Mardi 6 janvier, le rédacteur en chef de Decolonial News a été placé en garde à vue en raison de ses expressions de solidarité envers le peuple palestinien. Cette mesure s’inscrit dans un contexte où les autorités multiplient les interpellations et les poursuites, en s’appuyant fréquemment sur l’incrimination d’« apologie du terrorisme ». Des appels à la mobilisation ont été lancés pour exiger la libération immédiate du journaliste et s’opposer à la répression des actions de soutien à la Palestine.

Plusieurs détenus incarcérés en raison de leur engagement contre le génocide en Palestine poursuivent une grève de la faim dans des prisons britanniques, avec des conséquences préoccupantes sur leur santé. Heba, après 66 jours de jeûne à la prison de New Hall, présente des signes de détresse respiratoire et une faiblesse physique extrême. Kamran, qui dépasse les 55 jours de grève, a été hospitalisé à plusieurs reprises pour des troubles cardiaques, des pertes d’audition et des vertiges. Lewie Chiaramello poursuit également son action après plus de 40 jours. Parallèlement, T Hoxha a interrompu son jeûne après avoir obtenu des garanties sur ses conditions de détention, notamment le traitement d’un arriéré de courrier et la tenue d’un entretien avec l’unité JEXU (Joint Extremism Unit). D’autres participants, comme Amu, Jon, Qesser et Umer, ont également suspendu leur mouvement tout en maintenant leurs revendications initiales, visant la complicité britannique avec le principal fabricant d’armes israélien Elbit Systems et dénonçant la criminalisation de Palestine Action et de ses soutiens.

Le 6 janvier 2026, l’armée israélienne a fait irruption sur le campus de l’université de Birzeit, au nord de Ramallah, pour disperser un rassemblement étudiant organisé en solidarité avec les prisonniers palestiniens. Les forces israéliennes ont utilisé des balles réelles, des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes, brisant la porte principale de l’université et pénétrant dans différents bâtiments. Plusieurs étudiants ont été blessés, dont trois touchés par des tirs à la jambe, pris en charge par le Croissant-Rouge et transportés à l’hôpital. Des responsables universitaires et journalistes ont également été arrêtés, notamment le vice-président académique Asim Khalil et les journalistes Moatasem Saqf Al-Hait et Karim Khmaisah. Environ 8 000 étudiants se trouvaient sur le campus au moment de l’assaut, qui a également conduit à la saisie de matériel appartenant au mouvement étudiant.

Arrêté début mars 2025 et placé en garde à vue pendant 48 heures pour « apologie du terrorisme » à la suite d’un discours prononcé en manifestation, Alex de la LJR (Ligue de la Jeunesse Révolutionnaire) passe en procès le 13 janvier prochain au tribunal judiciaire de Paris. Placé sous contrôle judiciaire, il a également été suspendu de son travail, illustrant l’extension des sanctions au-delà du cadre pénal. Afin de le soutenir, plusieurs organisations appellent à se rassembler ce même jour dès 12H30 au Tribunal de Paris, Porte de Clichy.

Le 1er janvier, les autorités israéliennes ont de nouveau arrêté Raghad Nassar Salah Al-Fani, ancienne prisonnière palestinienne de 27 ans, lors d’une perquisition menée au domicile familial situé dans le quartier sud de Tulkarem, dans le nord de la Cisjordanie. Libérée en novembre 2023 dans le cadre de la première phase de l’accord d’échange de prisonniers, elle avait auparavant passé une année en détention administrative.

Un document interne de la police antiterroriste britannique suggère que de nombreux manifestants arrêtés après l’interdiction de Palestine Action l’ont été à tort. Daté du 28 août 2025, ce guide tactique de sept pages précisait que des actions comme brandir un dessin de Private Eye ou tenir des pancartes avec des messages tels que « Genocide in Palestine, Time to Take Action » ne devaient pas constituer un motif d’arrestation (voir notre article). D’autres formes de protestation, comme afficher des slogans Palestine Action à domicile ou porter des t-shirts humoristiques, étaient également jugées acceptables. Pourtant, depuis l’interdiction du groupe en juillet (voir notre article), plus de 2 000 personnes ont été arrêtées pour soutien présumé au groupe, dont certaines selon le guide n’auraient pas dû l’être. Ce document, jusqu’ici tenu secret et obtenu via une procédure judiciaire, révèle la confusion des forces de l’ordre et souligne le manque de transparence du gouvernement sur l’application de l’interdiction.

Près de trois mois après le placement en détention provisoire des Ulm 5, cinq personnes poursuivies pour une action visant une usine d’armement d’Elbit Systems, plusieurs rassemblements de solidarité ont eu lieu les 30 et 31 décembre devant les différents établissements pénitentiaires où elles sont incarcérées (voir notre article). Portées depuis Berlin avec le soutien de collectifs locaux, ces mobilisations se sont déployées sur deux jours devant cinq prisons, dans le but de dénoncer le rôle d’Elbit Systems dans l’industrie de l’armement et de rompre l’isolement carcéral. Elles s’inscrivent dans un mouvement plus large de soutien aux prisonniers politiques et de dénonciation de la répression des luttes internationalistes, avec également des expressions de solidarité envers Daniela Klette, des antifascistes poursuivis et plusieurs militants kurdes emprisonnés.

A l’occasion du réveillon du 31 décembre 2025, des centaines de personnes se sont rassemblées devant la prison de Pentonville, sur Caledonian Road à Londres, pour soutenir les détenus pro-palestiniens en grève de la faim qui poursuivent leur mobilisation à l’entrée de la nouvelle année. La police a été déployée en nombre et a empêché à deux reprises les manifestants de marcher, avant de les repousser vers l’enceinte de la prison. Selon plusieurs témoignages, des arrestations ont eu lieu et des protestataires ont été encerclés par la police devant les grilles de la prison jusque tard dans la nuit.

Les grévistes de la faim ont entamé leur mouvement depuis plusieurs semaines : Heba Muraisi en est à son 62ᵉ jour, Teuta Hoxha à son 56ᵉ jour et Kamran Ahmed à son 55ᵉ jour de grève de la faim, poursuivant leur action malgré l’aggravation des risques pour leur santé. Ils se mobilisent pour exiger que le Royaume-Uni rompe ses liens avec le principal fabricant d’armes israélien Elbit Systems, mette fin à l’interdiction de Palestine Action, garantisse la libération sous caution immédiate des 33 prisonniers britanniques pour leur engagement pro-palestinien et la fin de la censure en détention.

Depuis octobre 2023, les autorités allemandes poursuivent massivement les militants solidaires de la Palestine (voir notre article), ciblant notamment l’expression « From the river to the sea ». Selon les avocats berlinois Jessica Grimm et Benjamin Düsberg, cette criminalisation résulte d’une volonté politique d’interdire cette opinion, assimilée à tort à un symbole du Hamas après une décision du ministère de l’Intérieur en novembre 2023. Bien que des expertises démontrent que le slogan existe depuis les années 1960 et n’est pas exclusivement utilisé par la Hamas, la justice berlinoise a initié des milliers de procédures, parfois transférées à la chambre de sûreté de l’État du Landgericht Berlin.

Un nouvel expert nommé par cette chambre, Dr Guido Steinberg, spécialiste en islamisme et terrorisme au sein de la fondation Science et Politique, a présenté une analyse biaisée, affirmant que le slogan « From the river to the sea » serait presque exclusivement utilisé par des personnes favorables à la « violence », sans fournir de preuves concrètes ni s’appuyer sur des sources primaires récentes. La défense conteste cette partialité dans le cadre d’un procès visant un militant poursuivi pour avoir crié ce slogan lors d’une manifestation de solidarité avec la Palestine après le 7 octobre 2023. Pour démontrer que le slogan est largement utilisé dans des contextes politiques divers et ne constitue pas un emblème d’organisation, la défense a fourni au tribunal un dossier de 2 500 textes, totalisant plus de 7 000 pages.

Dossier(s): Allemagne Tags: , ,