Dans une déclaration publiée par Prison Radio et adressée au Rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Mumia Abu-Jamal, ancien journaliste africain-américain de 71 ans incarcéré depuis 45 ans aux États-Unis, revient sur les 29 années passées dans le couloir de la mort en Pennsylvanie avant la commutation de sa peine en perpétuité incompressible. Il décrit un régime d’isolement extrême (jusqu’à 23 heures par jour en cellule et sans contact physique avec ses proches) visant, selon lui, à « déshumaniser les condamnés » et à « faire perdre espoir » pour les rendre « plus facilement exécutables ».
Six membres d’une délégation internationale composée d’avocats, journalistes et d’activistes ont été interpellés le 19 février 2026 en Turquie, puis conduits vers les services de gestion migratoire en vue d’une expulsion, après une visite auprès du Halkın Hukuk Bürosu (People’s Law Office). Arrivés le 18 février pour observer les nouveaux modèles de prisons dites « de type puits » (S, R, Y et haute sécurité), dénoncées pour leurs conditions d’isolement extrême, les délégués (dont l’avocate de prisonniers politiques espagnols Alejandra Matamoros ainsi qu’un membre de la revue Supernova/Front Anti-Impérialiste) faisaient une mission d’observation. Le bureau international du People’s Law Office dénonce une violation de la liberté d’expression et du droit de contrôle des conditions de détention, exige la libération immédiate des personnes arrêtées et l’abandon des procédures d’expulsion.
Face à la surincarcération carcérale, avec plus de 600 détenus dormant à même le sol (voir notre article), le ministre de la Défense Theo Francken n’exclut pas le recours temporaire à l’armée pour soutenir le personnel pénitentiaire. La directrice générale de l’administration pénitentiaire, Mathilde Steenbergen, avait alerté sur la situation critique. Francken promet de consulter la ministre de la Justice Annelies Verlinden, tout en soulignant que la Défense est déjà très sollicitée.
Au 16 février 2026, la surincarcération carcérale en Belgique s’aggrave avec 609 détenus contraints de dormir à même le sol, soit 43 de plus qu’une semaine auparavant. La situation touche principalement la Flandre (322 cas répartis dans dix établissements), notamment à Anvers, Gand et Hasselt, tandis que 181 personnes sont concernées en Wallonie, surtout à Mons, Marche-en-Famenne et Leuze-en-Hainaut. À Bruxelles, la prison de Haren compte à elle seule 104 détenus dormant par terre.
Le 15 février, l’avocate des prisonniers politiques antifascistes des GRAPO María José Baños et Marcos Martín Ponce s’est vu refuser l’accès au Centro Penitenciario Murcia II, où elle souhaitait rencontrer sa cliente, récemment hospitalisée. Malgré la présentation d’une demande urgente liée à l’état de santé de la détenue, la direction de l’établissement aurait invoqué l’absence d’horaires de visite et sollicité l’intervention de la Guardia Civil, qui a procédé à l’identification de l’avocate et l’aurait menacée de poursuites. Les soutiens des détenus dénoncent une violation grave des droits de la défense et du règlement pénitentiaire.
Le samedi 14 février, plus de 130 personnes se sont réunies à l’Université Toulouse Jean Jaurès pour une discussion autour de l’abolition de la prison et du système pénal en lien avec la construction de perspectives révolutionnaires avec la sociologue et militante Gwenola Ricordeau à l’occasion de la sortie de son livre « Tant qu’il y aura des prisons ». La soirée a débuté par un hommage à Frédéric Grochain, détenu Kanak déporté en France après le soulèvement populaire de mai 2024 en Kanaky, décédé le 6 février dernier à la prison de Varennes-le-Franc. Les participant·es ont exprimé leur solidarité avec sa famille, ses proches et ses camarades, notamment en participant à une caisse de soutien pour financer ses obsèques (voir ici).
La soirée a permis de poursuivre la discussion initiée lors de l’ACAB Party organisée en décembre dernier à la Chapelle par le Secours Rouge Toulouse, interrompue par l’interdiction du maire Jean-Luc Moudenc (voir notre article). Gwenola Ricordeau a abordé les slogans abolitionnistes et la critique des catégories traditionnelles de « crimes » et « criminels », dans une réflexion sur la manière de transformer l’intuition que la prison n’est pas la solution en une critique structurée et révolutionnaire du système pénal. Par ailleurs, elle est revenue sur la nécessité de construire un féminisme anticarcéral et de lier la remise en cause de la prison à la lutte contre le colonialisme et l’impérialisme.
Le gouvernement suédois propose d’abaisser l’âge de la responsabilité pénale de 15 à 13 ans pour les crimes les plus graves (meurtre, viol aggravé, enlèvement, infractions liées aux armes). La réforme, soutenue par le ministre de la Justice Gunnar Strömmer, pourrait entrer en vigueur le 1er juillet 2026 pour une période de cinq ans, avec des peines réduites pour les 13-14 ans mais la possibilité d’un placement en détention, notamment dans la prison de Kumla. Le projet prévoit aussi un durcissement des peines pour les 15-20 ans.
Une manifestation est annoncée le 22 février à 16h, Place de la Providence, à Marseille, pour dénoncer les conditions d’enfermement et les projets d’extension de la Prison des Baumettes ainsi que la nouvelle structure de haute sécurité du Centre pénitentiaire d’Aix-Luynes. Les organisateurs entendent aussi protester contre les rafles, le harcèlement policier dans les quartiers populaires et l’isolement des détenus, tout en affirmant leur solidarité avec les prisonniers et leurs proches confrontés aux conséquences sociales et humaines de l’incarcération.
Face à la surincarcération, la ministre de la Justice Annelies Verlinden étudie la création d’une prison flottante pouvant accueillir environ 300 à 350 détenus, potentiellement opérationnelle dès l’été 2026. Inspiré d’expériences néerlandaises et d’un ancien ponton utilisé à Gand pour des migrants, le projet reste toutefois complexe pouvant entrainer d’éventuelles adaptations législatives.
Le mercredi 11 février à 19h, le film de Lise Baron, Dans nos prisons, histoire d’une lutte (52’), sera projeté au Chat Noir à Toulouse (270 avenue de Muret). Le documentaire retrace les mobilisations des années 1970, quand détenues, familles et militants, dont le Groupe d’information sur les prisons, ont mené mutineries et actions collectives pour dénoncer les conditions de détention inhumaines. Ces luttes ont permis de mettre en lumière la « question carcérale », un enjeu toujours d’actualité dans le débat sur la justice et les droits des prisonniers.