Les initiatives exigeant la libération des prisonniers d’Action Directe s’étaient multipliées dans la deuxième moitié de mai: occupations des locaux de l’Ordre des médecins à Paris, Lille et Valence, accrochages de calicots à la cathédrale d’Auch (sud de la France) et à Huizingen, au-dessus de l’autoroute Bruxelles-Paris, meetings à Paris, Toulouse et Marseille, rassemblement devant le consulat de France à Liège, tir de fusées marines de détresse contre le consulat de France à Zürich, etc. Considérant que son espérance de vie se compte ‘en mois’, la juridiction de liberté conditionnelle de Douai a suspendu sa peine, lundi 14 juin, pour raisons de santé, après dix-sept années de prison, comme le permet la loi Kouchner de mars 2002. Mais elle-même sait parfaitement à quoi s’en tenir sur son état. Après des semaines d’hésitations, officiellement liées au fait que les expertises médicales ne concordaient pas pour déclarer ‘engagé’ le pronostic vital de Joëlle Aubron, la justice n’a laissé aucune ambiguïté. Les magistrats de la juridiction régionale de libération conditionnelle de Douai (Nord) ont lu leur décision à la condamnée et à son avocat, Bernard Ripert, dans la prison de Bapaume (Pas-de-Calais) où elle est incarcérée depuis 1999.

Attendu que Joëlle Aubron est atteinte d’une pathologie engageant le pronostic vital au terme des expertises réalisées par les docteurs X. et Y., bien que ce dernier ne reprenne pas expressément des conclusions aussi explicites, il ressort clairement de la description de la pathologie cancéreuse de Joëlle Aubron et de la nature des soins qui lui sont portés que le pronostic vital est engagé puisque l’expert expose les conditions d’une évolution inéluctable vers la perte programmée d’autonomie et les limites de l’espérance de vie ‘dans ce cas, en mois’; que les deux expertises sont dès lors concordantes; que Joëlle Aubron doit être prise en charge par sa famille dans des conditions qui n’appellent aucune réserve

Joëlle, qui vient d’avoir 45 ans a été placée sous la responsabilité d’un juge de l’application des peines de Sens.

En somme, a traduit aussitôt son avocat, ni Joëlle ni moi n’oublions les raisons pour lesquelles elle est libérée: il ne lui reste que quelques mois à vivre‘. Il s’agit d’ailleurs d’une suspension de peine et non d’une grâce: si l’état de santé de Joëlle en venait à démentir des prognostics, elle pourrait retourner en prison. La décision de libération a été différée à trois reprises, depuis le début du mois de mai. Joëlle Aubron avait pourtant été opérée le 16 mars d’une tumeur au cerveau au CHRU de Lille, puis engagé un traitement (chimiothérapie et traitement aux rayons) qui l’a extrêmement affaiblie.

Des délégations du collectif Ne Laissons Pas Faire, de la CNT, de notre Secours Rouge/APAPC et de l’Internationalistische Komitee de Sarrebruck (RFA) ainsi qu’une meute de journalistes, ont accueilli Joëlle à sa sortie. Joëlle a fait une courte déclaration.

La libération de Joëlle est une victoire amère. Elle survient tard, trop tard. Elle brise cependant un tabou, celui de la libération des militants d’Action Directe, et il convient d’accentuer la campagne de solidarité pour que soient libérés au plus vite Nathalie Ménigon, atteinte d’une hémiplégie partielle et touchée moralement par cette interminable détention passée dans des conditions particulièrement dures (elle a vu sa demande de suspension de peine refusée le 9 avril), Georges Cipriani, lui aussi blessé psychologiquement par la détention et l’isolement carcéral total auquel il fut soumis de longues années et Jean-Marc Rouillan, à qui les médecins de la centrale de Moulins-Yseure (Allier) ont annoncé qu’il souffrait d’un cancer du poumon. Ils arriveront en février 2005 au terme de leur peine de sûreté de dix-huit ans et pourront demander une libération conditionnelle. Le fait qu’ils soient libérables ne signifie naturellement pas qu’ils seront libérés: Régis Schleicher, détenu depuis vingt ans, est ainsi libérable depuis quatre ans.

Libération de Joëlle Aubron

Une importante délégation du Secours Rouge s’est rendue à la prison de Bapaume le 16 juin 2004 pour accueillir Joëlle Aubron à sa libération.

Libération de Joëlle Aubron

Affiche SR pour Action Directe

Texte du poème de Brecht figurant sur l’affiche:

NOS DEFAITES NE PROUVENT RIEN

1

-Quand ceux qui luttent contre l’injustice
-Montrent leurs visages meurtris
-Grande est l’impatience de ceux
-Qui vivent en sécurité.

2

-De quoi vous plaignez-vous? demandent-ils
-Vous avez lutté contre l’injustice!
-C’est elle qui a eu le dessus,
-Alors taisez-vous.

3

-Qui lutte doit savoir perdre!
-Qui cherche querelle s’expose au danger!
-Qui professe la violence
-N’a pas le droit d’accuser la violence!

4

-Ah! mes amis
-Vous qui êtes à l’abri
-Pourquoi cette hostilité? Sommes-nous
-Vos ennemis, nous qui sommes les ennemis de l’injustice?
-Quand ceux qui luttent contre l’injustice sont vaincus
-L’injustice passera-t-elle pour justice?

5

-Nos défaites, voyez-vous,
-Ne prouvent rien, sinon
-Que nous sommes trop peu nombreux
-A lutter contre l’infamie,
-Et nous attendons de ceux qui regardent
-Qu’ils éprouvent au moins quelque honte.

Bertold Brecht

Affiche SR pour Action Directe

Compte rendu de la manifestation:

Manifestation à Bapaume

Manifestation à Bapaume

Ce samedi 24 avril, des bus provenant de l’ensemble des provinces du Pays-Basque se sont rendus à l’appel de l’organisation Askatasuna vers les deux prisons les plus éloignées du Pays-Basque où des prisonniers politiques basques sont incarcérés. Il s’agit de la prison d’Algeciras (au Sud de l’Andalousie) et de Bapaume (où une autre militante basque, Agurtzane, a rejoint Maquso il y a quelques mois).

Ces deux prisons sont le symbole de la politique d’éloignement et d’isolement politique mise en place par les gouvernements français et espagnol. 700 prisonniers politiques basques (dont 135 prisonniers basques dans 26 prisons françaises différentes) subissent cette injustice, et cette répression politique visant avant tout à couper tous leurs liens avec leur pays, familles et proches. La politique de dispersion et d’éloignement des prisonniers basques loin du Pays-Basque complique, donc espace, les visites des familles, des avocats et des médecins. Cette politique appliquée depuis 1987 frappe également les familles obligées de parcourir des milliers de kilomètres pour une visite de moins d’une heure (quatorze parents sont morts sur la route de la prison depuis la dispersion).

En plus de revendiquer le respect de leurs droits, pour leur dignité, le Collectif des Prisonniers Politiques Basques lutte aussi pour la reconnaissance de leur caractère politique. Car cette reconnaissance est indispensable dans la voie de la résolution du conflit politique. Si on veut dépasser cette situation de conflit politique, il est indispensable d’accepter le caractère politique des prisonniers politiques basques, ainsi que leur participation au processus politique en Pays-Basque.

Ce sont donc 250 basques débarquant de cinq autocars qui ont participé à la manifestation de Bapaume, rejoints par des manifestants français. En effet, le collectif ‘Ne Laissons Pas Faire’ (NLPF) s’était associé à l’appel d’Askatasuna, ce qui permettait de renouveler, de manière plus large, la manifestation de l’année passée en soutien aux prisonnières d’Action Directe. Ont donc également participé à cette initiative des militants du Collectif ‘Ne Laissons Pas Faire’, de la CNT, du Comité Secours Rouge (Paris). Dix membres de notre Secours Rouge/APAPC ont fait le voyage et participé à cette manifestation. Pic-nique, chants, partie de foot, discours, et activités basques traditionnelles comme la pyramide humaine, se sont succédés pendant quatre heures sous les encouragements des prisonnières.

Pour le contact avec Askatasuna

Manifestation à Bapaume
Manifestation à Bapaume

Meeting NPLF

Le 23 avril 2004, une délégation du Secours Rouge/APAPC participe au meeting organisé par NLPF à Paris pour la libération des prisonniers d’Action Directe. Elle apporte aux participants le message de la Commission pour un SRI.

Message de la Commission pour un Secours Rouge International:

La Commission pour un Secours Rouge International adresse un salut militant aux participants et aux organisateurs du meeting de solidarité qui nous réunit ce soir.

La situation des prisonnier(e)s d’AD et la question de leur libération sont aujourd’hui lourdes de signification. Est-il tolérable que l’Etat maintienne dans ses geôles des personnes dont l’état de santé ne le permet plus? La loi prétend que non, le gouvernement français, dans ce cas, décrète que si. Est-il tolérable que cet acharnement judiciaire, dont il faut à présent craindre le pire, trouve sa raison dans la qualité politique des faits à l’origine des condamnations? Serait-ce donc une circonstance aggravante que d’être guidé par des motivations révolutionnaires quand on enfreint la loi? L’idéal démocratique dans l’histoire a démontré le contraire, aujourd’hui les autorités françaises le renient. La situation des prisonnier(e)s d’Action Directe et la question de leur libération ne peuvent laisser indifférent. Elles sont emblématiques de la nature véritable du régime en France, de ses orientations ouvertement réactionnaires, elles doivent interpeller chacun et chacune. Ou bien nous laisserons la justice française rétablir la peine de mort, diluée dans des années et des années de régime de détention destructeur, ou bien nous empêcherons le crime. C’est, ce sera, un rapport de force. Nous avons tous et toutes la responsabilité de faire qu’il penche du bon côté.

Beaucoup d’arguments sont présentés, qui fondent la légitimité de l’exigence de la libération des prisonnier(e)s d’AD. Nous allons cette fois en citer un en particulier. Joëlle, Jean-Marc, Georges, Nathalie et Régis doivent être libérés parce qu’ils assument pleinement le combat qu’ils ont mené hier contre le capitalisme et l’impérialisme. C’est une valeur trop rare à notre époque. Oui, il faut que la jeunesse d’aujourd’hui renoue avec l’exemple de la dignité et de l’abnégation militante. Les prisonnier(e)s d’Action Directe y contribuent sans hésiter un seul instant, voilà aussi ce qui doit motiver notre mobilisation pour leur défense et leur liberté immédiate.

Contre l’Europe des polices et des patrons, vive la solidarité internationaliste!

Commission pour un Secours Rouge International, Bruxelles / Zürich

Meeting NPLF