Actualité de la répression et
de la résistance à la répression

Le prisonnier politique Umer Khalid a été libéré de l’hôpital après plus d’une semaine de soins consécutifs à l’arrêt de sa grève de la faim et de la soif (voir notre article). S’il est désormais retourné à la prison de Wormwood Scrubs, ses soutiens continuent de dénoncer fermement la période d’isolement durant laquelle tout contact avec sa famille et ses avocats lui a été refusé. Ils continuent de se mobiliser via le hashtag #FreeUmerKhalid pour exiger le respect immédiat de ses droits fondamentaux. Bien qu’Umer ait pu reprendre contact avec ses proches dans la soirée du 6 février, la vigilance reste de mise et ses soutiens appellent à poursuivre la mobilisation jusqu’à l’obtention d’une mise à jour complète sur son état.

Prisonnier politique incarcéré suite aux soulèvements historiques à Minneapolis en mai 2020 contre le racisme systémique, Montez Lee purge actuellement une peine fédérale de dix ans tout en menant une bataille héroïque devant la cour d’appel pour faire annuler ses charges illégitimes. Père de famille et musicien, il est la cible d’une répression d’État visant à intimider ceux qui défendent leurs communautés contre les violences systémiques. Pour soutenir ce combat, ses soutiens organisent la solidarité afin de financer ses frais juridiques, son quotidien en détention et les besoins de ses enfants, tout en brisant son isolement par l’envoi de correspondances et d’ouvrages spécialisés en musique ou en littérature de fiction (voir ici).

Le vendredi 6 février, les autorités israéliennes ont expulsé Camille (22 ans, de Chambéry) et Momo, deux membres de l’organisation International Solidarity Movement (ISM), après le rejet de leur appel. Arrêtés le dimanche précédent en Cisjordanie (voir notre article), ils étaient détenus pour leur présence dans une « zone militaire fermée ». Le comité de soutien de Camille dénonce un « simulacre de justice » et une décision politique visant à écarter les témoins internationaux pour faciliter l’expansion des colonies et l’éviction des populations bédouines, notamment dans le secteur d’Al-Mughayyer.

Dossier(s): Monde arabe et Iran Tags: ,

Dans le district de Gadchiroli, dans l’est du Maharashtra, sept maoïstes, dont le dirigeant Prabhakar alias Loketi Chandar Rao, ont été tués lors de confrontations avec la police au cours d’une opération anti-Naxalite qui durait depuis trois jours. Prabhakar, originaire du Telangana et responsable de plusieurs unités maoïstes dans la région, était recherché avec une prime de 25 lakh de roupies sur sa tête (environ 27 500 euros). L’opération, déclenchée sur la base de renseignements, a mobilisé quatorze unités de la force spéciale C-60. Au total, sept corps ont été récupérés, accompagnés d’armes dont des AK-47 et des fusils SLR. Dans le même temps, le policier Deepak Chinna Madavi, qui avait assassiné deux maoïstes, est décédé de ses blessures, tandis qu’un autre agent est blessé.

Dossier(s): Inde-Népal Tags: ,

Dans le cadre d’une offensive répressive ciblant le Parti Socialiste des Opprimés (ESP), la Fédération des Associations de Jeunesses Socialistes (SGDF), le Conseil des Femmes Socialistes (SKM), le média ETHA et diverses structures politiques et syndicales de gauche, une centaine de militants ont été interpellés le 3 février lors de perquisitions menées dans 22 villes de Turquie et du Bakur, sous l’accusation d’« appartenance à une organisation interdite et de propagande organisationnelle », en l’occurrence le Parti Communiste Marxiste-Léniniste (MLKP). Lors de plusieurs audiences les 5 et 6 février, 77 d’entre eux ont été placés en détention, tandis que d’autres ont bénéficié de mesures de contrôle judiciaire. Parmi les personnes emprisonnées figurent Berfin Polat (co-présidente de la SGDF), Murat Çepni (co-président de l’ESP) et Tanya Kara (porte-parole du SKM). Lors de son procès, Murat Çepni a déclaré : « Vous pouvez prendre en otage les membres de l’ESP avec des dossiers montés de toutes pièces, mais vous ne ferez jamais capituler son idéologie et sa politique. La lutte du peuple pour la liberté et le socialisme continuera, et l’ESP restera au cœur du combat. Il n’y a ni pessimisme, ni résignation ! »

Ces arrestations ciblent des militants pour leur engagement en faveur du Rojava, de la révolution socialiste, des droits des travailleurs et de la lutte pour l’émancipation des femmes, ainsi que pour la diffusion d’idées socialistes. Le procès et les interrogatoires reposent sur des témoignages d’« informateurs » et incluent des pièces à conviction, telles que des livres de Mahir Çayan, Che Guevara ou le Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels, qualifiés de « preuves d’activité criminelle ». Les militants détenus et leurs avocats dénoncent des procès politiques et appellent à la solidarité, alors que les initiatives de soutien se multiplient en Turquie et dans plusieurs pays européens.

Dossier(s): Turquie-Kurdistan Tags: , ,

Le 20 janvier, la journaliste Nujan Mala Hassan a été blessée par des tirs à balles réelles de soldats turcs alors qu’elle couvrait des manifestations pour le Rojava le long de la frontière syro-turque, dans le cadre d’une escalade répressive ciblant manifestants et journalistes. Alors que les forces turques utilisaient initialement canons à eau et gaz lacrymogènes, elles ont ouvert le feu directement sur la foule sans sommation, touchant Hassan à l’abdomen puis à la jambe, ainsi que plusieurs civils. L’incident est une violation du droit international humanitaire et une attaque délibérée contre la liberté d’informer, soulevant de sérieuses questions sur l’impunité des forces militaires et la protection des journalistes dans les zones de conflit.

Face à la surincarcération, la ministre de la Justice Annelies Verlinden étudie la création d’une prison flottante pouvant accueillir environ 300 à 350 détenus, potentiellement opérationnelle dès l’été 2026. Inspiré d’expériences néerlandaises et d’un ancien ponton utilisé à Gand pour des migrants, le projet reste toutefois complexe pouvant entrainer d’éventuelles adaptations législatives.

Dossier(s): Belgique Tags: ,

Le mercredi 11 février à 19h, le film de Lise Baron, Dans nos prisons, histoire d’une lutte (52’), sera projeté au Chat Noir à Toulouse (270 avenue de Muret). Le documentaire retrace les mobilisations des années 1970, quand détenues, familles et militants, dont le Groupe d’information sur les prisons, ont mené mutineries et actions collectives pour dénoncer les conditions de détention inhumaines. Ces luttes ont permis de mettre en lumière la « question carcérale », un enjeu toujours d’actualité dans le débat sur la justice et les droits des prisonniers.

Depuis le mouvement social contre la réforme des retraites de 2023, plus de 1 000 militants de la CGT font l’objet de procédures disciplinaires ou judiciaires, dont cinq dirigeants nationaux. Licenciements, convocations, mises en examen et condamnations ponctuent cette vague de répression qui touche toutes les branches, de la Fédération nationale des mines et de l’énergie aux services publics locaux. La CGT dénonce notamment l’usage croissant du « name and shame » par certains employeurs : la diffusion délibérée des noms et coordonnées des militants visés à la police, aux instances disciplinaires ou au grand public pour intimider, isoler et discréditer les syndicalistes. Face à cette politique, le syndicat organise des actions de solidarité et un plan d’accompagnement pour les cégétistes ciblés, tout en dénonçant un climat social et juridique de plus en plus hostile à l’action syndicale.

Dossier(s): France Tags: ,

Dans son rapport annuel 2026, Human Rights Watch alerte sur un durcissement des politiques répressives au Maroc en 2025, visant militants, journalistes et défenseurs des droits humains à travers des poursuites judiciaires pour diffamation, atteinte à la sécurité de l’État ou à la monarchie. L’organisation pointe également la répression violente des manifestations du mouvement « GenZ 212 », qui aurait causé plusieurs morts et des centaines d’arrestations, dont des mineurs, avec de nombreuses personnes encore détenues. Le rapport critique aussi une loi controversée sur le droit de grève validée par la Cour constitutionnelle, ainsi que des lacunes persistantes en matière de droits des femmes, notamment sur la tutelle des enfants, le mariage précoce et l’absence de criminalisation du viol conjugal.

Concernant le Sahara occidental, territoire occupé par le Maroc depuis 1975, la situation reste tendue. Le régime marocain refuse toujours d’organiser un référendum d’autodétermination malgré le cessez-le-feu de 1991 négocié avec le Front Polisario, qui a repris les hostilités armées en 2020. Les tentatives de solution, incluant la proposition de « plan d’autonomie » de 2007 soutenu par plusieurs pays, ne sont pas reconnues par le Front Polisario ni par l’Union africaine. Les droits humains y sont également préoccupants : 19 militants du groupe « Aïd El Aâdikim » restent emprisonnés après des procès jugés inéquitables en 2013 et 2017. Par ailleurs, la Cour de justice européenne a annulé en 2024 des accords commerciaux incluant le Sahara occidental, estimant que l’exploitation des ressources sans consentement des populations locales viole leur droit à l’autodétermination.

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