La Turquie a lancé une offensive terrestre contre le PKK dans le Kurdistan irakien, mercredi 17 juin à l’aube. Des commandos ont pénétré sur le territoire irakien, soutenus par de l’artillerie, des chasseurs-bombardiers F16, des hélicoptères d’attaque et des drones. L’offensive a débuté dans la région de Haftanin, à une quinzaine de kilomètres de la frontière turque. Avant d’envoyer ses forces terrestres de l’autre côté de sa frontière, la Turquie avait bombardé ces derniers jours les positions du PKK dans les montagnes de Qandil, bastion historique de la résistance kurde, non loin de la frontière avec l’Iran. Des bombardiers ont aussi frappé d’autres bases du PKK dans la région semi-autonome kurde du nord de l’Irak, à Sinjar, Karacak, Zap, Avasin et Hakurk. Dans la ville-frontière de Silopi, entre le Kurdistan irakien et le Kurdistan turc, plusieurs milliers de soldats turcs ont été massés. La réquisition par l’armée turque d’une partie d’un hôpital frontalier ne laisse pas de doutes quant au fait que l’armée turque se prépare à de violents combats. La Turquie est déjà bien présente au Kurdistan irakien, où elle dispose d’une quinzaine de bases militaires.

Célébration du Nouvel An kurde dans les monts Qandil (archives)

 

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Vendredi 12 juin, quatre militants du HDP ont été arrêtés dans le district de Ceyhan, dans la province d’Adana. Ils sont accusés d’avoir transmis des colis d’aide aux guérilleros dans les montagnes d’Amanos dans le cadre de la campagne d’aide alimentaire lancée pour aider familles qui en ont besoin suite à la crise du coronavirus. Aujourd’hui, la police turque a perquisitionné plusieurs appartements à Adana et arrêté dix personnes. Les personnes concernées ont été amenées au siège de la police à Adana. L’enquête est menée par le parquet général. On ne sait pas de quoi les personnes arrêtées sont accusées.

Arrestation d'une membre du HDP (archive)

Arrestation d’une membre du HDP (archive)

Rattachée au ministère turc de l’Intérieur, et forte d’une histoire de plus de 100 ans, l’institution des “vigiles de quartier” (bekçiler en turc) a été mise en avant cette semaine, lorsque le parlement a approuvé un projet de loi qui lui donne plus de pouvoirs, comparables à ceux de la police du pays. Par exemple, ils pourront désormais s’occuper des vols et des émeutes, une attribution qui était jusqu’alors réservée aux forces de sécurité. Ils pourront également porter des armes à feu et poursuivre, identifier et arrêter des personnes. Les vigiles recevront une formation de 40 heures pour apprendre à se servir de leurs armes à feu. L’entité, qui comprend actuellement plus de 28 000 membres, s’est considérablement développée depuis la tentative de coup d’État de juillet 2016. La génération actuelle des “vigiles de quartier” est composée en majorité d’hommes ayant des liens avec l’aile jeunesse de l’AKP (le parti du président Erdogan).

Vigiles de quartier en Turquie

Vigiles de quartier en Turquie

Jeudi 4 juin, Trois député·es ont été déchu·es de leur immunité parlementaire dont deux, appartenant au HDP (Parti démocratique des peuples), ont été mis en détention. Leyla Güven a été arrêtée à son domicile à Amed alors que Musa Farisoğulları avait déjà été arrêté quelques heures plus tôt. Leyla Güven avait déjà été emprisonnée par le passé et d’ailleurs, elle avait été élue députée du HDP alors qu’elle était encore en prison où elle a mené une grève de la faim de près de 6 mois (voir notre article).

Campagne de soutien à Leyla Güven et aux grévistes de la faim (archive)

Campagne de soutien à Leyla Güven et aux grévistes de la faim (archive)

Le parquet d’Ismir a t ouvert une enquête jeudi après que des inconnus aient piraté le système d’appel à la prière à Izmir pour diffuser “Bella Ciao” à partir des minarets de plusieurs mosquées de cette ville de l’ouest de la Turquie. L’hymne antifasciste a été diffusé mercredi après-midi, à l’heure de l’appel à la prière. La séquence a été largement partagée sur les réseaux sociaux. La division locale de l’Autorité turque des Affaires religieuse a annoncé avoir ouvert une enquête interne et porté plainte auprès de la police. Le parquet d’Izmir a également ouvert une enquête contre des usagers des réseaux sociaux soupçonnés de “dénigrement des valeurs religieuses” pour l’avoir applaudi. Dans le cadre de cette enquête la police a arrêté Banu Özdemir qui avait filmé la scène et diffusé les images sur les réseaux sociaux. Elle se trouve actuellement à la prison de Şakran.

Banu Özdemir se trouve actuellement à la prison de Şakran pour avoir filmé la diffusion de la Bella Ciao par une mosquée

Banu Özdemir se trouve actuellement à la prison de Şakran pour avoir filmé la diffusion de la Bella Ciao par une mosquée

Samedi 16 mai au soir, l‘unité de vengeance Azad Siser du HBDH a mené une attaque incendiaire contre l’immeuble de la Direction de l’atelier de confection Kara, dépendant du Commandement des forces terrestres, et situé dans le quartier Maltepe Esenkent. L’attaque a provoqué un incendie qui a détruit des véhicules et endommagé un bâtiment de deux étages du site. Le communiqué du HDBH fait état de la mort de plusieurs membres des forces armées lors de l’attaque, ce que démentent les autorités turques. Le HDBH (Mouvement révolutionnaire uni des peuples) est le front unitaire de résistance armée de 10 organisations de la gauche révolutionnaire turque et kurde (voir notre article).

Les services de secours arrivent à l'atelier Kara

 

Les maires élus des 4 municipalités ainsi que les co-maires d’Iğdır, Eylem Çelik et Yaşar Akkuş, les co-maires de Siirt, Berivan Helen Işık et Peymandara Turhan, les co-maires de Baykan, Ramazan Sarsılmaz et Özden Gülmez, les co-maires Kurtalan, Baran Akgül et Esmer Baran ont été arrêtés par la police turque lors de raid effectués aux domiciles des élus HDP. 44 municipalités kurdes sur les 65 remportées par le parti démocratique des peuples (HDP) lors des élections municipales du 31 mars 2019, sont aujourd’hui dirigées par des administrateurs désignés par l’Etat à la place des maires élus. Plus d’infos ici.

Encore 4 maires du HDP arrêtés et remplacés

Une militante araméenne de Bavière a reçu une amende de 3 600 euros pour des reportages sur les réseaux sociaux concernant la résistance à l’invasion turque dans le nord de la Syrie. Si elle ne paie pas, elle risque 90 jours de prison. Depuis l’invasion d’Afrin, la militante, membre du Mouvement populaire révolutionnaire Suryoye, avait, en effet posté sur Facebook des publications sur la résistance contre l’annexion du Rojava par la Turquie et sur les crimes de guerre commis par les forces d’occupation contre la population civile. En octobre 2019, elle avait reçu une citation à comparaître pour une violation présumée de la loi sur les associations. Comme elle n’a pas donné suite à la demande, une ordonnance de sanction a été prononcée à la mi-février. L’intéressé a fait appel, le verdict est toujours en suspens. Le Mouvement populaire révolutionnaire Suryoye est, comme les autres mouvements opposés au régime turc, régulièrement criminalisé en Bavière. Huit autres Araméenn·es ont notamment reçu des ordonnances punitives des tribunaux de Bavière. Ils ont également subi un raid de la police fédérale le 2 octobre 2018, trois jours seulement après la visite d’État d’Erdoğan en Allemagne. Plus d’infos ici.

Une militante araméenne condamnée pour avoir publié des messages contre l'invasion turque du Rojava

Une militante araméenne condamnée pour avoir publié des messages contre l’invasion turque du Rojava

Aujourd’hui, la police a attaqué les funérailles d’Ibrahim Gökçek guitariste de Grup Yorum décédé hier après 323 jours de grève de la faim (voir notre article). La police a tiré des balles en caoutchouc sur les participant·es et a lancé du gaz lacrymogène. Elle a également enlevé le corp de Gokçek qui reposait à la maison de culte alévie du quartier de Gazi à Istanbul. L’épouse de Gokçek, Sultan Gökçek, qui est emprisonnée depuis 4 ans, n’a pas été autorisée à participer aux funérailles de son mari. Par ailleurs, une dizaine de personnes, dont le père d’Ibrahim Gokçek, ont été arrêtées par la police. Plus d’infos ici.

Ibrahim Gökçek, bassiste du Grup Yorum

Ibrahim Gökçek, bassiste du Grup Yorum

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