Le 2 avril, la parlementaire européenne Rima Hassan a été placée en garde-à-vue à Paris pour « apologie du terrorisme » après avoir partagé un tweet citant un ancien prisonnier et militant de l’Armée rouge japonaise, Kozo Okamoto. Arrêté en 1972 après une opération armée à l’aéroport de Lod, il avait été libéré en 1985 grâce à un échange de prisonniers entre Israël et le FPLP-CG. Il vit aujourd’hui au Liban.
Depuis supprimée par l’autrice, la publication avait été signalée au parquet par le ministre de l’Intérieur, un député d’extrême droite puis l’Organisation juive européenne (OJE) et la LICRA. Durant sa garde à vue, des fuites policières ont organisé une campagne médiatique l’accusant de posséder de la drogue, ce que la militante palestinienne conteste. Elle en est ressortie libre en fin de soirée mais elle doit être jugée le 7 juillet pour « apologie du terrorisme ».
Le 2 avril à Khan Younis, des milliers de Palestiniens se sont rassemblés sur la place Al-Aqsa pour protester contre la récente loi israélienne autorisant l’exécution de prisonniers palestiniens, adoptée par la Knesset. Organisée par les forces nationales et islamiques avec la participation du Front populaire de libération de la Palestine et d’autres factions, la manifestation a réuni habitants et déplacés des camps de réfugiés des provinces de Rafah et Khan Younis. Les participants ont brandi des banderoles dénonçant la loi et scandé des slogans en soutien aux prisonniers, qualifiant la mesure de tentative de légaliser les assassinats. Lors des interventions, les responsables ont dénoncé la détérioration des conditions de détention depuis le 7 octobre, citant privations de nourriture et soins, restrictions sur la propreté et les visites, et multiples abus quotidiens. Ils ont insisté sur la nécessité de poursuivre la mobilisation populaire pour protéger les droits des prisonniers palestiniens.
En Cisjordanie occupée, les villes de Ramallah, Hebron et Nablus ont été le théâtre de grèves générales et de manifestations le 1er avril 2026. Les Palestiniens ont fermé leurs commerces et institutions, brûlé des pneus et défilé en scandant leur opposition à la loi. Les organisations de défense des droits humains dénoncent un système de justice coloniale, soulignant que plus de 9 500 Palestiniens, dont 350 enfants et 73 femmes, sont actuellement détenus dans des conditions souvent dramatiques.
Le 27 mars, à Munich, plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées devant la prison de JVA München-Stadelheim pour exiger la libération de Zübeyde Akmese, 71 ans, arrêtée mi-mars lors d’une perquisition et incarcérée pour des accusations de lien avec le PKK. Les manifestants, à l’appel de plusieurs organisations kurdes et solidaires, dénoncent la criminalisation d’une militante de longue date, connue pour son engagement social auprès des réfugiés et pour la défense de la culture kurde. Lors de ce rassemblement, des slogans appelant à la libération des prisonniers politiques et à la solidarité ont été scandés, tandis que les participants ont critiqué plus largement la répression visant les militants kurdes en Allemagne, exigeant la libération immédiate de la militante et la fin des poursuites contre les kurdes.
Aux Philippines, de violents affrontements ont opposé la guérilla de la Nouvelle Armée Populaire (NPA) à l’armée dans la province d’Occidental Mindoro les 24 et 29 mars, faisant plusieurs morts parmi les soldats, dont un officier, ainsi que des blessés des deux côtés. La NPA affirme avoir repoussé les attaques du 68e bataillon d’infanterie, dénonçant les opérations militaires dans la région et les violences subies par les populations locales, notamment les communautés autochtones Mangyan. Ces combats interviennent dans un contexte où les autorités assurent que la guérilla est affaiblie, une affirmation contestée par les combattants.
Parallèlement, l’arrestation le 29 mars de Charlize Garzon, accusée par l’armée d’être membre de la NPA, suscite une vive polémique. Présentée par ses soutiens comme une simple militante culturelle venue étudier les traditions locales, elle est détenue dans un commissariat de San Jose, tandis que des organisations de défense des droits humains dénoncent une arrestation arbitraire, des tentatives d’intimidation contre sa famille et une mise en scène visant à la faire passer pour une combattante. Plusieurs groupes juridiques et militants exigent sa libération immédiate et le respect de ses droits fondamentaux.
Le 2 avril, à Université de Tours, une conférence organisée par Solidaires Étudiant-e-s Tours et le Collectif Solidarité Palestine 37 a été interdite par la présidence de l’établissement. L’événement devait porter sur les liens entre universités françaises et israéliennes ainsi que sur le partenariat avec STMicroelectronics, avec la participation d’une personne engagée dans le prochain départ d’une flottille de soutien à Gaza. Les organisateurs dénoncent une tentative de museler le soutien à la Palestine et ont appelé à un rassemblement en réaction, soutenus par plusieurs organisations étudiantes et syndicales.
En Turquie, Caner Koç, accusé par les autorités d’être un membre clé de l’organisation d’extrême gauche DHKP-C, a été arrêté à Istanbul en 2023 lors d’une opération des services de renseignement et de la police après une longue surveillance. Jeudi 2 avril 2026, ce militant du mouvement Dev-Genç a été condamné à 18 ans et 8 mois de prison, notamment sur la base de témoignages anonymes. Cette condamnation est vivement contestée par ses soutiens, affirmant que ce type de verdict reflète la volonté des autorités de dissuader l’engagement militant.
En Allemagne, dans le cadre du procès dit Antifa-Ost-Prozess devant la cour d’appel de Dresde, un militant antifasciste a été placé en détention pour avoir refusé de témoigner, risquant jusqu’à six mois de prison. Ce mécanisme juridique permet de contraindre des témoins à parler sous peine d’amende ou d’incarcération, un outil utilisé depuis des décennies, notamment dans des affaires politiques, pour briser le silence et obtenir des informations sur d’autres activistes, en particulier dans des dossiers liés à des accusations d’« organisation criminelle ». Des précédents similaires remontent aux années 1990 et 2000, visant notamment des milieux militants ou d’anciens membres de groupes armés. Cette pratique est dénoncée comme un moyen de pression visant à affaiblir la solidarité entre militants et à réprimer les mouvements antifascistes.
En Argentine, le militant brésilien Thiago Ávila, coordinateur de la Global Sumud Flotilla, a été arrêté puis expulsé le 31 mars à son arrivée à Buenos Aires, où il venait promouvoir une nouvelle mission maritime vers Gaza. Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de criminalisation des mobilisations pro-palestiniennes, notamment celles liées aux flottilles vers Gaza, déjà ciblées par des arrestations dans plusieurs pays comme en Tunisie. Malgré ces pressions, de nouvelles initiatives continuent de se préparer, soutenues par des mouvements sociaux et syndicaux internationaux.
En Iran, la situation des prisonniers, notamment politiques et kurdes, s’est fortement dégradée suite à l’offensive militaire israélo-étatsunienne, avec une intensification des exécutions, souvent secrètes, et un durcissement des conditions de détention (isolement, restrictions des visites et de l’accès aux avocats, etc.). Plusieurs exécutions récentes de prisonniers politiques ont été signalées, tandis que d’autres, déjà condamnés à mort, restent en danger imminent. Parallèlement, de nouveaux procès pourraient conduire à d’autres condamnations capitales après des périodes de détention marquées par la torture. Selon des ONG, au moins 160 personnes ont été exécutées au premier trimestre 2026, dont une minorité seulement annoncée officiellement.
Le projet de loi SURE (« sanction utile, rapide et effective »), porté par Gérald Darmanin et examiné au Parlement à partir d’avril, vise à accélérer les procédures judiciaires pour désengorger les juridictions, mais suscite de vives critiques. Il prévoit notamment un « plaider-coupable » criminel se déroulant en grande partie à huis clos, où une peine négociée avec le parquet serait simplement homologuée sans véritable procès public ni recours possible, ainsi que l’extension des cours criminelles départementales sans jury populaire, y compris en appel et pour des affaires graves. Le texte renforce aussi les dispositifs de contrôle et d’enfermement, avec l’allongement de la détention provisoire, la limitation des libérations liées à des irrégularités procédurales et l’autorisation de la généalogie génétique d’investigation via des bases de données ADN, soulevant des inquiétudes sur les libertés publiques. Ses opposants dénoncent une logique visant à juger plus vite pour incarcérer davantage, au détriment des garanties fondamentales.