Turin était en état de siège pour la manifestation de vendredi en soutien à Alfredo Cospito. Centre ville clôturé, Piazza Castello interdite d’accès, Palais de Justice protégé, et marché de Porta Palazzo prématurément fermé. La préfecture avait demandé des renforts d’autres régions. La police, les carabiniers et la police financière ont été déployés. et un hélicoptère avait également été demandé. Des contrôles ont été organisés dans les trains, dans les gares et à l’aéroport. Les militants grecs et espagnols étaient particulièrement visés.

Après quelques prises de parole, plus de mille manifestants sont parti de la Piazza Solferino encadré d’un dispositif policier énorme. Des murs ont été tagués, quelques barricades ont été érigées avec des bennes à ordures et quelques vitrines de banques et élément du mobilier urbain ont été détruits.  La police a lancé des grenades lacrymogènes sur les manifestants Porta Palazzo. Les manifestants ont arraché un panneau de signalisation pour l’utiliser comme bélier et ont ensuite essayé d’allumer un feu avec des palettes de bois. La police est intervenue avec des canons à eau pour déloger les manifestants du centre de Turin. Plusieurs affrontements distincts ont alors eu lieu. Une partie de la manifestation a été assiégée dans la cour de la radio militante « Black Out », qui suivait les événements en direct. 34 manifestants ont été arrêtés. Au moins onze mandats d’arrêt seraient en préparation.

Une lettre d’Alfredo Cospito a finalement pu passer le mur de la censure.
Voici son contenu:

Ma lutte contre le 41bis est une lutte individuelle en tant qu’anarchiste, je ne suis certainement pas en train d’exercer un chantage [terme qui revient dans la presse du régime à propos de sa grève de la faim, NdE]. Je ne peux tout simplement pas vivre dans un régime inhumain comme celui des 41bis, où je ne peux pas lire librement ce que je veux, livres, journaux, périodiques anarchistes, revues artistiques et scientifiques, de littérature et d’histoire. La seule chance que j’ai d’en sortir est de renier mon anarchie et de vendre quelqu’un pour le mettre à ma place.
Un régime où je ne peux avoir aucun contact humain, où je ne peux plus voir ou caresser un brin d’herbe ou étreindre un être cher. Un régime où les photos de vos parents sont confisquées. Enterré vivant dans une tombe dans un lieu de mort. Je poursuivrai mon combat jusqu’au bout, non pas en raison d’un « chantage », mais parce que ce n’est pas la vie. Si le but de l’état italien est de me faire « dissocier » des actions de ceux de l’extérieur, sachez que je ne supporte pas de chantage, en tant que bon anarchiste je crois que chacun est responsable de ses propres actions, et en tant qu’affilié du courant anti-organisations, je ne me suis jamais « associé » à personne et donc je ne peux pas me « dissocier » de qui que ce soit, l’affinité est une autre chose.
Un anarchiste conséquent ne s’éloigne pas des autres anarchistes par opportunisme ou par commodité.
J’ai toujours revendiqué fièrement mes propres actions (même devant les tribunaux, raison pour laquelle je me retrouve ici) et n’ai jamais critiqué celles des autres, encore moins dans une situation comme celle dans laquelle je me trouve.
La plus grande insulte pour un anarchiste est d’être accusé de donner ou de recevoir des ordres.
Quand j’étais dans le régime de haute surveillance, j’avais quand même la censure, et je n’ai jamais envoyé de « pizzini » [messages écrits en prison sur des petits bouts de papier pour envoyer des informations ou des ordres à l’extérieur, NdT], mais j’ai envoyé des articles pour des journaux et des revues anarchistes. Et surtout, j’étais libre de recevoir des livres et des revues, d’écrire des livres et de lire ce que je voulais, bref, j’avais le droit d’évoluer, de vivre.
Aujourd’hui je suis prêt à mourir pour que le monde prenne conscience de ce qu’est réellement le 41bis, 750 personnes le subissent sans mot dire, continuellement dépeintes comme des monstres par les mass media.
Maintenant c’est mon tour, vous avez d’abord fait de moi un monstre en tant que terroriste assoiffé de sang, puis vous m’avez sanctifié en tant qu’anarchiste martyr qui se sacrifie pour les autres, et maintenant vous me montrez à nouveau en tant que [mot impossible à lire]. Quand tout sera fini, je n’ai aucun doute, je serai porté sur les autels du martyr. Non Merci, je ne le ferai pas, je ne me prêterai pas à vos sales jeux politiques.
En réalité, le vrai problème de l’État italien est qu’il ne veut pas rendre publiques toutes les violations des droits de l’homme dans ce régime, le 41bis, au nom d’une « sécurité » pour laquelle il faut tout sacrifier. Eh bien ! Vous auriez dû y penser avant de mettre un anarchiste ici, je ne connais pas les motivations réelles ni les manœuvres politiques qui se cachent derrière. Pourquoi quelqu’un m’a utilisé comme une « boulette de viande empoisonnée » dans ce régime. Il n’était pas difficile de prévoir quelles seraient mes réactions face à cette « non-vie ».
L’Etat italien est le digne représentant de l’hypocrisie d’un Occident qui ne cesse de donner des leçons de « morale » au reste du monde. Le 41bis a donné des leçons répressives bien accueillies par des États « démocratiques » comme la Turquie (les camarades kurdes en savent quelque chose) et la Pologne.
Je suis convaincu que ma mort mettra un obstacle à ce régime et que les 750 qui le subissent depuis des décennies pourront vivre une vie digne de ce nom, quoi qu’ils aient fait.
J’aime la vie, je suis un homme heureux et je n’échangerais pas ma vie contre celle d’un autre. Et c’est précisément parce que je l’aime que je ne peux pas accepter cette non-vie sans espoir…
Merci camarades pour votre amour
Toujours pour l’anarchie
Jamais plié
Alfredo Cospito

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Les juges suprêmes ont avancé à deux reprises la date de la chambre du conseil, compte tenu de l’état de santé de Cospito, en grève de la faim depuis quatre mois et qui avait perdu plus de 45 kilos. L’anarchiste a été détenu dans la prison de Sassari, puis il a été transféré au pénitencier d’Opera (Milan) parce qu’il dispose d’un service de soins intensifs, et enfin il a été conduit à l’hôpital San Paolo, qui dispose d’une salle pour les détenus en prison. Des rassemblements solidaires avaient lieu à Turin et à Rome. 65 personnes s’étaient aussi rassemblées devant l’ambassade d’Italie à Bruxelles. Après la manifestation, un des participants a été brièvement arrêté, le temps de se faire inculper pour tag.

Finalement, Alfredo reste au 41 bis. C’est ce qu’a décidé la Cour de cassation, qui a rejeté le recours déposé par la défense contre le régime carcéral dur. La décision a été rendue à l’issue de la séance du conseil, qui a débuté à 10 heures ce vendredi. L’accès au tribunal, conjointement avec la salle du conseil, était surveillé par la force publique et la séance n’a pas été suivie, ce qui signifie que ni les avocats ni les représentants de l’accusation n’étaient présents. Ils avaient auparavant déposé des actes d’accusation écrits. Dès qu’ils ont appris la nouvelle, les manifestants pro-Cospito ont crié « assassins » à l’extérieur de la Cour d’appel.

 

Après 100 jours de grève de la faim, Cospito, qui a perdu plus de 40 kg pendant sa grève de la faim et s’est récemment déplacé en fauteuil roulant, a glissé et est tombé dans la douche et s’est cassé le nez la semaine dernière. Entre 1000 et 1500 manifestants solidaires ont défilé à Rome en solidarité avec Alfredo (photo). Parmi eux, plusieurs groupes politiques mais aussi beaucoup de jeunes lycéens. La manifestation était encadrée d’un impressionnant dispositif policier. Un traitement médiatique alarmiste avait provoqué la fermeture de tous les commerces sur le parcours. La manifestation a traversé des quartiers populaires avec de bons échanges avec les habitants.

Le ministre de la Justice, Carlo Nordio, a déclaré mardi que l’État ne conclura « aucun accord » avec les anarchistes : « On ne négocie pas face à la violence », a déclaré le ministre, faisant allusion aux dernières actions radicales solidaires comme les attaques contre les représentations diplomatiques italiennes à Berlin et à Barcelone, les affrontements affrontements avec la police dans le quartier du Trastevere à Rome dans la nuit de samedi à dimanche (un policier blessé, 41 personnes ont été citées à comparaître),  une attaque au cocktail Molotov contre un poste de police de Rome le week-end dernier, de l’incendie de cinq voitures appartenant au géant des télécommunications TIM dans la capitale et de deux voitures de la police locale à Milan. M. Nordio a déclaré que la décision de le maintenir ou non dans ce régime serait prise après consultation des autorités judiciaires.

Ci-dessous: collages à Bruxelles (y compris sur la chambre de commerce belgo-italienne):

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Après presque 100 jours de grève de la faim, la situation d’Alfredo Cospito est désormais très grave. Il grade toute sa détermination à lutter jusqu’au bout et la mobilisation solidaire s’est beaucoup élargie. Il y a eu des manifestations et des initiatives dans de nombreuses petites villes. A Milan et Turin, des manifestations d’un millier de personnes ont eu lieu. A Rome a lieu chaque jour un rassemblement de 3 heures devant le Ministère de la Justice. Les médias traitent souvent de l’affaire. Le demande de mettre fin au régime de 41bis pour Alfredo Cospito est largement sortie des milieux révolutionnaires. Ont pris positions en ce sens un mouvement d’opinion démocrate (intellectuels, juristes et avocats, quelques politiciens), divers forces de la gauche, des organisations comme Amnesty ou des mouvements comme le Notav. Des initiatives de solidarité internationale ont eu lieu, et notamment de la part de prisonniers révolutionnaires de Grèce, France, Turquie, Palestine et Kurdistan. Une audience à la Cour de cassation pour traiter le recours présenté par l’avocat d’Alfredo a été fixée dans… trois mois, le 20 avril. En apprenant la nouvelle de la fixation en avril, l’avocat d’Alfredo a envoyé une demande d’anticipation de l’audience.

 

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Dans la procédure d’extradition d’Ecevit Piroğlu de la Serbie vers la Turquie, la décision finale doit être prise le 18 janvier. Actif politiquement depuis 1992, Piroğlu a été emprisonné à plusieurs reprises en Turquie. En 2021, il a demandé l’asile politique en Serbie après avoir été accusé de terrorisme en lien avec le soulèvement de Gezi en 2013. Avant de partir pour la Serbie, Piroğlu a combattu contre l’État islamique au Rojava. Le 24 juin 2021, il a été arrêté à l’aéroport en Serbie. Cela a marqué le début d’une procédure qui dure depuis 18 mois. Sa demande d’asile n’a pas reçu de réponse positive. Ecevit Piroğlu a fait une grève de la faim pendant 136 jours contre la procédure illégale et le retard dans le traitement de sa demande d’asile. Mercredi 18 janvier, la Cour d’appel entendra à nouveau l’affaire d’extradition et annoncera la décision finale. Des manifestations auront lieu partout dans le monde.

Rassemblement lundi 16 janvier à 15H30 devant le consulat de Serbie à Bruxelles (Bd du Régent 53, métro Madou) à 15h30

Arrêtée le 21 septembre 2001, l’Américaine Ana Montes qui travaillait comme analyste à la DIA, l’agence du renseignement de la défense (Defense Intelligence Agency), a été accusée d’espionnage pour le gouvernement cubain. Elle travaillait pour Cuba pour des raisons idéologiques, en raison de son opposition à la politique étrangère américaine. Elle a plaidé coupable et a été condamnée en 2002 à une peine de prison de 25 ans suivie de cinq ans de probation. Officiellement, Ana Montes aurait travaillé comme agente double à partir de 1992 jusqu’à son arrestation en 2001, mais le FBI la soupçonne d’avoir commencé dès 1985. Ana Montes était considérée comme la meilleure analyste cubaine de la DIA et était connue dans toute la communauté du renseignement américain pour son expertise. Personne ne savait qu’elle divulguait des informations militaires américaines classifiées ni à quel point elle manipulait les opinions du gouvernement US sur Cuba.

Son rôle d’agent double, qui fonctionnait grâce à des ordres reçus par radio et à l’envoi des messages sur des disques cryptés, est mis à mal en 1996 après une dénonciation par l’un de ses collègues. Il se terminera complètement en 2001, lors de son arrestation puis de sa condamnation l’année suivante. Ana Montes a été condamnée pour avoir communiqué à Cuba l’identité de quatre espions américains, mais aussi d’autres informations classifiées. Après 20 ans passés derrière les barreaux d’une prison au Texas, l’Américaine Ana Montes a été libérée ce dimanche 8 janvier, a annoncé l’agence pénitentiaire américaine. Désormais âgée de 65 ans, elle va être placée sous le régime de résidence surveillée pendant cinq ans et a interdiction… de travailler à nouveau pour le gouvernement américain.

Alfredo Cospito poursuit sa grève de la faim. Les principales mobilisations solidaires se sont déroulées à Rome, Turin, Milan, Bologne, Gênes et à Palerme. A Turin, le 25 décembre, une cinquantaine de solidaires ont fait une diffusion massives de tracts entourés d’une centaine de policiers. A Milan, 300 personnes ont défilé le même jour et il y a eu des heurts avec les forces de l’ordre (photo 1). A Rome, le 31 décembre, 300 personnes se sont rassemblées devant la Direction Nationale Antimafia et Antiterroriste, au coeur du quartier parlementaire et présidentiel. Deux tentatives de départ en cortège ont été violemment repoussée par la police et il y a eu de nombreuses arrestations. La nuit de nouvel an, entre 500 et 1000 personnes se sont rassemblées devant la grande prison de Rebibbia. Il y a eu pendant cette période des manifestations et des rassemblements dans plusieurs villes secondaires: Modena, Teramo, Pesaro, Pescara, Trento et d’autres encore. Enfin, il y a eu trois rassemblements devant la prison de Bancali (à Sassari, en Sardaigne), où est détenu Alfredo: le 31 décembre, le 4 janvier et aujourd’hui, le 8. Le camarade a pu bien entendre les manifestants.

Il y a eu plusieurs actions directes dont 25 voitures incendiées sur le parking de Hertz, une société qui collabore avec le système carcéral, et de très nombreuses petites initiatives solidaires, en Italie et à l’étranger (photo2: des tags à Bruxelles). La cause d’Alfredo commence à être largement thématisée. L’extrême démesure de la condamnation et du régime de détention est questionnée jusque dans les médias mainstream.

Edit: Il n’y a pas eu d’arrestations à Rome mais un très long nassage à la suite duquel les manifestants n’ont été libéré qu’après minuit, le lendemain 1er janvier.

 

 

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Thanos Chatziangelou, membre de l’Organisation d’Action Anarchiste (voir notre article), est toujours en lutte contre son transfert disciplinaire à la prison de Nigrita (voir notre article). Le 25 décembre, il avait été transféré à l’hôpital de Serres où un bras de fer a opposé les autorités grecques qui exigeaient qu’il soit nourri de force, et les médecins qui refusaient, conformément à leur déontologie, à poser des actes médicaux contre la volonté d’un patient lucide. Thanos vient d’être transféré à l’hôpital régional de Korydallos. Cela pourrait signifier pour lui un ré-attachement à la prison de Korydallos, sa principale revendication. Par conséquent, il a suspendu sa grève de la soif. Il continue sa grève de la faim jusqu’à être certains de son transfert à la prison de Korydallos. Le mouvement de solidarité avec Thanos reste actif.

un rassemblement solidaire à Thessalonique

 

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Âge de 64 ans, Karim Younis est devenu un symbole auprès des Palestiniens, ayant passé 40 ans en prison, la période la plus longue pour un détenu en Israël. Il a été libéré le matin de la prison de Hadarim. Il avait été arrêté en 1983 avec son cousin Maher Younis pour avoir tué un soldat dans le Golan, plateau syrien occupé et annexé par Israël. Ses premiers mots ont été : « Je salue notre grand peuple qui s’est engagé dans la lutte pendant 100 ans sans lever le drapeau blanc ». Arborant un keffieh et un drapeau palestinien, il a montré le visage d’un homme toujours debout et engagé auprès de son peuple dans la lutte. Mardi, le nouveau ministre de l’Intérieur israélien a déclaré vouloir retirer aux deux cousins leur citoyenneté israélienne, une disposition pourtant illégale en Israël. Karim Younis faisait partie du groupe de prisonniers palestiniens qui devaient être libérés en 2013 dans le cadre de négociations de paix israélo-palestiniennes, mais leur libération avait finalement été refusée par Israël et les discussions ont ensuite été suspendues.