Plus les jours passent depuis la publication de l’enquête sur le Projet Pegasus, et plus la liste des victimes s’allonge. Le consortium mené par l’organisation Fordidden Stories a notamment pu mettre la main sur une liste comprenant pas moins de 50 000 smartphones infectés par Pegasus. Amnesty International vient de mettre en place un outil vous permettant de vérifier si votre smartphone a été infecté ou non par le logiciel espion. Celui-ci est disponible ici. La vérification peut être assez longue et fastidieuse car l’outil cherche à vérifier en détail chacun de vos fichiers pour voir si Pegasus s’y trouve. Pour l’heure, il s’agit du seul moyen de vérifier si l’on a été contaminé ou non par ce malware. La liste des victimes ne sera en effet jamais rendue publique. De plus, de nombreuses révélations peuvent encore avoir lieu, tandis que les chercheurs s’appliquent toujours à disséquer Pegasus pour en déceler les secrets.
Le gouvernement souhaite obliger les services de communication comme WhatsApp, Facebook Messenger ou Telegram à conserver les métadonnées des utilisateurs. Le contenu des communications n’est pas concerné, mais bien les données relatives à qui communique avec qui, quand et où. Actuellement, le cryptage des données est autorisé « pour garantir la confidentialité des communications et la sécurité des paiements ». Le nouveau projet de loi confirme cet élément, mais prévoit aussi que le cryptage ne soit pas un frein pour conserver les données d’identification des opérateurs, de localisation et de trafic.
La nouvelle législation vise à réagir à l’annulation de la rétention des données par la Cour européenne de justice (voir notre article). Le projet a déjà reçu une première approbation du gouvernement fédéral. Une nouvelle série d’avis est attendue, après quoi le projet de loi sera à nouveau soumis au gouvernement, puis au Parlement. Le gouvernement prévoit de finaliser la loi à l’automne.
Un dispositif de lasso éjectable est en test dans la police américaine. Dans un petit boîtier, le BolaWrap se déclenche dans une explosion assourdissante, pour provoquer un effet de surprise, et éjecte un câble de kevlar à plus de 150 mètre/seconde, sur une distance de 3 à 6 mètres. Surnommé “menottes à distance” il aurait le double avantage de maîtriser un individu éloigné tout en évitant de le blesser. À Seattle notamment, le BolaWrap a obtenu le feu vert des autorités pour un programme pilote de tests sur le terrain. Certaines incertitudes demeurent : Le BolaWrap ne prend en effet pas en compte les blessures potentielles occasionnées par la chute du suspect une fois attaché. De plus, si un faisceau laser permet de viser la partie du corps à ligoter, il suffirait que ce dispositif atteigne la tête ou la gorge pour provoquer d’importantes lésions.
Les dirigeants d’Europol, du FBI, de la police australienne ont révélé les dessous d’une opération baptisée « Trojan Shield ». Ces services ont spéculé sur le fait qu’après le démantèlement en juillet 2020 de la plateforme de communication chiffrée EncroChat (voir notre article) et le blocage des communications par Sky ECC, les opérateurs d’activités illicites allaient chercher un nouvel outil. Une application de messagerie et de voix sur IP chiffrée (comme Signal ou Telegram) fonctionnant sur des téléphones personnalisés a donc été secrètement conçue par la police australienne et opérée par le FBI. Ces smartphones spéciaux étaient vendus environ 2000 dollars au marché noir avec seulement trois fonctionnalités : envoyer des messages, faire des vidéos et brouiller la voix.
Le smartphone a été poussé de façon assez subtile avec des « criminels influenceurs » pour paraitre crédible. Le service de messagerie était déguisé en application de calculatrice et il suffisait de taper un code pour y accéder. Dénommé Anom, ce service a été utilisé sur plus de 12 000 appareils appartenant à au moins 300 réseaux jugés criminels dans plus de 100 pays. Plus de 27 millions de messages ont ainsi pu être analysés en dix mois, avant que les forces de police passent à l’action dans 16 pays. Cette opération a débouché sur plus de 800 arrestations et la saisie de plus de 8 tonnes de cocaïne, 22 tonnes de cannabis, 8 tonnes d’amphétamine et méthamphétamine, 250 armes à feu, 55 véhicules de luxe et plus de 48 millions de dollars en devises et crypto-monnaies.
Un groupe d’ONG, a annoncé avoir saisi les autorités de protection de données de 5 pays Européens (Royaume-Uni, Italie, France, Grèce, Autriche) ce jeudi contre la start-up américaine Clearview AI (précédents articles), qui a constitué une immense base de données de visages (Plus de 3 milliards d’images en 2020) sur base de photos téléchargées automatiquement depuis les réseaux sociaux, des blogs personnels, des sites d’entreprise, etc. Clearview agit hors de tout cadre légal mais met pourtant à disposition des services de police et des institutions financières un service qui leur permet de rechercher des correspondances dans cette immense base de données.
Clearview avait suspendu il y a quelques mois son service au Canada, alors que l’autorité locale de protection des données l’accusait d’exercer une surveillance de masse illégale.
Depuis le 28 avril, la Colombie est secouée par d’importantes manifestations contre le gouvernement, marquées par une sévère répression policière. Au moins 42 personnes ont été tuées depuis cette date, probablement 51. Depuis début mai, la police colombienne a utilisé des lance-grenades Venom à plusieurs reprises pour réprimer des manifestations, dans différentes villes du pays. Plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent que cette arme a été employée de façon dangereuse par les forces de l’ordre, en tir tendu à courte distance, et non en tir parabolique prévu. Le Venom est fabriqué par Combined Systems Inc. (CSI), une entreprise américaine qui fournit notamment Israël. Il est composé de trois compartiments, plus ou moins inclinés, pouvant contenir dix grenades chacun. Elles sont de deux types : grenades fumigènes/lacrymogènes ou assourdissantes qui éclatent en sous-munitions dans l’air. Une grenade de Venom serait à l’origine du décès d’un jeune manifestant tué à Popayán le 14 mai.
L’entreprise française Idemia spécialisée dans l’identité numérique et Interpol vont collaborer pour la mise en place d’un nouveau système « multi-biométrique » baptisé MBIS. MBIS sera une sorte de moteur de recherche biométrique dédié aux fonctionnaires de police des 194 Etats membre d’Interpol. Chaque jour, jusqu’à un million de recherches d’empreintes digitales, palmaires et de reconnaissance faciale pourront être effectuées et ainsi identifier les potentiels suspects grâce à des comparaisons. MBIS facilitera également le travail des policiers grâce au stockage de photos de preuves et des renseignements sur les liens entre une affaire en cours et une personne ou entre plusieurs affaires. Il inclut aussi un ensemble d’outils d’amélioration et de traitement photo et vidéo. Il permet par exemple le traitement des minuties, qui désignent les particularités des sillons de la pulpe des mains.
Idemia et Interpol collaborent depuis 20 ans. Le premier contrat remonte à l’année 2000. Il avait pour objectif de faciliter la coopération entre les forces de police nationales grâce à un système automatisé d’identification biométrique. Il offrait une base de données commune d’empreintes digitales de suspects dans des affaires criminelles. Puis, en 2016, Interpol s’est équipé d’un logiciel de reconnaissance faciale. L’entreprise implantée à Courbevoie travaille également avec l’Union européenne. Il a été choisi, aux côtés de Sopra Steria, pour mettre en place une base de données biométriques dédiée au contrôle des frontières de l’espace Schengen.
Nous y avions consacré un article la semaine passée : Moxie Marlinspike, développeur de Signal a démontré il y a quelques jours qu’il était d’une facilité déconcertante de pirater les terminaux Cellebrite, utilisés par les polices du monde entier pour scanner les smartphones de « suspects », pour peu que ceux-ci soient déverrouillés.
Suite à ce hack, Cellebrite annonçait hier que l’un des deux engins proposés aux forces de l’ordre (Physical Analyzer, l’autre étant l’UFED) ne supporterait plus le scan des iphones. Le même jour un avocat du Maryland aux USA demandait la révision de la condamnation de son client : « Par essence, la sécurité interne des appareils Cellebrite est si faible que n’importe quel appareil examiné peut à son tour corrompre le terminal Cellebrite et affecter tous les rapports passés et futurs. Les vulnérabilités pourraient donner des arguments aux avocats afin de contester l’intégrité des rapports légaux générés par le programme Cellebrite ».
Côté Signal, et sans lien avec ce premier sujet, l’application de messagerie a publié pour la seconde fois de son existence une demande légale de données faite par la justice américaine, à laquelle les seules données ayant pû être fournies sont la date de création du compte et la date du dernier message, c’est à dire les seules données que Signal possède sur n’importe lequel de ses utilisateurs. La demande ainsi que la réponse de Signal peuvent être consultés ici.
Ce qu’un policier pourrait lire la prochaine fois qu’il scanne un téléphone.
Le 10 décembre dernier, l’entreprise israélienne Cellebrite annonçait avoir cassé la sécurité de l’application de communication chiffrée Signal. En fait, Cellebrite n’a rien cassé, leur outil permet aux policiers de télécharger et gérer les données de Signal (et de n’importe quelle application), depuis un téléphone dont ils auraient déjà le mot de passe, ou qui serait déverrouillé. Le matériel Cellebrite est utilisé par de nombreuses polices, il équipe d’ailleurs 500 commissariats en France.
Dans un billet publié sur le blog de Signal hier soir, Moxie Marlinspike (fondateur et développeur de Signal) explique être entré en possession d’un kit Cellebrite habituellement réservé aux forces de police et y avoir trouvé une bonne quantités d’énormes vulnérabilités. A commencer par le fonctionnement le plus basique du logiciel de Cellebrite : siphonner des données indiscriminées venues d’un engin inconnu.
« Il est possible d’éxécuter du code arbitraire sur la machine Cellebrite, tout simplement en incluant un fichier spécialement formaté mais par ailleurs inoffensif dans n’importe quelle application d’un appareil qui sera ensuite branché dans Cellebrite et scanné. Il n’y a virtuellement aucune limite au code qui peut ainsi être exécuté (…) il peut modifier non seulement le rapport généré par Cellebrite, mais également tous les rapports passés et futurs de tous les scans qui ont eu lieu et qui auront lieu sur l’engin de façon arbitraire (en insérant ou supprimant du texte, des e-mails, photos, contacts, fichiers, etc.) sans laisser aucune trace de cette altération. Cela pourrait même être fait de façon aléatoire et remettrait alors sérieusement l’intégrité des données fournies par Cellebrite. (…) Jusqu’à ce que Cellebrite ait réparé toutes les vulnérabilités de son logiciel, le seul remêde qu’aient ses clients est de ne rien scanner. » Plusieurs autres vulnérabilités ont été trouvées, et deux DLL d’Apple probablement utilisées sans licence d’utilisation pour extraire les données des iphones.
Dans le dernier paragraphe du billet, Signal sous-entend très lourdement que de tels fichiers piégés seront intégrés dans l’application de façon aléatoire pour certains utilisateurs dans le futur.
Il y a quelques jours, la Commission européenne s’est réunie dans le cadre du projet de réglementation visant à définir une approche européenne de l’intelligence artificielle. L’exécutif européen propose d’interdire les technologies d’IA destinée à “une surveillance indiscriminée appliquée de manière généralisée à toutes les personnes physiques sans différenciation”. Un texte préliminaire, qui devrait être présenté la semaine prochaine, précise qu’il est principalement question de rendre illégales les technologies visant à “la surveillance et le suivi des personnes physiques dans des environnements numériques ou physiques, ainsi que l’agrégation et l’analyse automatisées des données personnelles provenant de diverses sources”.
La Commission prévoit également l’interdiction des technologies d’IA susceptibles d’aller à l’encontre des droits de l’Homme, et notamment les IA prédictives, capables de cibler des minorités. Si le texte est adopté, la violation de ces interdictions pourrait coûter aux entreprises 4% de leur chiffre d’affaires annuel mondial. Cependant, cette interdiction ne s’appliquerait pas aux gouvernements et aux autorités publiques européennes qui pourraient utiliser l’IA “afin de préserver la sécurité publique”…
Il y a quelques jours, la Commission européenne s’est réunie dans le cadre du projet de réglementation visant à définir une approche européenne de l’intelligence artificielle. L’exécutif européen propose d’interdire les technologies d’IA destinée à “une surveillance indiscriminée appliquée de manière généralisée à toutes les personnes physiques sans différenciation”. Un texte préliminaire, qui devrait être présenté la semaine prochaine, précise qu’il est principalement question de rendre illégales les technologies visant à “la surveillance et le suivi des personnes physiques dans des environnements numériques ou physiques, ainsi que l’agrégation et l’analyse automatisées des données personnelles provenant de diverses sources”.
La Commission prévoit également l’interdiction des technologies d’IA susceptibles d’aller à l’encontre des droits de l’Homme, et notamment les IA prédictives, capables de cibler des minorités. Si le texte est adopté, la violation de ces interdictions pourrait coûter aux entreprises 4% de leur chiffre d’affaires annuel mondial. Cependant, cette interdiction ne s’appliquerait pas aux gouvernements et aux autorités publiques européennes qui pourraient utiliser l’IA “afin de préserver la sécurité publique”...