Le célèbre sociologue marxiste Boris Kagarlitsky, auteur de plusieurs livres remarqués, est actuellement détenu et risque jusqu’à 7 ans de prison s’il est reconnu coupable de l’accusation de « justification du terrorisme ». Son crime est d’avoir dénoncé l’invasion de l’Ukraine par le président russe Vladimir Poutine. La décision du 26 juillet de le détenir jusqu’à son audience fin septembre a été prise devant un tribunal à huis clos de la ville reculée de Syktyvkar – loin de Moscou où il avait été arrêté la veille – et en l’absence de son avocat. Les agents du Service fédéral de sécurité (FSB) ont également ciblé Rabkor (« Correspondant ouvrier »), la plateforme médiatique en ligne que Kagarlitsky édite. Jusqu’à présent, au moins trois personnes associées à Rabkor ont été perquisitionnées et interrogées.

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Oleg Khorzhan, le Président du Parti Communiste de Transnistrie, qui faisait l’objet de percussions politiques, a été assassiné cette nuit chez lui. Il avait rejoint le parti communiste local à l’âge de 18 ans et joue un rôle actif dans la reconstruction de l’aile jeunesse du parti. En avril 1995, il est élu au conseil municipal de Tiraspol. De 1997 à 2000, devenu avocat, il préside la commission juridique du parlement. En mai 2003, il rejoint le nouveau Parti communiste et en est élu président après l’emprisonnement du premier dirigeant du parti.

Le 2 juin 2018, Oleg Khorzhan a organisé un rassemblement à Tiraspol, au cours duquel un certain nombre de participants ont été arrêtés par la police. Plus tard dans la journée, Oleg s’est rendu au bâtiment des affaires internes de la ville pour rencontrer le directeur et se porter garant de la libération des détenus. Des policiers l’ont empêché d’entrer dans le bâtiment et une altercation physique aurait eu lieu. Oleg a protesté contre l’usage disproportionné de la force par la police et contre la violation de ses droits en tant que parlementaire. Mais il est été privé de son immunité parlementaire et arrêté le 6 juin 2018 avec plusieurs autres communistes, notamment sa femme, son fils et le député du conseil municipal de Tiraspol Alexander Samoniy. Le 3 novembre 2018, la Cour suprême de Transnistrie avait déclaré Oleg coupable d’agression contre les forces de l’ordre et l’a condamné à quatre ans et demi de prison. Il avait été libéré le 6 décembre 2022 après avoir purgé l’intégralité de sa peine (voir notre article). Ces derniers jours, il avait engagé un processus d’unité des forces d’opposition de Transnistrie et de Moldavie.

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Le commissaire européen au Marché intérieur et du numérique, Thierry Breton, a annoncé que, dès le 25 août, « Lorsqu’il y aura des contenus haineux, des contenus qui appellent par exemple à la révolte, qui appellent également […] à brûler des voitures, elles [les plateformes de réseaux sociaux] auront l’obligation dans l’instant de les effacer. Si elles ne le font pas, elles seront immédiatement sanctionnées  […] Si les plateformes n’agissent pas immédiatement, alors oui, on pourra non seulement donner une amende mais interdire l’exploitation sur notre territoire […] Les interventions vont être extrêmement rapides […] Mark Zuckerberg [PDG de Meta] m’a confirmé qu’il allait embaucher 1 000 personnes pour se faire. Les plateformes se préparent ».

Si le règlement européen a été adopté le 19 octobre 2022, l’intervention de Thierry Breton portait sur les révoltes qui ont suivi l’assassinat de Nahel: «Non, les réseaux sociaux n’ont pas fait assez pendant ce moment ! Il va falloir qu’ils fassent plus. […] Les algorithmes poussent, on le sait, les contenus à forte viralité parce que ça rapporte de la publicité. Tout ça sera strictement interdit.» Thierry Breton est une figure du capitalisme français, classé à trois reprises (2010, 2017 et 2018) parmi les 100 patrons les plus performants au monde, ministre sous la présidence de Chirac, il a été propulsé sur ordre de Macron comme Commissaire européen chargé du marché intérieur et du numérique en 2019.

Voir ici le nouveau règlement européen (.pdf)

À la Mold Crown Court, le juge Rowlands a condamné trois militants de Palestine Action à une peine de 23 mois, et un autre à 27 mois, après que les quatre ont été reconnus coupables de « conspiration en vue de commettre des dommages criminels » contre une usine d’armement américaine basée au Pays de Galles, Teledyne Labtech. Lors de l’action qui s’est déroulée le 9 décembre 2022 (voir nos articles), deux des quatre personnes ont démantelé des équipements militaires à l’intérieur de l’usine, tandis que les autres occupaient le toit. Au total, il y aurait eu pour 1,2 million de livres sterling de dégâts, perturbant la production d’armes. La moitié de leur peine devrait être purgée en prison, et ils ont déjà purgé près de 7 mois, puisqu’ils ont été placés en détention provisoire depuis que l’action a eu lieu.

Le verdict est intervenu après que la majorité de leurs moyens de défense ont été rejetés par le juge, notamment le fait d’avoir empêché un crime plus grave et d’avoir agi par nécessité pour sauver des vies. Bien que le juge n’ait pas permis que les preuves des crimes de guerre commis par Israël soient entendues au tribunal, le directrice de Teledyne a été entendue et a admis que leurs produits étaient notamment utilisés pour des missiles. Teledyne fournit des drones armés à Israël depuis au moins 1973 et est le plus grand exportateur d’armes de Grande-Bretagne vers l’État d’apartheid d’Israël.

L’Irish Republican Prisoners Welfare Association représente actuellement 27 prisonniers dans toute l’Irlande, dont 15, soit un peu plus de la moitié, sont actuellement en détention provisoire. Au total, 21 prisonniers sont détenus dans le Nord de l’Irlande, la majorité d’entre eux étant incarcérés à la prison de haute sécurité de Maghaberry, dans le comté d’Antrim. L’IRPWA, dénonce l’utilisation de la détention provisoire comme moyen d’enfermement à long terme des prisonniers républicains sans procès et sans possibilité de caution.  Des prisonniers républicains sont ainsi détenus pendant des années sans être jugés et cela se termine souvent par l’abandon des charges ou l’effondrement de l’affaire. Les prisonniers républicains en détention provisoire à Maghaberry, Hydebank et Portlaoise ont accumulé à eux tous plus de 11 000 jours de détention, soit l’équivalent de 30 ans…

 

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La Cour suprême suédoise a donné son feu vert à l’extradition vers la Turquie d’un premier partisan du PKK, répondant à une condition posée par la Turquie à l’entrée de la Suède dans l’OTAN. Il appartient désormais au gouvernement suédois de décider d’extrader l’homme, qui serait le premier partisan du PKK extradé par la Suède vers la Turquie. La nouvelle loi entrée en vigueur en Suède le 1er juin introduit des poursuites pour “participation à une organisation terroriste”, renforçant la législation du pays dans ce domaine, une des conditions posées par la Turquie pour lever son veto sur l’entrée dans l’OTAN. Réélu le 28 mai à la tête de la Turquie, le président Erdogan réclame notamment l’extradition par la Suède de plusieurs dizaines de militants kurdes.

Manifestation de soutien aux Kurdes en Suède

Perry Fionnghuale Perry (65 ans), également connu sous le nom de Nuala, originaire de l’ouest de Belfast, a été emprisonnée aujourd’hui pour quatre ans de prison. Elle était accusée d’avoir recueilli des informations au bénéfice des républicains « dissidents », les forces qui refusent les Accords du Vendredi Saint, comme l’IRA Véritable. Perry avait déjà été condamnée pour « terrorisme » dans son adolescence.  Elle avait été reconnue coupable en mars de cette année lors d’un procès sans jury à Belfast pour avoir enregistré des documents concernant un débriefing de sécurité consécutif à la récupération par la police d’armes à feu, de munitions et d’explosifs. Selon l’accusation, les documents ont été trouvés au domicile de Perry, qui a été perquisitionné le 20 février 2018.

Perry Fionnghuale lors d’une manifestation, avec le portrait de Bobby Sands

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Philip O’Keeffe a été arrêté par la police britannique alors qu’il transitait par l’aéroport d’Heathrow à Londres pour se rendre en Irlande. Il s’y rendait pour assister la famille d’un autre internationaliste, l’irlandais Finbar Cafferkey, qui a été tué récemment en Ukraine.  Philip O’Keeffe et Finbar Cafferkey se connaissaient bien, ils avaient combattu ensemble contre l’État islamique en Syrie dans les rangs des YPG. C’est pour cet engagement avec les Kurdes que Philip a été détenu pendant environ six heures en vertu de l’article 7 de la loi de 2000 sur le terrorisme, une loi qui permet à la police d’interroger les voyageurs jusqu’à six heures sans motif pour déterminer s’ils peuvent être un terroriste. En vertu de la loi, les détenus n’ont pas le droit de garder le silence et sont tenus de répondre aux questions. Ils sont également tenus de remettre les éventuels mots de passe de leurs appareils électroniques.

Philip a refusé de remettre les mots de passe de ses appareils, ce qui a conduit la police à l’accuser d’entrave à la justice et à prolonger sa détention du jour au lendemain. Il a ensuite été libéré sous caution avant une audience à Londres la semaine prochaine où il apprendra s’il sera poursuivi. La police métropolitaine a conservé le téléphone et d’autres appareils de M. O’Keeffe. L’avocat de M. O’Keeffe  a déclaré que son client avait été interrogé lors de sa détention initiale sans aucune représentation légale, la police ayant déclaré ne pas pouvoir trouver d’avocat. L’article 7 a fait l’objet de critiques répétées, notamment pour son utilisation contre des militants de gauche. Le mois dernier, la police métropolitaine a utilisé la loi pour arrêter un éditeur français, Ernest Moret, alors qu’il arrivait à Londres avant de le détenir lorsqu’il refusait de remettre ses mots de passe. Ernest Moret aurait été arrêté pour son implication dans les manifestations contre la loi sur l’âge de la retraite en France.

Le 17 octobre au petit matin, Morgan Trowland et Marcus Decker avaient grimpé sur une des tours du Queen Elizabeth II Bridge, un pont emprunté par environ 160.000 véhicules par jour à l’est de Londres, afin de demander au gouvernement de mettre fin à l’exploitation des hydrocarbures dans le pays. Le trafic avait dû être interrompu à partir de 04H00 du matin jusqu’au lendemain 21H00. Les deux militants de Just Stop Oil ont été condamnés à trois ans de prison pour l’un, et deux ans et sept mois de prison pour l’autre. Il s’agit de la plus lourde condamnation pour une action pacifique sur le climat au Royaume-Uni. “Vous avez été punis pour le chaos que vous avez causé et pour dissuader d’autres de vous copier”, a déclaré le juge Shane Collery, du tribunal de Southend, dans l’est de l’Angleterre. Il a souligné que l’action avait affecté “plusieurs dizaines de milliers de personnes, dont certaines de manière significative”. Morgan Trowland, 40 ans, a déjà été condamné six fois pour de précédentes manifestations. Marcus Decker, 34 ans, a lui déjà été condamné une fois. Depuis que Just Stop Oil a commencé ses actions, en avril 2022, il y a eu plus de 2.000 arrestations et 138 personnes ont été emprisonnées.

Deux hommes, un ancien militaire et un ex-secouriste, Roman Nasryev et Alexeï Nouriev, qui travaillaient alors dans la Garde Nationale et au ministère des Situations d’urgence, avaient cassé à la mi-octobre, pendant la nuit, une vitre au rez-de-chaussée de la mairie de Bakal, une petite ville de la région de Tcheliabinsk. Ils avaient ensuite jeté plusieurs cocktails Molotov dans ce bâtiment qui abritait un bureau de recensement militaire. Plus de 4 000 dossiers de personnes mobilisées auraient été brûlés dans l’incendie. Les deux hommes (des amis qui jouaient dans le même groupe de rock) ont été condamnés lundi à 19 ans de prison par un tribunal militaire d’Ekaterinbourg (Oural), notamment pour « acte de terrorisme » en bande organisée. Ils n’ont pas nié les faits, mais ont rejeté tout acte de terrorisme en affirmant avoir voulu dénoncer la campagne militaire en Ukraine. «Je voulais seulement montrer que dans notre ville il y a des gens contre la mobilisation et « l’opération militaire spéciale »» en Ukraine, a expliqué Alexeï Nouriev pendant le procès. Des dizaines d’attaques similaires antiguerre, contre des bâtiments publics, ont été signalées en Russie depuis le début de l’offensive en Ukraine, mais les chefs d’inculpation et peines prononcées ont été jusqu’à présent moins sévères. Voir ici les récentes affaires

 

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