnes trans incarcérées dans les établissements fédéraux, mettant fin à neuf années de pratique autorisant hormones, chirurgies et certains aménagements. Désormais, les nouvelles prescriptions hormonales sont prohibées, les traitements en cours devront être progressivement arrêtés et les chirurgies sont bannies, les détenu·es concerné·es étant orienté·es vers une prise en charge psychothérapeutique et des antidépresseurs. Plus de 1 000 personnes ont été diagnostiquées avec une dysphorie de genre dans les prisons fédérales, alors que des recours judiciaires sont en cours pour contester cette politique.
Le Conseil des ministres belge a validé une nouvelle mise à jour du Masterplan III, prévoyant notamment le maintien en activité de la prison de Saint-Gilles jusqu’en 2035 au plus tard, alors qu’elle devait initialement fermer fin 2024. Sa capacité sera portée à 600 places à partir de 2027, avec des moyens supplémentaires alloués à la Régie des Bâtiments pour réaliser les travaux nécessaires. Fin janvier, la Belgique comptait 13 470 détenus pour 11 296 places disponibles, dont 545 personnes dormant sur des matelas au sol. Le plan confirme également la construction d’une nouvelle prison à Mons (300 places), le maintien du projet de maison de peine à Verviers (240 places) et la prolongation de l’activité des anciennes prisons de Hoogstraten et d’Anvers en Flandre, en attendant l’ouverture de nouveaux établissements.
Entretien avec la sociologue, militante féministe et abolitionniste pénal Gwenola Ricordeau à l’occasion de la sortie de son dernier livre « Tant qu’il y aura des prisons » (Le passager clandestin) à propos de l’abolitionnisme pénal et des perspectives révolutionnaires.
Le 25 février 2026, Tomás González s’est évadé avec un autre détenu de l’ancienne prison centrale de Santiago, connue sous le nom d’Ex Penitenciaría de Santiago (« ex-pénitencier »), en se faisant passer pour des gardiens. Il purgeait une peine de plus de 21 ans de prison, dont 16 ans pour avoir tiré sur des policiers lors d’une tentative d’arrestation en mai 2022 et 5 ans supplémentaires liés à la possession d’un cocktail Molotov. Après l’évasion, des appels à ne transmettre aucune information aux autorités ont circulé dans certains milieux de soutien, exprimant leur solidarité avec les évadés et les prisonniers toujours incarcérés.
Dans une tribune diffusée à l’occasion d’une grève lancée le 8 février 2026 dans les prisons de l’Alabama (voir notre article), le détenu anarchiste Michael Kimble présente l’arrêt de travail comme « un coup porté à l’État », accusé de maintenir « une situation d’esclavage et de surexploitation » à travers le travail pénitentiaire. « Quand nous refusons de travailler gratuitement (ce qui est de l’esclavage), nous affirmons notre pouvoir en tant que travailleurs et en tant qu’êtres humains », écrit-il, dénonçant le 13e amendement de la Constitution états-unienne qui interdit l’esclavage sauf en cas de condamnation pénale. Revenant sur l’histoire du « convict leasing » en Alabama (système qui louait la main-d’œuvre carcérale à des entreprises privées), le militant affirme que la prison demeure un dispositif d’exploitation économique. Il décrit leur mobilisation comme une stratégie destinée à bloquer la production, éveiller la conscience des prisonniers « en tant que classe opprimée » et exiger l’abolition du travail forcé, de la perpétuité sans libération conditionnelle et des lois sur les récidivistes. « Nous exerçons notre droit de riposter. Qu’y a-t-il de mal à cela ? », conclut-il.
Le 15 février à Lisbonne, plusieurs dizaines de personnes ont défilé sous le slogan « Justice pour Jorge » pour dénoncer les violences du système carcéral portugais, après la mort en détention de Jorge dos Santos, dit « Gordo », le 23 novembre 2025. Aux côtés de collectifs comme le Collectif Mumia Abu-Jamal et le Movimento Negro em Portugal, les manifestants ont accusé l’administration pénitentiaire de mauvais traitements et réclamé justice pour d’autres détenus décédés. La mobilisation intervient dans un contexte de critiques récurrentes visant les forces de sécurité, après un rapport du Comité européen pour la prévention de la torture pointant en 2023 des mauvais traitements lors de gardes à vue par la Polícia de Segurança Pública et la Guarda Nacional Republicana. Les organisateurs dénoncent un climat d’impunité et des discriminations persistantes au sein du système pénal portugais.
En Turquie, plusieurs détenus poursuivent des grèves de la faim pour dénoncer les conditions d’isolement dans les prisons dites de type « puits », en vigueur depuis leur transfert en mars 2020. Selon leurs soutiens, Tahsin Sağaltıcı et Gürkan Türkoğlu en sont à leur 211e jour de jeûne, Hüseyin Özen au 191e, Doğan Karataş au 134e, Ahmet Yıldız au 73e et Tuğçenur Özbay au 29e. Ces actions visent à obtenir la fermeture de ces établissements et dénoncent une politique d’isolement particulièrement brutale.
Le calme est revenu mardi après-midi à la prison de Marche-en-Famenne, en province de Luxembourg, où une quarantaine de détenus avaient refusé de regagner leur cellule à l’issue d’une activité pour protester contre une réorganisation liée à la surincarcération carcérale. Certains ont incendié des papiers et lancé des objets. La police est intervenue et les détenus ont accepté de regagner progressivement leur cellule.
À la prison de haute sécurité n°2 de Dumlu, située à Erzurum, des détenus affirment être victimes de fouilles corporelles abusives menées par des gardiens sous prétexte de « contrôle ». Le prisonnier Ramazan Kaya a rapporté à sa famille que, depuis le 16 février, certaines fouilles ciblent de manière intrusive des parties intimes du corps, notamment la zone inférieure, malgré leurs refus. Selon lui, les plaintes adressées à l’administration pénitentiaire sont restées sans suite. Les détenus dénoncent des atteintes à leur dignité et préviennent qu’ils refuseront de quitter leur cellule si ces pratiques se poursuivent.