De vastes soulèvements anti-britanniques avaient été écrasés en Irlande au 18e siècle, et l’Irlande avait ensuite été dépeuplée par la famine (un million de mort) et par une émigration massive. En 1905, l’organisation Sinn Féin, indépendantiste, est fondé, tandis que James Connolly jette les bases théoriques et organisationnelles du mouvement socialiste de libération de l’Irlande.

Durant la guerre mondiale, en 1916, les Volontaires de l’Irish Republican Brotherhood (du Sinn Féin) et de l’Irish Citizen Army (de James Connolly) déclenchent l’insurrection de Pâques. Le soulèvement fut limité à Dublin, fit 400 morts et fut écrasé en moins d’une semaine. La férocité de la répression (exécution des meneurs de l’insurrection, des milliers d’arrestations) apporte au Sinn Féin une popularité accrue.

La bibliothèque de Dublin au moment de l’insurrection de Pâques


La même après la répression du soulèvement

En janvier 1918, des Volontaires décidèrent de libérer deux prisonniers, James Duffy de Meenbanad et James Ward de Cloughlass. Ces derniers avaient déserté l’armée britannique mais été arrêté par la gendarmerie à Kincasslagh et ils enfermés dans la caserne locale. Le 4 janvier, quatre membres de la Royal Irish Constabulary (Gendarmerie royale irlandaise), un sergent et trois agents, étaient venu de Derry pour emmener les prisonniers dans le train de l’après-midi.

La gare de Meenbanad était noire d’une foule qui revenait de la foire de Dungloe. Soudainement, quatre volontaires montent à bord et se ruent sur les gendarmes, les boxent, arrachent au sergent son fusil et sa baïonnette et libèrent les prisonniers. Volontaires et prisonniers ont traversés la foule, et se sont engouffrés dans une voiture qui les attendait. Duffy, qui avait prit part à l’insurrection de Pâques en 1916, rejoignit l’armée de libération tandis que Ward émigra en Amérique où il fut tué dans un accident de circulation.

Volontaires de l’armée de libération irlandaise

L’embuscade de la gare de Meenbanad est célébrée comme l’action inaugurale du soulèvement qui allait durer trois ans et déboucher sur les accords de Londres en 1921 qui consacrait la partition de l’Irlande en accordant l’indépendance aux comtés du Sud en laissant les six comtés du Nord sous la domination de la Grande-Bretagne.

La gare de Meenbanad aujourd’hui, désaffectée, elle est devenue un lieu de mémoire


A la gare de Meenbanad en 1968, trois des anciens participants de l’embuscade (de droite à gauche) Dim Bonner, Fergus Ward and Neil Boyle

La bibliothèque de Dublin au moment de l'insurrection de Pâques
La même après la répression du soulèvement
La gare de Meenbanad aujourd'hui, désaffectée, elle est devenue un lieu de mémoire
A la gare de Meenbanad en 1968, trois des anciens participants de l'embuscade (de droite à gauche) Dim Bonner, Fergus Ward and Neil Boyle

Après la défaite du Corps expéditionnaire français en Indochine, les militaires français, à l’instar du colonel Lacheroy élaborent une nouvelle théorie, celle de la « guerre révolutionnaire » ou « guerre subversive »: l’ennemi est au coeur de la population civile, il faut l’identifier et l’éliminer. Cette théorie séduit l’état-major français pendant la guerre d’Algérie et il la met en application pendant la « bataille d’Alger ».

Le 8 janvier 1957, la loi martiale est proclamée à Alger, le général Massu a les pleins pouvoirs. Ses 10.000 parachutistes patrouillent en ville, fouillent à l’entrée des lieux publics. Les quartiers musulmans sont entourés de barbelés; ceux qui y entrent ou en sortent sont fouillés. Le colonel Trinquier fait ficher systématiquement tous les habitants de chaque immeuble, et désigner un responsable de cet îlot. Le responsable doit avertir de tout mouvement, départ ou arrivée. Les arrivants sont systématiquement interrogés pour chercher à détecter des clandestins. Le couvre-feu permet d’arrêter les suspects à domicile, en dehors de toute légalité. Interrogées dans des centres de torture, ces prisonniers « extra-judiciaires » sont ensuite soit exécutés, soit « retournés », soit, dans de rares cas, remis à l’autorité judiciaire puis relâchés pour absence de preuves Les exécutions sont dissimulées d’abord des prétendues tentatives d’évasion, afin de leur donner un aspect légal, puis pratiquées de manière clandestine, les détenus étant jetés à la mer par hélicoptère. Le général Aussaresses, dont l’unité est appelée « l’escadron de la mort » arrête 24.000 personnes en six mois. La torture est massivement utilisée. 3.000 ont disparu

Les méthodes utilisées en Algérie deviennent un modèle de lutte contre les mouvements révolutionnaires. ès la fin des années 1950, les méthodes de la « Bataille d’Alger » sont enseignées à l’École supérieure de guerre de Paris, puis en Argentine, où s’installe une « mission militaire permanente française » constituée d’anciens d’Algérie. Elles sont exportées dès la fin des années 1960 en Argentine, au Brésil, au Centre d’instruction de la guerre dans la jungle de Manaus (où se formaient à la contre-insurrection des officiers brésiliens, mais aussi chiliens, argentins et vénézuéliens) et sur tout le continent américain. Des officiers français participent à la formation, au sein de l’école des Amériques de Panama, de 60.000 officiers des diverses dictatures sud-américaines.

De plus, le général Aussares , ainsi que d’autres gradés, sont accueillis aux États-Unis dès 1961 dans les écoles militaires qui forment les forces spéciales. On retrouve même certains de ces instructeurs à Fort Bragg. Ils auront un rôle majeur dans la conception de l’opération Phoenix lors de la guerre du Vietnam. Ce programme visait à démanteler l’organisation politique civile clandestine de la résistance. Des unités spéciales de 10 ou 20 hommes, commandées par des instructeurs américains, menaient des opérations de renseignements, de capture, de torture et d’assassinat des cadres politiques, des propagandistes et des collecteurs d’impôts. Le nombre de victimes de l’opération Phoenix serait selon les sources, de 20.000 à 40.000 personnes. Lorsqu’en Argentine, en mars 1976, la répression s’abat sur le pays après le coup d’État du général Videla, la plupart des généraux ont été élèves des officiers français. Ces derniers étaient même présents lors du coup d’État comme Servant. Au total, 30.000 personnes jugées « subversives » seront arrêtées, torturées et assassinées entre 1976 et 1982.

1. Apparition et action

Le groupe Rouvikonas (« Rubicon ») a été créé à la fin 2013.
Il appartient à une tradition anarchiste athénienne qui remonte aux années 1970 et a eu pour première base le Vox, un bar squatté situé au coeur du quartier d’Exarchia, plusieurs fois attaqué (par la police, par les fascistes, par les mafias) mais toujours au centre de la scène anarchiste athénienne.
«Au départ, nous étions un collectif de soutien aux prisonniers politiques, on se concentrait avant tout sur les émeutes», raconte l’un des fondateurs. «Mais on a vite pris conscience des limites de cette forme de manifs de masse. On s’est dit qu’il fallait attaquer l’État différemment, avec des frappes plus chirurgicales.» Exemple : l’attaque contre « Tiresias ».

En décembre 2015, au nord d’Athènes, 14 membres de Rouvikonas arrivent casqués sur des motos et dévastent rapidement les bureaux de « Tiresias ». Cette administration recense, dans une immense base de données, la liste des emprunteurs insolvables de façon à les expulser de leur logement et à saisir leurs biens, notamment depuis la récente réforme du code civil accordée par Tsipras à la Troïka. Aucun ordinateur ou imprimante n’aurait échappé aux coups de marteau.

Les bureaux de Tiresias

Profitant du chômage de masse, des conditions de vie misérables et de la casse du droit du travail, les conditions de travail deviennent insupportables en Grèce, le stress quotidien, les cas de harcèlement moral et sexuel se multiplient et les salaires sont parfois payés après trois mois, six mois, voire un an à des personnes qui ont déjà énormément de mal à se loger, à se soigner et à nourrir leur famille. Le nombre des suicides de travailleurs et travailleuses augmente, ainsi que celui des décès directement liés au stress, à la prise de risque ou à la fatigue. Après la mort au travail, d’épuisement, d’une employée au ramassage des ordures de la municipalité de Zografou, dans l’est d’Athènes, Rouvikonas attaque en juillet 2017, à coups de massue et de peinture, la Mairie de Zografou.

La mairie de Zografou

En septembre 2017, le notaire athénien Nikos Papatheou, spécialisé dans la saisies d’appartements appartenant à des grecs qui ne sont plus en mesure de payer leurs taxes d’habitation, sera la cible de Rouvikonas. Il venait de rentrer de la Cour de cassation dans son étude quand six personnes cagoulées y pénètrent et la dévastent, détruisant dossiers et ordinateurs.
Toujours en septembre, le groupe attaque les bureaux de Turkish Airlines en solidarité avec les opposant.e.s persécuté.e.s en Turquie, et particulièrement les enseignant.e.s Nuriye et Semih en grève de la faim.

En novembre 2017, Rouvikonas attaque l’ambassade d’Arabie Saoudite dans la zone de Paleo Psychiko à Athènes. La vidéo de revendication dénonce le régime monarchiste saoudien et la guerre qu’il mène au Yemen, et dénonce l’hypocrisie du gouvernement de Syriza qui d’un côté vote un embargo d’arme et de l’autre en fait le commerce avec ce pays.
Le groupe se développe et rassemble bientôt une soixantaine personnes. Les actions « coup de poing », qui étaient naguère organisées une fois par mois, sont désormais presque hebdomadaires. Ses actions sont souvent filmées et montées sur fond de My Favorite Mutiny (du groupe The Coup), mis en ligne moins d’une heure après les faits.

Rouvikonas s’en est pris à des cabines de péage dans le Péloponnèse, au ministère de la Défense, au palais de justice de Larissa, à l’ambassade d’Espagne, au comptoir d’enregistrement de la compagnie El Al à l’aéroport international Elefthérios-Venizélos, à ceux du FMI et de la Banque centrale européenne, le bureau d’OXFAM, le siège de Novartis, etc. En mars dernier, quelques militants se sont rendus dans la municipalité de Peristeri, jusqu’au siège d’ADMIE, le fournisseur national d’électricité, qui coupait depuis peu les compteurs des foyers en retard de paiement. Ils vont y casser les pare-brise des voitures de l’entreprise et quatre ou cinq fenêtres du bâtiment.

Attaque contre les voitures d’ADMIE

Le 22 avril, des membres du groupe Rouvikonas ont mené une action en plein jour devant l’ambassade et le consulat de France à Athènes. Ils ont notamment aspergé de peinture rouge les façades sur toute leur longueur pour protester contre la répression subie par les grévistes en France, les zadistes, les étudiant.e.s, les migrant.e.s, les solidaires, les précaires, les retraité.e.s, ainsi que pour protester contre les bombardements en Syrie.
En mai ils s’introduissent chez un notaire qui pratique les ventes aux enchères des saisies. Leurs bureaux sont saccagés. Toujours en mai, une trentaine de membres du groupe forcent l’entrée de la radio-télévision grecque ERT pour y faire lire une déclaration.

Rouvikonas forçant l’entrée des studios de l’ERT (archive)

70 militants, membres de trois collectifs (Rouvikonas, Neas Philadelfia et Free Initiative de Thessalonique), envahissent le siège du Conseil d’état dans la banlieue d’Athènes, brisent portes et fenêtres, jettent des bouteilles de peinture sur la façade, détruisent les portiques de sécurité et d’autres choses, et repartent avant l’arrivée de la police. Le Conseil d’État venait d’approuver des mesures d’austérité amputant les pensions et retraites…

Le Conseil d’État

2. Autres activités

Les raids destructeurs ne sont pas la seule activité de Rouvikonas.
Le groupe a réalisé des manifestations (intrusion au Parlement grec) et des occupations spectaculaires, comme celle du grand bâtiment interministériel à Thessalonique, alors que le premier-ministe Tsipras allait s’y rendre pour annoncer une nouvelle série de mesures antisociales (occupation réalisée avec le groupe Initiative libertaire de Thessalonique).

Rouvikonas cherche également des lieux d’hébergement pour les réfugié.e.s au sein des bâtiments abandonnés du centre d’Athènes, et empêche la police et les fascistes d’accéder à ces squats. C’est ainsi qu’en novembre 2016 des affrontements violents ont eu lieu autour de l’avenue Alexandras, entre Exarchia et Ambelokipi. Quelques dizaines de néo-nazis étaient venus, sur le chemin du tribunal, comme à leur habitude, harceler des réfugié.e.s occupant des immeubles abandonnés. Rouvikonas avait préparé un tel comité d’accueil que la police a dû voler à leur secours. Tout le quartier a été noyé de grenades assourdissantes et de gaz lacrymogène à tel point qu’il a fallu évacuer des malades de l’hôpital voisin.

Rouvikonas a utilisé les bénéfices du Vox pour envoyer, à moto, trois de ses membres dans la ville assiégée de Raqqa où ils y ont aidé les Kurdes syriens à chasser l’État islamique de la ville.

Tag à Raqqa : “Rouvikonas, Raqqa, 2017”

Le groupe distribue aussi des médicaments et aide les associations du secteur sanitaire et social à mettre en place des dispensaires pour les malades.

3. Répression et solidarité

Suite à toutes ces actions le collectif Rouvikonas croule sous les procès. En 2015 déjà, sept personnes avaient été arrêtées suite à l’attaque contre « Tiresias ». 17 personnes ont été arrêtées après l’invasion des studios de l’ERT, deux ont été arrêtées et emprisonnées après l’attaque contre l’ambassade de France et un autre après l’attaque contre le notaire.

Ces poursuites s’ajoutent à celles consécutives à des manifestations, occupations, intrusion au Parlement etc. Les membres de Rouvikonas sont écrasés par d’importants frais de justice.
Une large solidarité se développe, passant en France par une récolte de fonds via cette adresse :

https://www.lepotcommun.fr/pot/mjj83sy2

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Rouvikonas: Lutte, répression, résistance

On situe la naissance de Pieter Breughel l’Ancien entre 1525 et 1530, il serait né dans un des deux villages ayant porté le nom de Brueghel (ou Brogel), l’un situé dans le Brabant hollandais, l’autre dans le Limbourg belge. En 1552, il fait un voyage en Italie, poussant jusqu’à Rome et Naples; entre 1555 et 1563, il est établi à Anvers. Il fréquente un cercle d’artistes et d’érudits humanistes mais aussi les milieux populaires ruraux de la Campine proche. Il s’invite aux noces paysannes en se faisant passer pour un parent, apportant des cadeaux et participant à la fête. Dans ses tableaux dominés par la vie populaire, le peintre montre des paysans tels qu’ils sont dans leurs activités et divertissements. Pour la première fois dans l’histoire de la peinture, la classe rurale est humanisée.

La danse de la mariée

C’est en 1562, qu’il s’installe à Bruxelles dans le quartier des Marolles. En 1564 naît le premier de ses fils, Pieter Breughel le Jeune, dit Breughel d’Enfer. La situation politique et religieuse se dégrade. La naissance de Charles-Quint a mis sous la tutelle espagnole les riches 17 provinces formant alors les Pays-bas (soit les Pays-Bas actuels et la Belgique, moins la principauté de Liège, plus le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie). Le carcan de la monarchie espagnole, ultra-réactionnaire, féodale, était pesante pour des Pays-Bas qui avaient une des activités industrielles et marchandes les plus développées au monde. L’imbrication du trône, des grands féodaux et de l’église catholique fit que la bourgeoisie et les milieux populaires trouvèrent dans le protestantisme une expression idéologique adéquate à leur position antagonique. Les empiétements des Espagnols sur les vieilles libertés conquises du temps des Bourguignons provoquèrent des mécontentements, puis des troubles.

Autoportrait de Breughel

Si Charles-Quint, né à Gand, parlant flamand, connaissait et aimait les Pays-Bas, son fils Philippe II, n’y voyait que terre d’hérésie et de rébellion. Philippe II nomme le duc d’Albe vice-roi des Pays-Bas, l’investi d’un pouvoir absolu pour supprimer les libertés, faire tomber les têtes, remplacer les fonctionnaires locaux, annuler les droits des États. En 1567, année de la naissance du deuxième fils de Breughel, Jan Brueghel l’Ancien, dit Breughel de Velours, Albe son entrée dans Bruxelles à la tête de 17.000 soldats espagnols. Il établit et préside, sous le titre de Conseil des troubles, un tribunal tellement sévère qu’on ne le désigne plus que sous le nom de Conseil de sang.

L’année suivante Philippe II ordonne l’exécution des comtes d’Egmont et de Hornes. Ils avaient pris la tête de centaines de nobles qui, à Bruxelles, avaient signé une protestation contre les empiétements du pouvoir espagnol sur des chartes et libertés. Ils s’étaient décerné le titre de « gueux », par défi à l’égard du conseiller de la régente, qui les avait ainsi qualifiés avec mépris. Ils seront décapités sur la Grand-Place le 5 juin 1568. C’est le point de départ de la guerre de Quatre-Vingts Ans. Les soldats et mercenaires espagnols vivent sur le pays, multipliant les exactions tandis que, bataille après bataille, les armées dévastent villes et campagnes.

Breughel, né dans un pays prospère et pacifique, meurt en 1569 dans un pays dévasté par la guerre, pillé par les mercenaires espagnols, terrorisé par l’Inquisition. Et s’il semble s’être bien gardé de se positionner ouvertement contre l’autorité espagnole (en fait, le gouverneur de Bruxelles était son mécène et son protecteur), sa peinture fustige, pour qui sait la lire, l’oppression espagnole. C’était l’usage de peindre les scènes bibliques et antiques avec les costumes contemporains. Mais Breughel va plus loin : Le Dénombrement de Bethléem (1566) est une critique à peine voilée des contraintes administratives imposées par le pouvoir espagnol (on y voit même un Espagnol, représenté avec un grand chapeau, voler des légumes). Dans le Portement de croix (1565) Marie pleure au pied de la roue où l’on mettait à mort les condamnés en leur rompant les os et la Prédication de Saint Jean-Baptiste (1566) évoque les prêcheurs itinérants protestants, réunissant les paysans dans la forêt.

Le Dénombrement de Bethléem

L’œuvre gravée de Breughel l’Ancien est importante. Il dessine des planches satiriques comme Les gros poissons mangent les petits. En 1557 sort la série des Sept Péchés capitaux suivie en 1558 des Sept Vertus – dont la Justice. La liste des sept péchés capitaux, influencée par Thomas d’Aquin, est assez connue : l’orgueil, l’avarice, l’envie, la colère, la luxure, la gourmandise et la paresse. Les péchés capitaux sont des péchés de « tête » (capita), ils ne sont pas plus graves que d’autres, mais susceptibles d’en entraîner d’autres. Pour équilibrer, il existe sept vertus catholiques (chasteté, tempérance, prodigalité, charité, modestie, courage et humilité) et aussi les vertus théologales (d’origine divine), que sont la foi, l’espérance et la charité, sont complétées par les vertus cardinales (d’origine humaine), que sont la justice, la prudence, la tempérance et la force d’âme.

Comme à son habitude, Breughel illustre péchés capitaux et vertus cardinales par des scènes de la vie réelle : la Foi est l’accomplissement des cérémonies de l’Église, l’Espérance soutient le naufragé et console le prisonnier, la Charité habille les nus et nourrit les affamés, etc. Mais lorsqu’il en vient à la justice, il change de registre et s’il représente au milieu de l’image l’allégorie habituelle de la justice : une femme aux yeux bandés (impartialité) tenant la balance du jugement et le glaive de la sanction, il la place au centre de tout l’appareil barbare de l’organisation judiciaire son temps : la torture par l’eau et le feu, l’estrapade, la roue, le gibet, le bûcher, la hart (corde d’étranglement) et le glaive. Sous prétexte d’illustrer une vertu, Breughel grave un terrible réquisitoire contre un appareil qui broie et martyrise les hommes.

Quelques détails:



La danse de la mariée
Autoportrait de Breughel
Le Dénombrement de Bethléem
« La Justice » de Breughel l’Ancien
« La Justice » de Breughel l’Ancien
« La Justice » de Breughel l’Ancien
« La Justice » de Breughel l’Ancien
« La Justice » de Breughel l’Ancien