La militante révolutionnaire Zehra Kurtay est en grève de la faim depuis le 3 juillet 2025 pour le rétablissement de son titre de séjour en France (voir notre article). Sa situation administrative sera à nouveau examinée le 12 janvier, dans le cadre de son troisième procès contre la préfecture, qui a fait appel de deux verdicts favorables précédents. Cette audience doit statuer sur son titre de séjour, délivré en France par la préfecture pour des durées variables, mais la reconnaissance officielle de réfugiée et la protection contre l’expulsion ne sont accordées qu’après décision d’Ofpra. Le processus a été retardé depuis le 15 décembre, et sa deuxième demande auprès d’Ofpra a été annulée. Des avocats et associations appellent les autorités et la justice à accélérer la procédure, compte tenu de l’urgence de sa situation médicale, en organisant un rassemblement devant l’OFPRA le 8 janvier à 11 h (201 rue Carnot, Bâtiment A, Fontenay-sous-Bois) et un autre devant la Cour administrative d’appel de Paris le 12 janvier à 10 h (86 rue François Miron). Parallèlement, un appel est lancé pour un twitterstorm sur X le 8 janvier à 20 h (voir photo).

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Le leader kurde Selahattin Demirtas, détenu depuis 2016 à la prison d’Edirne, a été condamné le 6 janvier à un an, cinq mois et 15 jours de prison pour « insulte au président ». Les accusations portent sur plusieurs discours prononcés il y a plus de dix ans et ont été regroupées dans un même dossier. Son équipe juridique n’a pas obtenu de délai supplémentaire pour préparer sa défense et prévoit de faire appel. Déjà condamné en 2021 pour des critiques du gouvernement concernant l’abattage d’un avion russe en 2015, Demirtas bénéficie par ailleurs d’une décision définitive de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) exigeant sa libération, jusqu’à présent ignorée par les autorités turques.

En Turquie, la libération de Taylan Turunç, prisonnier politique et militant de Partizan détenu depuis mars 2016 à la prison de haute sécurité de Tekirdağ (F-Type n°2), a été bloquée pour la septième fois par décision du Conseil d’administration et d’observation pénitentiaire. Depuis décembre 2023, sa sortie a été systématiquement reportée, les autorités invoquant son refus de se présenter devant le conseil, le contenu politique de ses lettres et le fait qu’il aurait apporté « soutien moral et motivation » à d’autres détenus. Sa détention a été prolongée de six mois supplémentaires et sa situation doit être réexaminée à la fin du mois de mai, illustrant l’usage récurrent de mécanismes administratifs pour maintenir en prison des détenus politiques au-delà de leur peine.

Mardi 6 janvier à Izmir, quatre personnes, membres de la Nouvelle Jeunesse démocratique (YDG) et lecteurs du magazine Partizan, ont été interpellées à l’aube lors de perquisitions à leur domicile, les autorités invoquant leur participation à des actions liées aux mobilisations de la jeunesse et des travailleur·euses. Placées en garde à vue, elles ont ensuite été libérées, l’une d’entre elles étant toutefois placée sous contrôle judiciaire.

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En Turquie, le parquet d’Istanbul a requis des peines de cinq à dix ans de prison contre sept journalistes, une traductrice et une sociologue accusés d’« aide à une organisation terroriste armée » pour leurs collaborations avec les médias pro-kurdes Yeni Özgür Politika et PolitikArt, publiés en Allemagne. Selon le procureur, leurs articles, le langage employé et les droits d’auteur perçus constitueraient un soutien au PKK, organisation interdite, et ne relèveraient pas d’une activité journalistique dite « normale ». Le procès doit reprendre le 17 février, date à laquelle le tribunal devrait rendre son verdict.

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Dimanche 4 janvier, des prisonniers membres et/ou sympathisants du DKP (Parti Communard Révolutionnaire) ont annoncé un jeûne d’avertissement de trois jours, simultanément dans les prisons de Kocaeli, Tekirdağ et Marmara, pour affirmer leur volonté contre ce qu’ils qualifient de système de torture d’État. En particulier, ils dénoncent les prisons de type « puits » qui sont des lieux où la répression s’exerce le plus brutalement, avec des violations systématiques des droits des prisonniers politiques révolutionnaires, notamment par l’isolement. Les grévistes de la faim réclament la restitution immédiate de leurs droits fondamentaux, l’amélioration des conditions de vie en prison et la fermeture de toutes les prisons de type « puits ».

Les prisonniers révolutionnaires Ayberk Demirdögen, Ulaş İnci et Nazım Şafak Korkmaz ont mis fin à leurs grèves de la faim après avoir obtenu gain de cause, une victoire attribuée à la mobilisation conjointe des détenus, de leurs familles et de leurs partisans. Ils étaient respectivement mobilisés depuis 290, 78 et 68 jours. Toutefois, la lutte se poursuit contre les prisons de type puits, plusieurs prisonniers restant en grève de la faim illimitée dans des prisons de haute sécurité à Antalya, Çorlu Karatepe et Kandıra, tandis que les familles maintiennent des actions de soutien à Ankara et İzmir. En effet, Tahsin Sağaltıcı et Gürkan Türkoğlu sont en grève de la faim depuis le 30 juillet 2025, tandis qu’Ali Dilmen l’est depuis le 11 août, Hüseyin Özen depuis le 18 août et Doğan Karataş depuis le 15 octobre 2025.

Détenus depuis plusieurs semaines pour avoir protesté contre la mort d’enfants et les accidents du travail dans des centres de formation (voir notre article), seize jeunes membres du Parti des travailleurs de Turquie (TİP) ont été libérés le 26 décembre dernier des prisons de Bakırköy et Silivri. Après leur sortie, les porte-paroles du TİP ont dénoncé l’injustice de leur détention, affirmant que leur lutte pour la protection des enfants et contre les conditions de travail dangereuses continue, et qu’ils poursuivront leurs actions jusqu’à la fermeture de ces centres et la démission des responsables concernés.

Le même jour, l’activiste Ozan Deniz Ödemiş a été libéré. Membre des Gençlik Komiteleri (Comités de jeunesse, en turc), il avait été arrêté et détenu le 23 décembre dernier pour « insulte au président » (voir notre article). Suite à cette annonce, son organisation a réagi en affirmant :  « Nous briserons les attaques et le blocus imposés à la jeunesse et nous libérerons tous les prisonniers révolutionnaires ».

À İzmir le 23 décembre dernier, plusieurs militants solidaires des prisonniers en grève de la faim dans les prisons de « type puits » ont été interpellés lors de perquisitions matinales à leur domicile, avec notamment l’arrestation d’au moins neuf membres de Sosyalist Mücadele İnisiyatifi et d’autres militants liés à Umut-Sen et aux familles de détenus de TAYAD. À Istanbul le 24 décembre, dans le quartier de Kadıköy, la police a également placé en garde à vue cinq membres du groupe Dev Güç qui manifestaient contre ces prisons connues pour leurs conditions de détention particulièrement inhumaines (voir photo).

Les révolutionnaires emprisonnés Fergil Fırat et Celal Punar, incarcérés à la prison de haute sécurité de Karatepe, ont interrompu la grève de la faim qu’ils avaient entamée pour demander leur transfert vers un établissement non classé « type puits » (voir notre article), après que leur requête a été officiellement prise en compte par l’administration pénitentiaire. Leur avocat a indiqué que la demande avait été transmise aux autorités compétentes, précisant que la grève pourrait reprendre si le transfert n’aboutissait pas.