À Toulouse, samedi 21 février, la communauté kurde et des militants internationalistes se sont rassemblés à la sortie du métro Jean Jaurès pour soutenir la résistance au Rojava et au Rojhelat. Des drapeaux du Kurdistan, des YPG/YPJ et d’autres symboles de défense du Rojava ont été déployés, accompagnés d’une banderole proclamant « Solidarité révolutionnaire avec le Rojava » et des messages de soutien au Parti socialiste des opprimé·es (ESP) de Turquie face à la vague d’emprisonnement de plus de 80 de ses membres. Par ailleurs, le Secours Rouge Toulouse a souligné sa solidarité suite à l’arrestation et l’expulsion d’une délégation internationale venue observer les conditions de détention inhumaines pratiquées dans les prisons de dites de « type puits » (voir notre article).

En Iran, le prisonnier politique kurde Mehrab Abdollahzadeh, arrêté lors des manifestations de 2022 « Femme, Vie, Liberté », risque une exécution imminente. Condamné à mort pour « propagation de la corruption sur terre » après son implication présumée dans le meurtre d’un membre du Basij, la force paramilitaire chargée de réprimer les opposants au régime, sa demande de nouveau procès a été rejetée et l’exécution n’a pas été suspendue. Son avocat dénonce de graves irrégularités : arrestation sur son lieu de travail, 38 jours de torture, absence de défense efficace, procès expéditif et condamnation prononcée sans preuves tangibles. Mehrab, né le 15 mars 1998, a toujours nié toute implication dans le meurtre.

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Au moins 37 mineurs kurdes, âgés de 15 à 17 ans, ont été arrêtés en janvier dans la province de Şırnak lors de manifestations de soutien au Rojava contre l’offensive menée dans le nord et l’est de la Syrie, puis pour douze d’entre eux transférés à la prison fermée pour mineurs de Hatay, à près de 700 km de leur famille. Selon une plainte déposée au Parlement par la députée Newroz Uysal Aslan de l’organisation de gauche pro-kurde DEM Parti, les adolescents dénoncent des violences lors des arrestations, des signatures forcées de documents, des transferts dans des conditions dégradantes, ainsi que des fouilles à nu, des coupes de cheveux imposées et des humiliations en détention. La parlementaire a saisi la Commission d’enquête sur les droits de l’homme afin d’obtenir une investigation indépendante sur ces accusations de torture et de mauvais traitements.

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Besra Erol est la mère d’Evrim Deniz Erol, l’une des 33 victimes de l’attentat de Suruç. Menée par Daesh le 20 juillet 2015, cette attaque visait un rassemblement de la Fédération des associations de jeunes socialistes (SGDF) dans le jardin du centre culturel Amara (voir notre déclaration). Elle a été libérée après avoir été emprisonnée depuis 2019 pour un discours prononcé sur la tombe de son enfant. Sa libération avait été à plusieurs reprises retardée malgré de graves problèmes de santé. Les proches des victimes affirment poursuivre leur lutte pour honorer la mémoire des 33 martyrs de ce massacre.

En Iran, la répression visant la population kurde se poursuit avec l’arrestation de 11 femmes engagées dans les mobilisations en Rojhilat (Kurdistan oriental). Parmi elles, Melîka Kawendî (38 ans), figure des manifestations « Jin, Jiyan, Azadî » (Femme, Vie, Liberté), et sa sœur Sara Kawendî (47 ans) ont été interpellées à leur domicile puis transférées à la prison de Kiçowî à Karaj. À Ilam, sept autres femmes ont été arrêtées et incarcérées, dont Ayda Aramsh, blessée lors de son arrestation. Une mineure de 16 ans, originaire de Kermanshah, reste portée disparue après son interpellation. Par ailleurs, l’écologiste Tahîre Suleymanî a été transférée à la prison de Kermanshah pour purger une peine de trois mois et dix jours pour « propagande contre l’État ».

Vendredi 6 février à Mainz, une mobilisation de soutien au Rojava n’a pas pu se transformer en manifestation, la police ayant interdit la présence de drapeaux YPG, ce qui a contraint les organisateurs à faire qu’un rassemblement statique. Les organisateurs ont dénoncé une décision « arbitraire et provocatrice », rappelant qu’aucune interdiction légale générale ne vise ces symboles en Allemagne. Face à l’exigence policière de retirer les drapeaux pour autoriser la marche, les manifestants ont choisi de maintenir le rassemblement sur place, brandissant leurs drapeaux et critiquant cette décision. L’action s’est conclue par des slogans de soutien aux forces kurdes et l’annonce d’une nouvelle mobilisation de solidarité prévue le lendemain à Mannheim.

Hacı Haykır, arrêté en 1994 à Cizîr (Cizre) et condamné à la réclusion à perpétuité par le tribunal de sécurité d’État d’Erzurum, a été libéré le 6 février 2026 de la prison de haute sécurité de Burdur après 32 années d’incarcération. Au cours de sa détention, il avait été transféré dans plusieurs établissements, dont Ordu, Trabzon, Amed, Midyad, Şirnex, Trakya, Erzurum et Sêrt. Sa libération, initialement prévue pour le 6 juin 2025, avait été retardée de huit mois par l’administration pénitentiaire pour un prétendu manquement à la déclaration de « neutralité ». À sa sortie, Haykır a été accueilli par sa famille.

Dans le cadre d’une offensive répressive ciblant le Parti Socialiste des Opprimés (ESP), la Fédération des Associations de Jeunesses Socialistes (SGDF), le Conseil des Femmes Socialistes (SKM), le média ETHA et diverses structures politiques et syndicales de gauche, une centaine de militants ont été interpellés le 3 février lors de perquisitions menées dans 22 villes de Turquie et du Bakur, sous l’accusation d’« appartenance à une organisation interdite et de propagande organisationnelle », en l’occurrence le Parti Communiste Marxiste-Léniniste (MLKP). Lors de plusieurs audiences les 5 et 6 février, 77 d’entre eux ont été placés en détention, tandis que d’autres ont bénéficié de mesures de contrôle judiciaire. Parmi les personnes emprisonnées figurent Berfin Polat (co-présidente de la SGDF), Murat Çepni (co-président de l’ESP) et Tanya Kara (porte-parole du SKM). Lors de son procès, Murat Çepni a déclaré : « Vous pouvez prendre en otage les membres de l’ESP avec des dossiers montés de toutes pièces, mais vous ne ferez jamais capituler son idéologie et sa politique. La lutte du peuple pour la liberté et le socialisme continuera, et l’ESP restera au cœur du combat. Il n’y a ni pessimisme, ni résignation ! »

Ces arrestations ciblent des militants pour leur engagement en faveur du Rojava, de la révolution socialiste, des droits des travailleurs et de la lutte pour l’émancipation des femmes, ainsi que pour la diffusion d’idées socialistes. Le procès et les interrogatoires reposent sur des témoignages d’« informateurs » et incluent des pièces à conviction, telles que des livres de Mahir Çayan, Che Guevara ou le Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels, qualifiés de « preuves d’activité criminelle ». Les militants détenus et leurs avocats dénoncent des procès politiques et appellent à la solidarité, alors que les initiatives de soutien se multiplient en Turquie et dans plusieurs pays européens.

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Le 20 janvier, la journaliste Nujan Mala Hassan a été blessée par des tirs à balles réelles de soldats turcs alors qu’elle couvrait des manifestations pour le Rojava le long de la frontière syro-turque, dans le cadre d’une escalade répressive ciblant manifestants et journalistes. Alors que les forces turques utilisaient initialement canons à eau et gaz lacrymogènes, elles ont ouvert le feu directement sur la foule sans sommation, touchant Hassan à l’abdomen puis à la jambe, ainsi que plusieurs civils. L’incident est une violation du droit international humanitaire et une attaque délibérée contre la liberté d’informer, soulevant de sérieuses questions sur l’impunité des forces militaires et la protection des journalistes dans les zones de conflit.

Le club de football Amedspor, basé à Diyarbakir et figure majeure du football kurde en Turquie, a été sanctionné par la Fédération turque de football pour « propagande idéologique » après la diffusion d’une vidéo sur ses réseaux sociaux reprenant le slogan kurde « Jin, jiyan, azadi » (« Femmes, vie, liberté »). La séquence, publiée en réaction à des images montrant un soldat syrien se vantant d’avoir coupé les cheveux d’une combattante kurde, a valu au club une amende de 802 500 livres turques et une suspension de quinze jours à son président. La décision, contestée par Amedspor, intervient alors que le club est leader de la deuxième division et en lice pour une montée historique en première division.

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