Le rappeur libanais Jaafar Touffar a été arrêté le 12 mars par les renseignements militaires après avoir publié une vidéo critiquant le président et le Premier ministre pour leur attitude jugée conciliante envers les États-Unis et Israël dans le contexte de l’agression militaire israélienne du Liban. Convoqué par téléphone sans explication officielle, l’artiste s’est présenté à une caserne où il a été placé en détention. Connu depuis 2008 pour un rap mêlant folklore libanais et messages politiques, notamment en soutien à Georges Abdallah, il dénonçait dans sa vidéo la passivité du gouvernement face au conflit. Une coalition d’organisations de défense de la liberté d’expression a condamné l’arrestation, soulignant qu’il s’agit d’une atteinte aux droits fondamentaux et d’un usage abusif de la justice militaire contre des civils. Un autre critique du gouvernement, l’influenceur pro-résistance Ali Berro, a également été arrêté récemment et reste détenu.
Un rassemblement est appelé le 18 mars à 18h30 au métro Jeanne-d’Arc à Toulouse à l’initiative de 25 organisations, syndicats et collectifs locaux, à l’occasion de la Journée internationale de solidarité avec les prisonniers politiques. Les organisateurs dénoncent l’emprisonnement de militants à travers le monde (notamment en Palestine, en Turquie, au Maroc, en Europe ou aux États-Unis) en raison de leur engagement politique dans des luttes sociales, anticoloniales, antifascistes, écologistes, féministes, anarchistes ou encore communistes. Ces détentions s’inscrivent dans une tendance à la criminalisation des mouvements contestataires et à une radicalisation autoritaire des États, visant à intimider et isoler les militants.
En Suisse, le Conseil des États a approuvé plusieurs motions visant à renforcer les capacités de surveillance, notamment par l’extension des écoutes téléphoniques ciblées. Jusqu’à présent, ces interceptions ne sont autorisées que dans des affaires liées au terrorisme, à la prolifération nucléaire ou aux attaques contre des infrastructures critiques. Les nouveaux textes proposent d’inclure également l’« extrémisme violent » parmi les motifs permettant de recourir à ces mesures. Les propositions ont été justifiées par certains élus après des affrontements lors d’une manifestation à Berne en octobre 2025, impliquant notamment des manifestants pro-palestiniens et la police. Le projet doit désormais être examiné par le Conseil national.
Un rassemblement de soutien est organisé le mercredi 18 mars à midi place Louis-Lépine, devant le Palais de justice de Paris, à l’occasion des audiences en appel de deux militants antifascistes, Zaid et Gino. La justice française doit examiner la demande d’extradition de Zaid vers la Hongrie, tandis que le cas de Gino concerne un mandat d’arrêt européen émis par l’Allemagne, après que la France a refusé d’appliquer une première demande de la Hongrie. La cour doit notamment déterminer si l’enquête allemande est indépendante ou liée à celle menée par les autorités hongroises. Les soutiens des deux hommes appellent à se mobiliser pour cette audience, qui pourrait être la dernière dans la procédure française concernant Zaid.
Selon des organisations de défense des prisonniers palestiniens, plus de 9 500 Palestiniens sont détenus dans les prisons israéliennes au début du mois de mars 2026, soit une hausse d’environ 2,15 % depuis le mois dernier. Parmi eux figurent 73 femmes, principalement incarcérées dans la prison de Damon, et environ 350 mineurs, principalement incarcérés dans les prisons de Megiddo et Ofer. Les données indiquent également la présence de 3 442 détenus administratifs (emprisonnés sans jugement) soit environ 36 % des prisonniers, ainsi que 1 249 personnes classées par Israël comme « combattants illégaux », une catégorie qui inclut aussi certains détenus originaires du Liban et de Syrie et dont le total ne comprend pas tous les Palestiniens de Gaza détenus dans des camps militaires.
En Turquie, plusieurs prisonniers politiques de la prison de type L n°6 de Marmara ont été placés à l’isolement après avoir protesté contre l’installation de caméras permettant une surveillance permanente dans leurs cellules. Selon des informations relayées par leurs soutiens, Oktay Kelebek, Yüksel Doğan, Yılmaz Viraner et Hasan Karapınar auraient été violemment transférés vers des cellules d’isolement, Doğan ayant été traîné sur plusieurs centaines de mètres et Kelebek ayant subi une fracture du bras. À la suite de ces événements, Yılmaz Viraner a entamé une grève de la faim illimitée pour dénoncer les mauvais traitements et exiger son retour en cellule, tandis que Doğukan Mağol aurait également lancé une grève de la faim pour protester contre la répression.
En Allemagne, la police a mené le 11 mars des perquisitions dans 22 domiciles d’antifascistes, principalement en Bavière autour de Nuremberg, mais aussi à Leipzig et en Hesse. L’enquête concerne une contre-manifestation organisée en avril 2025 face à une mobilisation du collectif de droite « Gemeinsam für Deutschland », qui avait rassemblé environ 400 militants d’extrême droite, dont des sympathisants de l’AfD, tandis qu’environ 1 000 antifascistes manifestaient en opposition. Les personnes visées sont soupçonnées de « trouble à l’ordre public » et la police recherchait notamment des vêtements et supports numériques pouvant servir de preuves. Le même jour, environ 150 personnes se sont rassemblées à Nuremberg pour dénoncer ces opérations policières.
Le collectif No Trace Project a publié en français la « Base de données d’infiltré·e·s », un outil recensant des cas d’infiltrations policières de longue durée visant des groupes engagés dans des activités considérées comme subversives au XXIᵉ siècle. L’objectif est d’aider les milieux anarchistes et militants à mieux comprendre les méthodes utilisées par les agents infiltrés. La base répertorie actuellement 76 cas dans 13 pays, dont deux en France, et vise à documenter ces pratiques pour faciliter leur identification par les mouvements concernés.
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En Catalogne, Víctor, militant de l’organisation de jeunesse socialiste OJS, est poursuivi après une action menée en octobre 2024 à La Garriga contre la journaliste et militante Pilar Rahola, soutien de la politique d’Israël. Lors d’une conférence interrompue, de la peinture rouge avait été lancée pour dénoncer sa complicité avec le génocide en Palestine. À la suite d’une plainte déposée par Rahola et l’ancienne porte-parole du gouvernement catalan Meritxell Budó, la justice enquête pour dégradations, menaces légères et délit de haine avec circonstance aggravante d’antisémitisme, des accusations pouvant entraîner jusqu’à cinq ans de prison et 20 000 euros d’amende. Les militants contestent cette qualification et soulignent leur engagement antisioniste, dans un contexte de répression croissante des mobilisations pro-palestiniennes en Europe. Ils ont par ailleurs déposé une plainte contre Rahola pour « apologie du génocide ».
Au Maroc, la répression visant certaines voix critiques du rap s’intensifie. Le rappeur et étudiant de 20 ans Souhaib Qabli, connu sous le nom de scène L7ASSAL, a été arrêté le 2 mars à Fès après s’être présenté à la police, puis placé en détention provisoire à la prison de Taza, sa ville natale. Suivi par plusieurs milliers de personnes sur les réseaux sociaux, il s’est fait connaître pour des textes dénonçant la corruption, les injustices sociales et la normalisation des relations entre le Maroc et Israël en 2020. Poursuivi notamment pour « outrage à une institution constitutionnelle », « outrage à des fonctionnaires » et « diffusion de fausses nouvelles », il doit comparaître devant le tribunal de Taza. Son arrestation constitue le troisième cas de rappeur interpellé depuis l’automne 2025 pour le contenu de ses chansons, dans un contexte de pression accrue contre des artistes proches des mobilisations de la jeunesse marocaine.