La Sûreté de l’État belge a dû supprimer des données personnelles récoltées via un questionnaire interne jugé illégal par le Comité R, car non conforme à la loi sur la classification. Destiné à renforcer le contrôle préalable aux habilitations de sécurité, ce formulaire demandait notamment aux agents des informations sensibles sur leur santé mentale, leur consommation d’alcool ou de drogues, leurs opinions politiques et leurs relations personnelles, suscitant de vives critiques. Les syndicats dénoncent une atteinte à la vie privée et appellent le gouvernement et le Parlement à enquêter sur les pratiques internes du service de renseignement.
Le tribunal de première instance d’Audenarde a jugé fondée la demande d’indemnisation introduite par l’entreprise d’armement OIP/Elbit contre des militants ayant bloqué son site en mars 2024, estimant que leur action avait entravé l’accès des travailleurs, et a mandaté un expert pour évaluer les dommages, une décision qui concerne cinq des sept inculpés. La justice a refusé de se prononcer sur le contexte géopolitique du dossier, en l’occurence la complicité du principal fabricant d’armes israélien Elbit Systems dans le génocide en cours en Palestine. Les prévenus ont annoncé leur intention de faire appel.
Par ailleurs, la mobilisation contre le fabricant d’armes israélien continue en Belgique. Le mercredi 18 mars, des militants ont protesté sur le campus de la VUB (Vrije Universiteit Brussel) contre sa collaboration avec cette entreprise. Une banderole accusant la VUB d' »aider à tuer des Palestiniens » a été déployée, des portraits de résistants palestinien·nes ont été affichés. Ce partenariat passe par le centre de recherche B-Phot de la VUB, les militants exigent sa rupture immédiate.
La zone de police Bruxelles-Capitale/Ixelles (Polbru) a demandé la récusation d’une magistrate dans un dossier de violences policières liées à une manifestation du 24 janvier 2021, estimant qu’elle aurait fait preuve de “préjugé” en identifiant explicitement la zone dans un réquisitoire. Le parquet s’y oppose fermement, affirmant que la magistrate a agi conformément à ses fonctions et sans partialité. Les avocats des parties civiles dénoncent une manœuvre visant à retarder ou éviter un débat sur les responsabilités dans une affaire grave impliquant des accusations de violences, propos racistes et sexistes. Le dossier, particulièrement volumineux, compte de nombreux prévenus et s’ajoute à une condamnation civile récente contre la police, l’État belge et le bourgmestre de Bruxelles. La décision sur la récusation est attendue le 24 mars.
En Grèce, Lambros Fountas, membre de l’organisation anarchiste Lutte Révolutionnaire, a été tué le 10 mars 2010 lors d’un affrontement avec la police à Dafni pendant la préparation d’une opération visant à saboter l’application du « memorandum » lié à la crise économique. A l’occasion des commémorations de sa mort, ses camarades Pola Roupa et Nikos Maziotis (qui reste toujours incarcéré) ont publié un communiqué afin de lui rendre hommage (voir ici). Nous reproduisons ci-dessous un extrait :
« Aucun mouvement révolutionnaire en 2010–2011 n’ayant réussi à arrêter ou renverser les politiques destructrices imposées par l’État et le capital, une mentalité défaitiste — supposant que rien ne peut être arrêté ou changé — s’est enracinée dans le tissu social. La fin des luttes a provoqué une transformation psychologique profonde d’une société acceptant de vivre sans fierté, sans dignité. Ces deux facteurs ont alors été, et seront toujours, décisifs pour une société qui refuse de courber la tête.
Le camarade Lambros Fountas était, est et restera à jamais l’exemple du révolutionnaire qui, armé, a combattu pour empêcher la défaite et la soumission d’une société entière. Il demeure la lumière qui anime la dignité, le courage et la fierté des anarchistes, des révolutionnaires et des opprimés. Sa lutte était celle d’une société qui ne voulait pas de soumission, qui ne voulait pas courber la tête.
Lambros Fountas incarne cette dignité inébranlable et cet esprit combatif que toute lutte doit posséder pour être victorieuse. C’est pourquoi il est le champion de tous les opprimés. Il est et restera toujours le combattant montrant que la seule issue de l’esclavage moderne, de l’humiliation sociale quotidienne, du capitalisme et de la barbarie d’État, des guerres, de la menace de mort — la seule voie vers une vie libre et digne — est la Révolution sociale. Nous honorons Lambros Fountas non seulement pour ce qu’il était et ce que nous savions de lui, mais pour tout ce qu’il représentait. Nous l’honorons parce qu’il était lui-même porteur d’un changement social radical. Il était le porteur d’une société d’égalité et de liberté. »
Mardi 17 mars à Berlin, une manifestation s’est tenue devant le ministère des Affaires étrangères allemand pour demander des informations sur la disparition des journalistes Eva Maria Michelmann et Ahmed Polat, introuvables depuis janvier 2026 après avoir travaillé en Syrie, notamment à Raqqa, et présumément enlevés par le gouvernement de transition syrien (voir notre article). Le 20 mars 2026, une nouvelle mobilisation est prévue devant le consulat syrien à Bonn, sous le slogan « Wo ist Eva ? », pour réclamer des informations sur leur sort, avec un rassemblement à 11 h devant le consulat puis à 13 h sur le marché devant l’Ancien Hôtel de Ville, afin de maintenir la pression sur les autorités et attirer l’attention sur cette disparition.
La campagne de mobilisation
La militante kurde Zubeyde Akmese a été arrêtée le 17 mars 2026 à Munich, en Allemagne, puis placée en garde à vue pour des accusations de liens avec le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). Cette interpellation suscite des réactions de soutien dénonçant la répression des militants kurdes en Europe et réclamant sa libération immédiate.
Selon l’association La Cimade, deux expulsions jugées illégales ont eu lieu les 9 et 11 mars 2026 depuis le centre de rétention administrative de Toulouse-Cornebarrieu, malgré des recours en cours, dont celui d’un demandeur d’asile renvoyé vers un pays où il craignait des traitements inhumains en dépit d’une procédure devant la Cour nationale du droit d’asile et d’une décision favorable du tribunal administratif. Un second cas concerne un jeune homme expulsé vers la République tchèque avant que l’administration ne reconnaisse une erreur, ces situations étant des atteintes graves au droit d’asile et aux droits fondamentaux.
En Turquie, Mehmet Türkmen, président du syndicat BİRTEK-SEN, a été placé en détention après avoir soutenu des ouvriers d’une usine de tapis à Gaziantep en grève pour salaires impayés, étant poursuivi pour « incitation à la haine » en raison de ses propos lors d’une prise de parole publique. Cette affaire, liée à un conflit social impliquant plusieurs centaines de travailleurs dénonçant des retards de paiement, suscite des critiques syndicales qui y voient une atteinte à la liberté d’expression et à la défense des droits des travailleurs.
Mardi 17 mars à Marseille, trois lycéens du Lycée Victor Hugo ont été placés en garde à vue après une tentative de blocage d’établissement, dont deux interpellés ultérieurement, au moins un à son domicile, dans un contexte de mobilisation croissante contre des coupes budgétaires touchant particulièrement les lycées des quartiers populaires. Ces arrestations interviennent alors que la présence policière et les interventions (gaz lacrymogènes, interpellations) se multiplient dans plusieurs établissements marseillais.
Neuf CRS ont été condamnés à des peines de 6 à 24 mois de prison avec sursis pour avoir violemment frappé des manifestants du mouvement des Gilets jaunes dans un restaurant Burger King à Paris le 1er décembre 2018, le tribunal correctionnel estimant que l’usage de la force n’était ni nécessaire ni proportionné (voir notre article). L’affaire concerne au moins quatre victimes identifiées et une vingtaine au total, et s’inscrit dans le contexte des importantes violences policières dénoncées lors de ce mouvement social.