Actualité de la répression et
de la résistance à la répression

À Mayotte, des incidents graves impliquant la Police aux frontières (PAF) en juillet 2025 révèlent une répression violente et largement impunie. Dhali Moussa Djaloud, 27 ans, a été blessé par balle dans le dos lors d’une intervention des unités du Groupe d’appui opérationnel à Kawéni, laissant sa famille sans ressources et lui-même dans l’incapacité de travailler. Malgré une plainte pour « tentative d’assassinat », les enquêtes restent au point mort, et la version officielle des autorités est contestée par les témoins et la victime. Quelques semaines plus tôt, un kwassa-kwassa transportant une trentaine de passagers, dont des enfants, a chaviré après un choc avec un patrouilleur de la PAF, entraînant la mort d’au moins deux personnes, alors que les rescapés dénoncent une intervention tardive et un recours potentiellement délibéré à la force pour « tamponner » les embarcations en cas de refus d’obtempérer. Ces événements s’inscrivent dans un contexte de militarisation accrue à Mayotte, où les patrouilleurs et la gendarmerie utilisent régulièrement armes à feu et techniques dangereuses. Les victimes et rescapés, souvent menacés d’expulsion, restent sans réparation, tandis que les autorités locales et le parquet maintiennent un silence quasi total sur ces affaires.

Dossier(s): Afrique Tags: , ,

Le 20 janvier marque le début des auditions judiciaires des militants antifascistes arrêtés lors des événements du 12 octobre 2025, jour de la fête nationale espagnole, à Vitoria-Gasteiz. Ces poursuites font suite aux affrontements survenus lors d’une mobilisation convoquée par la Falange Española de las JONS. En réaction, des centaines de personnes avaient manifesté, étant le théâtre de répression policière. Les personnes mises en cause dénoncent une criminalisation politique protégeant les fascistes, soulignant qu’aucun membre de la Falange n’a été poursuivi.

Dossier(s): Espagne

Dans un contexte de fortes tensions à Minneapolis, où environ 3 000 agents de la police fédérale de l’immigration (ICE) sont déployés depuis début décembre pour traquer les personnes sans-papiers, une juge fédérale a imposé des limites aux méthodes de l’agence. Saisie par six habitants dénonçant des abus lors de manifestations contre les raids de l’ICE, la juge Kate Menendez a interdit aux agents d’arrêter ou de détenir des manifestants pacifiques dans leurs véhicules, ainsi que d’utiliser du spray au poivre ou des munitions contre eux, tant qu’ils n’entravent pas les opérations. Cette décision intervient alors que des collectifs citoyens s’organisent pour documenter et ralentir les actions de l’ICE, et que les autorités locales démocrates, dont le gouverneur Tim Walz et le maire Jacob Frey, s’y opposent ouvertement, suscitant une enquête du ministère de la Justice pour entrave. Le département de la Sécurité intérieure dispose de 72 heures pour se conformer à ce jugement, susceptible toutefois d’être contesté en appel.

Militant de Dallas–Fort Worth et fils de survivants du génocide du Bangladesh, Raunaq Alam est visé par une campagne de répression en raison de son engagement pro-palestinien. Arrêté en mars 2024 après une action symbolique contre une église soutenant Israël, il a subi perquisitions, inculpations et réincarcérations répétées, malgré le refus initial d’un grand jury de l’inculper. Le 24 septembre 2025, alors qu’il participait à une conférence de presse, un juge a déclaré sa liberté sous caution insuffisante et ordonné son arrestation. Raunaq s’est rendu volontairement au tribunal, accompagné de ses parents. Il a ensuite été placé en isolement total en quartier de haute sécurité à la prison du comté de Tarrant, dans des conditions inhumaines : cellule sale, sans lumière naturelle ni air frais, infestée d’insectes, privation d’accès à la cantine, entraves lors des visites de ses avocats et contacts familiaux limités à un écran. Le 27 septembre 2025, à l’issue d’une audience de deux heures, deux cautions totalisant 40 000 dollars ont été fixées, assorties d’une assignation à résidence de 30 jours sous bracelet électronique. Bien que le jury l’ait ensuite condamné uniquement à cinq ans de probation et à une amende de 10 000 dollars, rejetant l’accusation de crime de haine, le juge Brian Bolton a ignoré cette clémence et a imposé une peine de six mois de prison, le maximum autorisé, au titre des conditions de probation. Détenu depuis décembre 2025, Raunaq fait aujourd’hui l’objet d’un appel, tandis que sa défense et ses proches sollicitent un soutien financier pour couvrir les frais juridiques (voir ici).

Le 4 mai prochain, deux militantes du collectif Urgence Palestine Pau comparaîtront devant le tribunal pour diffamation, suite à une plainte déposée par François Bayrou. Il leur est reproché d’avoir réalisé des collages dénonçant la responsabilité politique du gouvernement français dans le génocide à Gaza. Le collectif, qui dénonce une répression généralisée des voix solidaires du peuple palestinien, appelle à un rassemblement de soutien le jour du procès à 13h, place de la Libération à Pau.

Dossier(s): France Tags: , ,

Six prisonniers palestiniens, dirigeants du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), détenus depuis 2002 et condamnés à perpétuité dans les prisons israéliennes, voient leur état de santé se dégrader gravement en raison de l’isolement prolongé, des transferts punitifs et d’une politique de négligence médicale systématique. Il s’agit d’Ahmad Sa’adat, Ahed Abu Ghlama, Hamdi Qur’an, Majdi Rimawi, Mohammad Rimawi et Basel al-Asmar. Comme l’ensemble des dirigeants de premier plan emprisonné, le secrétaire général du FPLP Ahmad Sa’adat est particulièrement ciblé (voir notre article).

Arrêtés suite à l’exécution du ministre israélien d’extrême droite Rehavam Ze’evi en 2001, en représailles à l’assassinat de l’ancien secrétaire général du FPLP et figure politique Abu Ali Mustapha, Ahmad Sa’adat et ses codétenus ont été exclus de tous les accords d’échange de prisonniers. Depuis octobre, ils subissent une aggravation marquée de leurs conditions de détention, notamment une perte de poids sévère, des maladies chroniques et le refus de soins. Cette escalade sans précédent des politiques punitives dans les prisons israéliennes met en péril la vie des 9 250 détenus palestiniens.

En Italie, le tribunal de L’Aquila a condamné le Palestinien Anan Yaeesh à cinq ans et six mois de prison pour « association terroriste », tandis qu’Ali Irar et Mansour Doghmosh ont été acquittés. Accusé de liens avec un groupe de résistance en Cisjordanie occupée, Anan Yaeesh était détenu depuis janvier 2024 et a assisté au verdict par visioconférence. Malgré une peine inférieure aux réquisitions, la défense et les comités de soutien dénoncent un procès biaisé, fondé sur des renseignements israéliens, tout comme la négation du droit des peuples à résister à l’occupation. Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de poursuites contre plusieurs militants palestiniens en Italie, accusés sur la base d’allégations israéliennes.

Dossier(s): Italie Tags: , ,

Aux Philippines, Renato Reyes Jr., président de l’alliance d’organisations de gauche Bagong Alyansang Makabayan (BAYAN), fait l’objet d’accusations de sédition et de violations de la loi sur la cybercriminalité, liées à une manifestation du 21 septembre, que les syndicats et organisations de la société civile dénoncent comme entièrement fabriquées. Les images et reportages montrent que Reyes a lui-même été blessé lors du rassemblement, contredisant les allégations de provocation. Ces poursuites s’inscrivent dans une stratégie du régime Marcos pour intimider les militants et freiner la mobilisation croissante contre la corruption et les scandales budgétaires.

Aux Philippines, Amanda Echanis, écrivaine et organisatrice de femmes paysannes à Cagayan, a été acquittée le 14 janvier 2026 après plus de cinq ans de détention pour des accusations de possession illégale d’armes à feu et d’explosifs. Son arrestation, survenue en décembre 2020 alors qu’elle s’occupait de son nourrisson, faisait partie d’une répression coordonnée ciblant les leaders paysans, avec perquisitions militaires et policières et l’utilisation de preuves falsifiées. Durant sa détention, Echanis a poursuivi ses études et a été élue au conseil étudiant de l’Université des Philippines.

Un tribunal régional a ordonné à la Sparkasse Göttingen de poursuivre le compte bancaire du Rote Hilfe, annulant ainsi une résiliation jugée illégale (voir notre article). La banque avait invoqué un « surcroît de vérifications » et un risque de réputation, notamment après la désignation du groupe  Antifa Ost comme organisation terroriste par les États-Unis (voir notre article), mais le tribunal a rejeté ces arguments. La décision souligne qu’aucune considération politique ou liste étrangère ne peut justifier la fermeture d’un compte en Allemagne et constitue un signal fort contre les résiliations de comptes motivées politiquement.

Dossier(s): Allemagne Tags: