En Allemagne, dans le cadre du procès dit Antifa-Ost-Prozess devant la cour d’appel de Dresde, un militant antifasciste a été placé en détention pour avoir refusé de témoigner, risquant jusqu’à six mois de prison. Ce mécanisme juridique permet de contraindre des témoins à parler sous peine d’amende ou d’incarcération, un outil utilisé depuis des décennies, notamment dans des affaires politiques, pour briser le silence et obtenir des informations sur d’autres activistes, en particulier dans des dossiers liés à des accusations d’« organisation criminelle ». Des précédents similaires remontent aux années 1990 et 2000, visant notamment des milieux militants ou d’anciens membres de groupes armés. Cette pratique est dénoncée comme un moyen de pression visant à affaiblir la solidarité entre militants et à réprimer les mouvements antifascistes.
En Argentine, le militant brésilien Thiago Ávila, coordinateur de la Global Sumud Flotilla, a été arrêté puis expulsé le 31 mars à son arrivée à Buenos Aires, où il venait promouvoir une nouvelle mission maritime vers Gaza. Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de criminalisation des mobilisations pro-palestiniennes, notamment celles liées aux flottilles vers Gaza, déjà ciblées par des arrestations dans plusieurs pays comme en Tunisie. Malgré ces pressions, de nouvelles initiatives continuent de se préparer, soutenues par des mouvements sociaux et syndicaux internationaux.
En Iran, la situation des prisonniers, notamment politiques et kurdes, s’est fortement dégradée suite à l’offensive militaire israélo-étatsunienne, avec une intensification des exécutions, souvent secrètes, et un durcissement des conditions de détention (isolement, restrictions des visites et de l’accès aux avocats, etc.). Plusieurs exécutions récentes de prisonniers politiques ont été signalées, tandis que d’autres, déjà condamnés à mort, restent en danger imminent. Parallèlement, de nouveaux procès pourraient conduire à d’autres condamnations capitales après des périodes de détention marquées par la torture. Selon des ONG, au moins 160 personnes ont été exécutées au premier trimestre 2026, dont une minorité seulement annoncée officiellement.
Le projet de loi SURE (« sanction utile, rapide et effective »), porté par Gérald Darmanin et examiné au Parlement à partir d’avril, vise à accélérer les procédures judiciaires pour désengorger les juridictions, mais suscite de vives critiques. Il prévoit notamment un « plaider-coupable » criminel se déroulant en grande partie à huis clos, où une peine négociée avec le parquet serait simplement homologuée sans véritable procès public ni recours possible, ainsi que l’extension des cours criminelles départementales sans jury populaire, y compris en appel et pour des affaires graves. Le texte renforce aussi les dispositifs de contrôle et d’enfermement, avec l’allongement de la détention provisoire, la limitation des libérations liées à des irrégularités procédurales et l’autorisation de la généalogie génétique d’investigation via des bases de données ADN, soulevant des inquiétudes sur les libertés publiques. Ses opposants dénoncent une logique visant à juger plus vite pour incarcérer davantage, au détriment des garanties fondamentales.
Dans une tribune publiée par Politis, le réfugié palestinien Ali, né à Naplouse et originaire de Jaffa, raconte sa vie marquée par l’occupation israélienne et la perte tragique de son petit frère à l’âge de huit ans. Arrêté pour la première fois à 16 ans, il a été emprisonné à plusieurs reprises avant d’être expulsé de Palestine en 2015 et d’arriver en France où il avait obtenu l’asile. En février 2025, son statut de réfugié lui a été retiré suite à des accusations transmises par Israël. Depuis près de deux ans, il est détenu en France en détention provisoire dans le cadre d’une enquête judiciaire sans date de procès, basée principalement sur ces informations étrangères. Ali témoigne de la souffrance des Palestiniens sous occupation et de sa séparation forcée de sa famille, alors que sa femme lutte contre le cancer et que ses enfants grandissent loin de lui. Il appelle à la justice et à l’application des valeurs de liberté et d’égalité, soulignant que sa détention prolongée illustre l’injustice subie par des milliers de Palestiniens à travers le monde. Afin de le soutenir, une campagne organise la solidarité à travers plusieurs initiatives, comme à Paris et Toulouse.
[…] Mon histoire est celle de milliers de Palestinien·nes vivant entre prisons, exil et camps de réfugié·es. Aujourd’hui, je suis en France, et mon cas dépasse ma situation individuelle : la population du pays qui m’a accueilli et promis la protection a un rôle particulier à jouer dans la lutte contre cette injustice. La justice est indivisible, lorsqu’elle est bafouée ne serait qu’une fois, c’est son essence même qui s’en trouve menacée.
Je vous écris depuis une cellule exiguë, loin de ma terre, dont l’air et l’odeur du pain frais me manquent. Mais l’espoir est toujours vivant. Je persiste à croire qu’une parole sincère peut fissurer les murs et parvenir à se faire entendre, et que notre humanité peut triompher face aux puissants, au silence et à la froideur de leurs procédures. N’oublions jamais, que même si elle se fait attendre, et qu’elle tarde à nous apparaître, la justice finira par triompher.
Un quadragénaire a été condamné par le tribunal correctionnel de Rodez à 1 500 € d’amende, dont 1 000 avec sursis, pour avoir organisé l’été dernier des manifestations de soutien à la Palestine à Villefranche-de-Rouergue sans déclaration préalable en préfecture. L’homme a annoncé son intention de faire appel. Le jugement a été accompagné d’une manifestation de soutien devant le tribunal ce 1er avril 2026.
Le consulat de Grèce à Nantes a été la cible de dégradations dans la nuit du 24 mars 2026, action revendiquée par des militants anarchistes. Dans leur communiqué, ils expliquent répondre à l’appel d’une semaine internationale de solidarité avec les prisonniers politiques à Athènes et affirment que leur lutte contre les États oppresseurs est internationaliste. Ils rendent hommage à des camarades tombés dans le cadre de la lutte sociale et expriment leur soutien aux détenus politiques, notamment dans le cadre de l’ouverture du procès lié à l’explosion d’Ampelokipi à Athènes.
Mehmet Emin Çam, figurant sur la liste des prisonniers gravement malades de l’İnsan Hakları Derneği (IHD) et ayant survécu à deux crises cardiaques malgré des demandes de libération antérieures refusées, a été libéré le 1er avril 2026 après un examen médical. À sa sortie, il a été accueilli par des proches et des camarades, tandis que la presse n’a pas été autorisée à filmer. Dans un bref discours, Çam a appelé à l’unité de tous les Kurdes, sans distinction régionale, soulignant que la solidarité entre les quatre régions kurdes est la clé pour préserver la force et la survie du peuple kurde. Après sa libération, il s’est rendu avec sa famille dans sa ville natale de Sêrt.
Une opération coordonnée entre les gouvernements de José Antonio Kast et Javier Milei visant à arrêter Galvarino Apablaza, ancien responsable du Front patriotique Manuel Rodríguez, groupe armé d’extrême gauche opposé à la dictature d’Augusto Pinochet, a échoué, les forces de sécurité ne parvenant pas à le localiser. Recherché par la justice chilienne pour son implication présumée dans l’assassinat en 1991 de Jaime Guzmán, figure conservatrice proche du régime militaire et idéologue de la Constitution de 1980, il reste au cœur de tensions politiques et judiciaires en raison de son statut de réfugié et des demandes d’extradition répétées par le Chili. Cette tentative d’arrestation, survenue le 1er avril 2026, date symbolique marquant le 35ᵉ anniversaire de l’assassinat de Guzmán, relance les débats au Chili et en Argentine sur le traitement des anciens militants opposés aux dictatures fascistes.