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Turquie : Le prisonnier politique Taylan Turunç enfin libéré après sept reports de sa libération

Détenu depuis mars 2016 à la prison de haute sécurité de Tekirdağ, le membre de Partizan et prisonnier politique Taylan Turunç a été libéré le 30 juin, après que sa remise en liberté a été reportée à sept reprises depuis décembre 2023. Les autorités pénitentiaires avaient notamment justifié ces reports par son refus de comparaître devant la commission d’évaluation, le contenu politique de sa correspondance et le fait qu’il aurait contribué au « moral et à la motivation » d’autres détenus. Taylan Turunç a finalement été libéré sans que ses proches en soient informés au préalable.

Allemagne : L’antifa Lina E. écrouée pour avoir refusé de témoigner

Quatre semaines après sa libération conditionnelle, la militante antifasciste Lina E. a été de nouveau incarcérée. La Cour d’appel de Dresde a ordonné jusqu’à six mois de détention après son refus de témoigner dans le deuxième procès « Antifa Ost », qui vise sept militants accusés d’avoir constitué une « organisation criminelle » qui serait responsable de plusieurs actions contre des militants néo-nazis entre 2018 et 2020. Condamnée en 2023 à cinq ans et trois mois de prison, Lina E. invoque le risque d’auto-incrimination, ses avocats soulignant que plusieurs enquêtes la visant pourraient être rouvertes à la faveur de ses déclarations. Par ailleurs, elle a également été condamnée à 750 euros d’amende.

Arrêtée à la sortie de l’audience, Lina E. fait déjà l’objet d’une précédente mesure de détention coercitive de six mois, prononcée après un autre refus de témoigner dans une procédure distincte. Cette première décision, contestée par sa défense, a été confirmée en appel, mais un recours est toujours pendant devant la Cour fédérale de justice allemande, qui doit encore se prononcer sur sa validité. Ses avocats ont également fait appel de cette procédure. À l’annonce de la décision, Lina E. a déclaré que si cette détention était « la pression qu’ils veulent exercer, alors je la supporterai », des propos salués par les applaudissements de ses soutiens présents dans la salle d’audience.

Iran : Confirmation de la peine de 10 ans contre un civil kurde

La Cour d’appel de Téhéran a confirmé la condamnation à 10 ans de prison de Rebwar Marabi, un civil kurde arrêté lors des manifestations de décembre et janvier derniers. Originaire du village de Marab, à Kamyaran, Rebwar Marabi avait été condamné en février par le tribunal de Téhéran pour « rassemblement et collusion dans l’intention de commettre des crimes contre la sécurité nationale ». Chef cuisinier installé à Téhéran depuis plusieurs années, il avait été remis en liberté sous caution dans l’attente de l’examen de son appel.

Turquie : Des provinces interdisent les manifestations avant le sommet de l’OTAN

Les autorités de plusieurs provinces turques, dont Ankara, Karabük, Mersin et Eskişehir, ont annoncé l’interdiction temporaire de toute forme de rassemblement et d’action publique à l’approche du sommet de l’OTAN prévu les 7 et 8 juillet à Ankara. Ces mesures couvrent notamment les manifestations, réunions publiques, sit-in, distributions de tracts et autres activités militantes, pour des périodes allant jusqu’à dix jours selon les régions.

Parallèlement, une manifestation contre une réunion parlementaire de l’OTAN organisée à Dolmabahçe, à Istanbul, a été dispersée. Environ une centaine de personnes ont été arrêtées alors qu’elles tentaient de rejoindre le lieu de la mobilisation. Les rassemblements avaient été interdits par les autorités locales et encadrés par un large déploiement policier, certaines interpellations ayant eu lieu avant même le début de la marche.

USA : Le prisonnier Kevin « Rashid » Johnson transféré et ses soutiens réclament l’accès à ses biens

Membre de la section Prison du New Black African Panther Party, Kevin « Rashid » Johnson a été transféré de Caroline du Sud vers un établissement pénitentiaire de Virginie, où il est désormais privé de l’accès à ses effets personnels et à ses documents juridiques, selon les informations communiquées par son entourage. Cette situation intervient alors qu’il est impliqué dans plusieurs procédures judiciaires en cours et que des échéances de dépôt sont imminentes. L’absence d’accès à ses dossiers et à un dispositif de communication électronique est un obstacle direct pour préparer sa défense et respecter les délais imposés par la justice.

Turquie : Des prisonniers de l’ESP, dont son coprésident, dénoncent des violences lors d’un transfert judiciaire

Plusieurs détenus membres du Parti Socialiste des Opprimés (ESP), dont son coprésident Murat Çepni, ont été victimes de violences de la part de gendarmes lors de leur transfert au tribunal de Silivri. Les incidents sont survenus après le refus des détenus d’être menottés avec des doubles entraves dans le cadre d’une enquête ouverte à la suite d’une grève de la faim menée en soutien à la prisonnière politique Seda Baykan.

USA : 34 personnes arrêtées après la Pride de Chicago

La police de Chicago a annoncé avoir procédé à 34 arrestations, dont cinq mineurs, lors de la Pride et des festivités qui ont suivi dans le quartier de Boystown. Les principaux chefs d’accusation concernent des violences contre des policiers, des faits d’obstruction, des résistances à l’interpellation et des troubles à l’ordre public. Trois personnes sont également poursuivies pour détention d’armes à feu, tandis que deux dossiers restent en cours d’examen.

Royaume-Uni : Le jury délibère dans le procès d’une militante pro-palestinienne

Le jury a entamé ses délibérations dans le procès de Sarah Cotte, une militante pro-palestinienne de 22 ans poursuivie en vertu de la loi britannique sur le terrorisme. Ancienne étudiante à la SOAS (School of Oriental and African Studies), elle est accusée de deux infractions pour un discours prononcé en octobre 2023 sur le droit du peuple palestinien à la résistance armée. Devant le tribunal de l’Old Bailey à Londres, des soutiens se sont rassemblés pour demander l’abandon des poursuites et défendre la liberté de manifester en faveur de la Palestine.

Lors de sa plaidoirie, la défense a soutenu que les propos de Sarah Cotte étaient légaux et relevaient de la liberté d’expression. De leur côté, les organisateurs de la campagne de soutien dénoncent un usage de la législation antiterroriste visant à criminaliser les mobilisations pro-palestiniennes.

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France : Une enquête ouverte après des accusations de violences policières dans un commissariat parisien

Deux hommes interpellés fin mai pour des graffitis à Paris accusent des policiers du commissariat du 10ᵉ arrondissement de les avoir frappés, insultés et, pour l’un d’eux, visé à plusieurs reprises avec un pistolet à impulsion électrique lors de leur arrestation puis durant leur passage au commissariat. L’un des plaignants doit également comparaître en novembre pour outrages et rébellion, des faits qu’il conteste.

Les deux hommes dénoncent aussi des injures homophobes et des mauvais traitements pendant leur rétention. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique avec arme et en réunion » ainsi que pour « injures homophobes ». La préfecture de police et l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) n’ont pas commenté cette affaire révélée par StreetPress.

Royaume-Uni : Un prisonnier pro-palestinien dénonce la détention provisoire et le système carcéral

Depuis la prison de Foston Hall, Jon Cink, l’une des six personnes poursuivies après une action contre la base aérienne de Brize Norton en soutien à la Palestine, livre un témoignage recueilli par FRFI. Il critique la durée de leur détention provisoire, qui pourrait atteindre 18 mois avant leur procès prévu en 2027. Arrêtés après une action consistant à asperger de peinture rouge des avions militaires pour dénoncer le soutien britannique à Israël, les militants contestent les accusations et dénoncent une atteinte au principe de la présomption d’innocence.

En prison, beaucoup de conversations commencent par demander à l’autre personne pourquoi elle est là et pour combien de temps. Pour ma part, je suis incarcéré en raison d’un lien présumé avec une action pro-palestinienne au cours de laquelle deux personnes se sont introduites dans la base de la RAF à Brize Norton et ont aspergé des avions militaires de peinture rouge. Il s’agissait de protester contre la complicité de la RAF dans le génocide des Palestiniens et contre la violence impérialiste à travers l’Asie occidentale.

C’est avec plaisir que je réponds aux questions des autres prisonnières. Je leur explique que mes coaccusés et moi aurons passé 18 mois en détention provisoire au moment où notre affaire passera en jugement, ce qui représente trois fois la limite légale de détention pour des prisonniers non condamnés. Leur réaction va généralement de l’indignation à la confusion. Même au sein d’un système soi-disant judiciaire, dysfonctionnel et truffé de retards, d’attentes et d’audiences reportées, 18 mois, c’est long.

À quelques occasions, pourtant, j’ai entendu des commentaires disant qu’au fond « ce n’est pas si mal », sous-entendant qu’au moins je me sais en sécurité pour le moment et que les mois passés en détention provisoire seront de toute façon déduits de ma peine. Cela m’a mis très mal à l’aise. Je ne suis pas coupable des accusations portées contre moi, je ne veux pas être en prison, et une détention provisoire prolongée bafoue l’un des piliers du droit anglais : le droit d’être traité comme innocent jusqu’à preuve du contraire.

J’ai gardé ce sentiment d’inconfort en moi pendant un certain temps avant de réaliser ce que reflétaient ces réactions plutôt déroutantes. Il m’apparaît clair aujourd’hui qu’elles n’ont pas grand-chose à voir avec une normalisation consciente de la répression politique, et encore moins de mon propre emprisonnement. C’est la prison elle-même qui est devenue normale dans la vie de certaines détenues, s’imposant comme un élément permanent de leur boîte à outils de survie. La prison est un endroit difficile. Être privé de son autonomie use tout le monde. Quelqu’un d’autre choisit ce que vous portez, ce que vous mangez, l’endroit où vous avez le droit d’être et, en fin de compte, qui vous avez le droit d’être.

La prison imprègne tous les aspects de l’être physique et psychologique. Parfois sans même qu’on s’en rende compte. Ce n’est pas un environnement dans lequel la plupart des gens choisiraient de se trouver volontairement. Pourquoi, alors, une proportion importante de la population carcérale actuelle y retourne-t-elle encore et encore ? Qu’est-ce que cela nous dit sur les structures de soutien au sein de notre société ?

Une de mes amies a été libérée récemment. Lorsque nous nous sommes parlé pour la dernière fois avant sa sortie, elle n’était pas très enthousiaste à l’idée de quitter la prévisibilité de la vie carcérale. En tout cas, pas du tout de la manière dont je sais que je l’aurais été. Elle s’était débrouillée pour se faire incarcérer au milieu de l’hiver, après que les choses eurent mal tourné et qu’elle n’eut plus les moyens de se payer une cure de désintoxication. La prison était le seul endroit où elle pouvait décrocher en relative sécurité, car elle n’avait pas de logement stable. Après deux mois ici, elle avait l’air en bien meilleure santé et était déterminée à ne plus toucher à la drogue ni à l’alcool.

Cependant, rester propre à l’extérieur allait être un défi. Les services de probation l’ont assignée à un logement partagé pour le reste de sa période de liberté conditionnelle, un endroit où les substances addictives sont faciles à trouver. Elle allait donc avoir un choix à faire : risquer de retomber dans l’addiction, ou se faire délibérément réincarcérer.

J’ai côtoyé des femmes qui disaient que la prison avait éloigné d’elles leurs bourreaux pour la première fois depuis des années. Un jour, un aumônier qui dirigeait l’office du dimanche a suggéré que la prison nous avait peut-être sauvés de la mort dans la rue lors d’un hiver particulièrement froid. Une autre fois, une détenue a partagé sa joie d’écrire une lettre à sa mère pour la toute première fois de sa vie, après avoir reçu de l’aide en prison pour améliorer sa lecture et son écriture. Pourquoi des adultes ne peuvent-ils accéder à des cours d’alphabétisation qu’en prison ? Il en va de même pour les autres formations, les cours religieux, les stages ou les ateliers.

Et à plus grande échelle, pourquoi la prison est-elle l’un des très rares endroits, si ce n’est le seul, où l’État fournit trois repas par jour (presque jamais adéquats, mais quand même), du chauffage en hiver et des produits d’hygiène gratuits ? Pourquoi certains doivent-ils troquer leur liberté contre un toit ?

Malgré les expériences individuelles de l’incarcération, le soin et la carcéralité ne peuvent pas coexister à un niveau systémique. La logique selon laquelle une même institution peut à la fois punir et protéger est fondamentalement biaisée. Le concept même de prison repose sur une distribution asymétrique du pouvoir, le geôlier ayant toujours un contrôle quasi total sur le détenu. Malgré cela, la prison, en particulier une prison pour femmes, prétend être capable d’apporter un soutien aux personnes vulnérables dans un but ultime de réhabilitation. On part du principe implicite que tout le monde a besoin d’aide pour se remettre sur le « droit chemin » et, par conséquent, on offre aux prisonniers des opportunités qui ne sont pas facilement accessibles à l’extérieur. En d’autres termes, le système pénal instrumentalise l’échec total des services d’aide sociale de proximité pour affirmer sa propre nécessité.

Une de nos sociétés qui compte sur la prison pour masquer temporairement les problèmes causés par les inégalités de richesse et l’effondrement des services sociaux fait défaut à de nombreuses personnes. La logique carcérale les piège dans un cycle sans fin d’incarcération. L’alternative ne réside pas dans de meilleures conditions de détention, des activités plus nombreuses et de meilleure qualité, ou des organisations plus bienveillantes au sein des prisons. Ces choses sont utiles, certes, mais sans logement sûr, sans accès aux soins de santé et aux services de santé mentale dans la communauté (des services qui ne considèrent pas la prison comme leur alliée), sans la construction de communautés fortes et sans la recherche d’un but commun dans la lutte pour une justice réelle, le cycle de l’incarcération se poursuit. Chaque toit au-dessus de la tête de quelqu’un, chaque espace communautaire, ou même une simple amitié, constitue une minuscule brèche dans les murs que le système érige pour nous isoler, nous les prisonniers, du reste de la société.

Le 1er mai, la liberté sous caution a de nouveau été refusée à quatre des accusés de Brize Norton par la Cour pénale centrale. Arrêtés en 2025, peu avant l’interdiction de Palestine Action en vertu de la loi sur le terrorisme (Terrorism Act), ils doivent être jugés en 2027. Le cinquième accusé, Umer Khalid, dont les problèmes de santé mettent de plus en plus sa vie en danger, s’était déjà vu refuser une libération sous caution pour raisons médicales une semaine plus tôt. Le 15 mai, une sixième personne, Lara Downes, a été inculpée dans le cadre de l’action de Brize Norton et placée en détention provisoire à la prison de Bronzefield.

Jon Cink

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