Actualité de la répression et
de la résistance à la répression

La détention de Booker Ngesa Omole, secrétaire général du Parti Communiste Marxiste du Kenya, est dénoncée par de très nombreuses organisations dans le monde comme une persécution politique après son arrestation violente par la police kényane à Isiolo (voir notre article). Selon des déclarations officielles du parti, il aurait été enlevé sans mandat, battu, torturé, transféré à la prison de détention de Kitengela avec le bras cassé, privé de soins médicaux urgents, de libération sous caution et d’accès à ses avocats, sa famille ou ses camarades . Les accusations à son encontre incluent tentative de meurtre sur policiers, liens fantaisistes avec un « cartel de drogues » et possession d’armes déjà légalement enregistrées, des motifs que ses soutiens qualifient de fabrications visant à criminaliser la dissidence, mobilisation et solidarité internationale pour exiger sa libération immédiate.

La tenue d’un « Forum des métiers de défense et sécurité » le mardi 24 février sur le campus de Niort a suscité une vive contestation. L’événement, qui réunissait la police, la gendarmerie et les armées, est dénoncé pour sa mise en avant de dispositifs répressifs, tels qu’un stand de tir, et pour la promotion de métiers liés au maintien de l’ordre et à la guerre.

Dossier(s): France Tags: ,

Le ministère de l’Intérieur a refusé d’accorder à Manuel Jesús García Caparrós, jeune syndicaliste tué par la police lors d’une manifestation pour l’autonomie andalouse le 4 décembre 1977, le statut de victime du terrorisme d’État, estimant que la loi de 2011 sur les victimes du terrorisme ne couvre pas ce type de faits. Bien que l’administration reconnaisse qu’un membre de la police armée a tiré mortellement, elle invoque l’absence de condamnation judiciaire pour rejeter toute indemnisation, privant ainsi la famille d’aides et de réparations. Cette décision, contestée par les proches du militant, ravive le débat sur la reconnaissance des quelque 200 victimes de violences policières recensées durant la transition dite démocratique.

Dossier(s): Espagne Tags: ,

La reddition de Thippiri Tirupati, alias Devuji, officialisée le 24 février 2026 à Hyderabad, marque un tournant dans la lutte contre l’insurrection naxalite en Inde. Membre éminent du bureau politique et chef de la branche militaire du PCI (maoïste), il a déposé les armes après plus de 40 ans de clandestinité, invoquant des problèmes de santé chroniques. Cette reddition intervient alors que Tirupati était pressenti pour devenir le secrétaire général du mouvement après la mort de Basavaraju en 2025 (voir notre article).

Accompagné de trois autres hauts dirigeants, dont Malla Raji Reddy, sa reddition fragilise le commandement central de la guérilla alors que les opérations de contre-insurrection se poursuivent. Par exemple, plusieurs armes ont été saisies et des dizaines d’engins explosifs ont été neutralisés dans les zones frontalières avec le Chhattisgarh, tandis que deux cadres maoïstes recherchés ont été tués le 26 février lors d’un affrontement avec les forces de sécurité dans le district de Bijapur, au sud du Bastar. Les autorités affirment avoir saisi des fusils automatiques, grenades et munitions sur les lieux.

Dossier(s): Inde-Népal Tags: ,

Cinq ans après les manifestations de 2021 contre l’incarcération du rappeur Pablo Hasél à Barcelone, le parquet requiert de lourdes peines (de 5 à 8 ans et demi de prison) contre quatre jeunes poursuivis pour désordres publics, dégradations et attentat aggravé contre agents des Mossos d’Esquadra. Arrêtés lors du troisième jour de mobilisation, ils sont accusés d’avoir lancé des pierres contre des fourgons de la brigade antiémeute (BRIMO) dans un contexte de protestations massives rassemblant plus d’un millier de personnes.

Dossier(s): Espagne Tags: ,

Un nouvel appel à mobilisation internationale est lancé pour la santé de Mumia Abu-Jamal, détenu en Pennsylvanie depuis plus de 43 ans. Si l’ablation de sa cataracte secondaire a été obtenue grâce à la pression de ses soutiens (voir notre article), les traitements indispensables pour sa grave affection rétinienne et son glaucome actif ne sont toujours pas assurés, l’exposant à un risque élevé de cécité, tandis qu’il a aussi besoin de nouvelles lunettes en urgence. Ses soutiens appellent à l’envoi immédiat de courriels au Département correctionnel de Pennsylvanie afin d’exiger une prise en charge médicale complète et rapide, rappelant que le refus de soins pourrait constituer un traitement cruel et inhumain au regard du droit américain et international (plus d’infos).

La guerre des 12 jours et l’impérialisme guerrier américain

Depuis le 13 juin 2025 et le début de la guerre des 12 jours, l’Iran est au centre de l’actualité. L’offensive de l’entité sioniste et de son allié américain a depuis muté de forme, mais ne s’est pas conclue lors de la signature du cessez-le-feu. L’impérialisme américain et son bras armé sioniste ont au contraire intensifié leurs pressions militaire et politique sur le régime théocratique iranien en recourant, comme par le passé, à tout type de tactique pour tenter de le faire tomber. Cette situation ne peut pas être sortie du contexte international. Les multiples agressions en Amérique du Sud avec l’attaque sur le Venezuela et l’enlèvement du président Maduro et de Cilia Flores, sa femme, le soutien actif au génocide à Gaza ou la mise en place du gouvernement de Jolani en Syrie, ne laissent plus de place au doute : l’impérialisme guerrier américain se révèle une nouvelle fois dans toute son agressivité. Il ne cherche en effet plus à se dissimuler derrière un masque démocratique, il est assumé. Dans cette période historique où tout semble s’accélérer, il est important pour les forces révolutionnaires actives au cœur de l’impérialisme occidental de ne pas s’engager dans des impasses politiques et de comprendre quel doit être leur rôle.

Récemment, toutes sortes de positions et de questionnements ont émergé au sein de la gauche sur les mobilisations et manifestations qui ont eu lieu en Iran et leur répression implacable par le régime des mollahs. D’un mutisme remarquable aux prises de positions campistes, la gauche radicale, à quelques rares exceptions près, préfère ne pas s’aventurer dans une analyse transversale, que nécessite la situation iranienne. Ce texte vise à apporter quelques réflexions sur cette question, en essayant de notre mieux de comprendre les contradictions et complexités intrinsèques de notre analyse, et, ainsi, à participer au débat pour la construction d’une solidarité internationale révolutionnaire et anti-impérialiste.

Aspirations iraniennes et cynisme occidental

Les récentes manifestations populaires en Iran ont occupé une grande place dans les médias occidentaux. Contrairement à ce que certains affirment, ces mobilisations ne sont pas le fruit de manipulations ou d’ingérences extérieures : elles sont une réaction à une situation économique catastrophique pour le peuple iranien. L’explosion du coût de la vie et la pauvreté grandissante ont ainsi incité la population iranienne à prendre la rue. Les revendications visaient aussi le régime en place, dénonçant la corruption et demandant une ouverture démocratique. La contestation a rapidement pris de l’ampleur et plusieurs grèves de grande envergure ont paralysé le pays. Après plusieurs dizaines de jours et voyant le mouvement grandir, le régime iranien a répondu aux aspirations populaires en réprimant toute contestation. Arrestations de masse, blessé.e.s, disparitions, morts par centaines, voire par milliers furent la principale réponse aux mobilisations populaires.

En Europe, toutes sortes de condamnations opportunistes ont rapidement émergé dans les médias bourgeois, de la classe politique et des gouvernements. Les rédactions occidentales ont immédiatement tenté de mettre en avant la descendance du Shah Mohammad Reza Pahlavi comme la seule alternative souhaitée et souhaitable au régime des mollahs ; le prince héritier n’étant par ailleurs aucunement soutenu par le peuple iranien, à l’exception d’une minorité bourgeoise de la diaspora. Ainsi les médias occidentaux envisagent comme alternative au régime théocratique et réactionnaire en place, un fantasme nostalgique de la monarchie … par essence réactionnaire. Alors que Trump déployait plusieurs bateaux de guerre autour de l’Iran, les appels à l’intervention étrangère militaire et le renforcement de sanctions économiques se multipliaient au nom des prétendues liberté et démocratie. En vérité, ces appels ne portent pas la voix du peuple iranien, mais les intérêts de l’impérialisme occidental dont le premier but est de briser le régime en place. Dans les faits, les premières victimes des sanctions économiques ne sont jamais les élites politiques, mais bien le peuple. Les occidentaux ne cherchent pas à défendre la population iranienne, mais instrumentalisent leur souffrance pour parvenir à leurs fins.

Les occidentaux poursuivent un objectif unique : piller les ressources naturelles, comme le Shah le leur permettait autrefois, et forcer l’intégration du marché iranien à la finance mondiale pour étendre leurs profits.

Iran, révolution et socialisme

Dans notre camp, une partie de la gauche révolutionnaire et radicale a entrepris de défendre le régime théocratique iranien en disqualifiant une grande partie de la contestation populaire. Ce soutien au régime iranien s’expliquerait par le fait que la mobilisation populaire serait supposément le fruit d’agents extérieurs, du Mossad ou de la CIA. Ces mêmes accusations ont déjà fleuri lors de la vague de contestation ayant suivi à la mort de Mahsa Jina Amini, en septembre 2022.

Soyons très clair : c’est un fait historique, les impérialistes influencent les mouvements de contestations dans les États qui les défient, à la fois de l’intérieur, par des agents provocateurs et par le financement de certains mouvements, ainsi que de l’extérieur, par des appels au soulèvement, de la propagande médiatique ou encore la promotion de personnalités politiques en exil bien plus accommodantes envers leurs intérêts. Ces ingérences nient-elles le droit à un peuple de se soulever contre un régime réactionnaire ? À cette question, notre réponse doit être ferme : non.

Soutenir le gouvernement iranien actuel, c’est aussi mépriser l’histoire du mouvement révolutionnaire iranien et à ses martyrs. Il est important de rappeler quelques faits sur l’histoire iranienne. Le mouvement socialiste et communiste iranien s’est fait connaître dès le début des années 1900 en prenant une part active dans la « Révolution constitutionnelle » de 1906, ou un peu plus tard avec la République de Guilan écrasée par le fondateur de la dynastie Pahlavi, le Shah Reza Khan, qui sera suivi par son fils. Par la suite, différents partis et organisations furent fondés et subirent la répression imposée par la police politique du Shah, la Savak. Quant au pouvoir monarchiste, il fut consolidé après un coup d’État de la CIA et du MI6 contre Mohammad Mossadegh en 1953 alors qu’il voulait nationaliser le pétrole du pays vendu aux impérialistes.

Dès la naissance de la contestation contre le régime du Shah, deux courants se sont développés. L’un était religieux, dirigé par le clergé chiite et l’ayatollah Khomeini qui s’opposait aux ingérences étrangères, mais également à la perte de valeurs traditionnelles religieuses sur lesquelles reposaient son pouvoir et ses privilèges. L’autre était révolutionnaire, basé sur des idées socialistes et communistes, qui visait à combattre l’impérialisme et à construire le socialisme en Iran. Ce mouvement était constitué de plusieurs organisations, dont le Parti Toudeh, l’Organisation des Mojahedins du Peuple Iranien (O.M.P.I.) , l’Organisation de Fedayins du Peuple Iranien (O.G.F.P.I) ou encore le Parti Communiste d’Iran-Komalah.

Très rapidement la question de la collaboration avec les forces religieuses créa un débat interne au mouvement révolutionnaire qui résulta en différentes scissions. Certains voyaient les forces islamiques comme une force d’émancipation nationale et anti-impérialiste et prônaient une collaboration afin de renverser le Shah, tandis que d’autres dénonçaient leur caractère réactionnaire et leur utilité à l’impérialisme occidental. Ces derniers préféraient en effet, en pleine Guerre froide, une prise de pouvoir religieuse à une prise de pouvoir communiste. Cette lutte de ligne continua après la chute du Shah pour déterminer s’il fallait continuer la lutte armée afin de renverser le pouvoir islamique désormais au pouvoir, ou non.

Les organisations de gauche qui avaient construit une base solide et bénéficiaient d’un soutien populaire fort participèrent toutes au renversement du Shah, tant celles qui défendaient la collaboration avec les forces religieuses que la ligne opposée. À la chute du Shah, Khomeini revint de son exil en France et prit le pouvoir avec les forces religieuses. Il décida alors de s’attaquer à toutes les forces socialistes et communistes, qu’elles aient été des alliées ou non. Cette décision fut prise afin d’empêcher toute continuation de la révolution vers un développement socialiste, et ce malgré un grand soutien populaire. Un vrai massacre prit alors place, les organisations et partis se sont vus interdits, des dizaines de milliers de militantes et militants sont arrêté.e.s et torturé.e.s. Toutes celles et ceux qui ne reniaient pas leur engagement furent assassiné.e.s. En quelques mois, ce sont plus de 30’000 prisonnières et prisonniers politiques de toutes les organisations qui furent exécuté.e.s.

La répression contre les mouvements révolutionnaires par le régime théocratique n’a depuis jamais cessé et frappe encore aujourd’hui, comme celle contre les peuples kurdes, baloutches ou encore turkmènes présents en Iran.

Mort aux impérialismes ! Socialisme ou barbarie !

Notre positionnement ne peut pas oublier l’histoire et condamner les révolutionnaires qui se soulèvent contre la théocratie iranienne. Même si celle-ci est dans le viseur des impérialistes occidentaux ou qu’elle soutient par ailleurs la résistance armée du peuple palestinien, cela n’efface en rien les contradictions internes au pays qui sont bien existantes.

Notre première tâche est toujours de combattre notre impérialisme, à la fois européen, mais aussi, parce qu’ils sont si étroitement liés (malgré certaines contradictions), l’impérialisme américain à qui profite la guerre. La Suisse joue un rôle clef de fournisseur de service et de facilitateur pour les impérialismes occidentaux : elle a clairement choisi son camp.

Le sionisme étant leur outil pour développer un avant poste dans la région, notre solidarité avec les résistances palestiniennes et libanaises qui combattent Israël est une évidence. Pour autant, la formule del’ennemi de notre ennemi ne saurait satisfaire la complexité des analyses d’un système aux multiples impérialismes et aux nombreuses contradictions, primaires et secondaires, et ainsi résoudre la position qu’il nous convient d’assumer.

L’ennemi et ses alliés étant premièrement chez nous, toutes les banques, producteurs d’armes et autres institutions au service de l’impérialisme occidental doivent être notre cible. Il ne doit pas y avoir de paix pour les profiteurs de la guerre !

Nous devons aussi condamner fermement les sanctions économiques contre l’Iran qui ne feront qu’empirer la situation pour le peuple iranien. Ce sont ces sanctions qui le réduisent à un état de survie et l’empêchent de s’organiser. Il faut également agir contre la logique guerrière de notre bourgeoisie qui rêve de frapper militairement le gouvernement iranien afin de pouvoir assouvir sa soif de profits au détriment du peuple iranien. Notre discours doit mettre en lumière les manipulations médiatiques mises en place pour forger une opinion publique favorable à une ingérence étrangère. Enfin, nous devons soutenir les forces révolutionnaires sur place qui combattent à la fois l’impérialisme occidental et le régime théocratique iranien.

À bas l’impérialisme et la machine de guerre américaine !
Vive la lutte des peuples opprimés !
Pas de guerre entre les peuples, pas de paix entre les classes !

Secours Rouge Genève et Ligne Rouge, février 2026

Le 24 février 2026, le ministère de l’Intérieur a saisi la justice à la suite d’accusations de « reconstitution » de la Jeune Garde, officiellement dissoute en juin 2025, et a annoncé la dissolution de plusieurs groupes supposés liés à cette organisation (voir notre article). L’enquête, confiée à la Direction générale de la gendarmerie nationale et à la section de recherches (SR) de Paris, porte sur le délit de participation au maintien ou à la reconstitution d’une association dissoute, passible de trois ans de prison et de 45 000 euros d’amende.

Dossier(s): France Tags: ,

Fin février 2026 au Népal, plusieurs cadres et partisans du Communist Party of Nepal (Bahumat) (CPN Bahumat) ont été arrêtés dans un contexte de fortes tensions politiques. Son secrétaire général, Dharmendra Bastola, a été interpellé à Katmandou après l’annonce d’une grève nationale, aux côtés de responsables locaux dont Bishnu Timalsina et Binod Marasini, arrêté à Butwal. D’autres militants, parmi lesquels Yukendra Shretha de la Communist Youth Organisation et Basudev Budhal, dirigeant étudiant lié à l’All Nepal National Independent Students’ Union (Revolutionary), ont également été placés en détention, tout comme « Sajak », présenté comme responsable du parti pour avoir contesté la légitimité des élections.

Dossier(s): Inde-Népal Tags: ,

Dans une tribune diffusée à l’occasion d’une grève lancée le 8 février 2026 dans les prisons de l’Alabama (voir notre article), le détenu anarchiste Michael Kimble présente l’arrêt de travail comme « un coup porté à l’État », accusé de maintenir « une situation d’esclavage et de surexploitation » à travers le travail pénitentiaire. « Quand nous refusons de travailler gratuitement (ce qui est de l’esclavage), nous affirmons notre pouvoir en tant que travailleurs et en tant qu’êtres humains », écrit-il, dénonçant le 13e amendement de la Constitution états-unienne qui interdit l’esclavage sauf en cas de condamnation pénale. Revenant sur l’histoire du « convict leasing » en Alabama (système qui louait la main-d’œuvre carcérale à des entreprises privées), le militant affirme que la prison demeure un dispositif d’exploitation économique. Il décrit leur mobilisation comme une stratégie destinée à bloquer la production, éveiller la conscience des prisonniers « en tant que classe opprimée » et exiger l’abolition du travail forcé, de la perpétuité sans libération conditionnelle et des lois sur les récidivistes. « Nous exerçons notre droit de riposter. Qu’y a-t-il de mal à cela ? », conclut-il.

Lire la tribune